Politique, sécurité, que 2020 soit

Alors que 2020 s'annonce les défis demeurent et les incertitudes doivent pousser à une réflexion profonde sur les pistes à explorer.

A l'heure où 2020 s'annonce il est important de faire le bilan de l’année 2019. Cet exercice fort pénible mais indispensable permet à moindre coût d’identifier les points d’échec, d’anticiper sur les menaces et d’annoncer des pistes de solutions.


L’année 2019 a été marquée par les massacres communautaires de janvier 2019 à Koulogon où dans la nuit du 31 au 1er janvier, 40 personnes seront massacrées par des hommes habillés en tenue de chasseurs dozo. Les victimes elles sont toutes peules.

On montera en gamme dans l’horreur après Ogossagou où il y aura 159 morts ou plus et enfin Sobane Da en juin. Entre temps, les cercles de Bankass, Koro, Bandiagara seront vidés de leurs habitants, villages incendiés, récoltes brûlées, des milliers de déplacer, et une réponse étatique pas à la hauteur.


L’année a aussi été marquée par une implantation de plus en plus forte du Jnim dans les zones sous son contrôle avec des habitants qui font avec. Le recul de l'Etat dans les zones rurales est frappant, l’école républicaine a laissé place aux, medersa, la justice aux cadis et l’impôt à la zakat.

Un nouvel ordre s’installe et grappille chaque jour un peu plus de terrain. En face l’État islamique en Afrique de l'ouest gagne en puissance, par des attaques meurtrières dans la zone des 3 frontières. L’organisation s'impose par la terreur, mais aussi par l’argent. Depuis plusieurs mois, elle est rejoint par des « markaz » autrefois membre du JNIM. Ainsi donc elle conquiert du terrain en dehors du Liptako-Gourma, progressant au nord et au centre du pays.


L’accord pour la paix de 2015, n’a pas atteint ses objectifs, d’ailleurs difficile d’identifier un succès sur lequel on pourrait réellement s'appuyer. Les disputes, les débats faussement intellectuels et les intérêts personnels contradictoires ont fini par lasser. L'absence de dividendes a profité aux groupes ayant d'autres agenda que la paix, sous le regard d'une communauté internationale hagarde.


La situation politique a été marquée par les manifestations parfois violentes à l’encontre des forces internationales et le dialogue national inclusif. Dans le 1er cas, on peut parler d'un grand classique , dans des pays où l’opinion nationale est chauffée à blanc par des apprentis juristes, qui n’ont jamais lu une seule résolution du conseil de Sécurité, et par des intérêts particuliers prompts à entretenir des troubles.
Quant au dialogue national inclusif, il a produit ce pour quoi il a été conçu. Il a donné la parole à une portion du peuple, qui a répété comme à chaque fois les mêmes revendications.

On notera la faiblesse des propositions sur le plan institutionnel, dans un pays où la Séparation des pouvoirs dépend des individus plus que des Institutions. Rappelons que les appels à négocier avec le JNIM étaient déjà évoqués dans le compte rendu de la Conférence d’entente nationale en 2017.


Les manifestations contre les forces internationales et les appels à négocier constituent une victoire symbolique pour le JNIM. Les opinions nationales ne sachant plus à quoi se vouer ont choisi une solution de facilité, et ne mesure par la portée de cette compromission sur les hommes au front qui combattent et sur les membres du JNIM galvanisés par leurs succès politiques. Le terrorisme aspire au final à une victoire politique.


Certes dans la résolution de la crise sécuritaire il ne faut pas nier au dialogue ses vertus, cependant il ne faut pas faire preuve d’angélisme, il importe que ce dialogue, s’il est, soit accompagné d'une montée en puissance de l'outil sécuritaire et d'une mise sous pression des éléments du JNIM. Cette montée en puissance se fera dans le cadre sous régional (G5) et national. Beaucoup a été écrit sur les investissements à faire notamment dans les ressources humaines. Il ne s’agit pas d'aligner les chiffres des recrutés, mais d'avoir une armée éduquée, patriote et motivée.

Sur le plan politique, on a pensé qu’expliquer le mandat de la Minusma et de la France calmerait les protestataires. Bien que gaver aux fake news, i y a surtout lieu d'expliquer en quoi les partenariats peuvent être gagnants et en quoi ils peuvent être perdants. Inutile d'entrer dans des débats noir/blanc. Il s'agit de faire preuve de maturité, et de sortir d'un angélisme, pensant que telle ou telle puissance viendrait sauver le pays.


La refondation politique du pays reste essentielle, sans cela les crises cycliques ne disparaîtront pas. Il est peu probable de voir le pays faire l’économie de cette refondation, elle peut-être douce ou pas. Et elle passera par briser un mythe, celui de penser que le pays n’est pas mûr pour la démocratie. Nul besoin de réinventer une pseudo « démocratie africaine » comme on peut l’entendre. La refondation passera par la justice sociale et le respect des RÈGLES.

 

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