Tribune d'un insoumis à qui veut bien l'entendre

Suite à la montée de la violence verbale entre sympathisants de gauche, violence à laquelle j'ai aussi participé, il est temps de faire le bilan et de se souvenir de ce qui nous a rassemblé ici sur Médiapart. Ce billet qui est mon premier est une confession, un aveu et un appel.

Salut à toi peuple de gauche ! 

Alors, tu te remets doucement ? Tu ne sais toujours pas si tu dois rire, pleurer, taper du poing... et je te comprends bien en cela.

Pleurer, tu en as eut envie quand tu as compris que l'on est passé tellement près de la réalisation de changements que tu ne croyais plus possibles il y a quelques années en arrière. 

Rire, tu l'a certainement fait aussi en te moquant de tes camarades qui pourtant n'étaient pas tellement dans le faux en soutenant leur leader de l'aile gauche du PS, hélas trop longtemps attendu. "Too little too late" disent les anglais, mais sois honnête avec toi-même: en d'autres temps et d'autres lieux, tu aurais toi aussi pu soutenir cet homme. Tu as perdu mais tu penses avoir gagné, sur eux, alors que eux, c'est aussi nous. Nous avons tous perdus. Je vois que tu ris moins, c'est bien. Tu remarquera qu'ils (ce peuple de gauche que tu refuse de voir à gauche) pleurent aussi comme nous les choix qui leur sont proposés maintenant. Il est plus que temps de panser les plaies tout en continuant à penser l'avenir. 

Et maintenant, le clou de ce spectacle: La Rage. 

(je vais passer à la première personne du singulier car ceci n'engage que moi, même si je pense que d'autres devraient s'y reconnaitre)

J'ai eut la rage, et son gout m'a plut.

J'ai eut la rage en 2012 de voir nos espoirs douchés par ces appels au vote utile, au vote barrage (à Sarko), mais surtout de voir ce FN chasser et réussir sur les terres ouvrières ou bien sur celles de la jeunesse.

J'ai eut la rage de voir ce gouvernement à l'oeuvre et d'en deviner les conséquences futurs. La rage d'avoir raison. Rien de pire que de jouer les Cassandre et de voir sa prophétie réalisée. "I told you so" n'est d'aucun réconfort ici. 

J'ai eut la rage envers les sympathisants du PS qui s'entêtaient à ne pas voir les problèmes intrinsèques liés à leur appareil de parti. 

J'ai eut la rage aussi envers les dirigeant de ce parti, qui même si je n'en attendait plus rien depuis longtemps ont tout de même réussi le tour de force de me décevoir. Assez incroyable en y pensant. les Valls et autres Cambadélis: ils ne cherchent même plus à masquer leur absence de conviction et leur opportunisme débridé. C'est un bien triste indicateur de notre temps politique. 

Et j'ai à nouveau eut la rage le soir des résultats, d'être passé si près, si près... J'ai fait un caprice: j'ai tapé du pied, j'ai crié sur mes camarades socialistes en les traitant d'imbéciles, j'ai crié au complot médiatique, j'ai crié  sur Médiapart. J'ai même crié sur mon chien, il remuait bien trop la queue à mon gout.

Puis la rage m'a enfin quitté ce matin. Je commence par m'excuser pour tout ceux qui l'ont reçu en pleine poire: pardon de vous avoir attaqué de manière personnelle. Si je ne renis pas le fond de ma pensée, la forme a pu elle être parfois malheureuse.

Cette rage nécessaire pendant la campagne, ce moteur de l'insurrection citoyenne qui nous a permis de faire évoluer les lignes était devenu un brouillard dans mon esprit, et c'est là que je veux m'adresser à mes camarades insoumis:

Certains d'entre nous sont allés trop loin, cela nuis à la clarté du discours ainsi qu'à sa crédibilité et je vais aborder ici certains thèmes récurrents dans les fils de commentaires.

> Le parti pris de Médiapart contre JLM et son influence sur le résultat du 1er tour, en 2 points. 

1/: Aucun travail d'édition de média n'est absolument détaché d'un certain parti pris, c'est un contre sens. Si il y a édition, il y a déjà un premier biais: celui de l'éditeur. Donc venir reprocher à Médiapart d'avoir pu laisser poindre à un moment une préférence est un peu comme reprocher à la pluie d'être mouillée. Souvenez-vous que nous ne sommes pas venus sur Médiapart pour avoir une caisse de résonance à 100% en adéquation avec nos idées. C'est d'une part impossible car nous sommes trop divers pour cela, d'autre part même pas souhaitable pour la qualité du débat. 

Nous sommes venus sur Médiapart car c'est un des seuls journaux indépendants des grands groupes de presse, eux mêmes aux mains de quelques oligarques, je pense que ceci ne fait pas débat. C'était vrai avant l'élection, c'est encore vrai après.

2/:  A qui parle Médiapart ? On l'a bien vu dans les fils de commentaires, que ce soit de manière ouverte ou pas, il y a eut ici un grand engouement pour FI. Je suis un pragmatique: si on me dit qu'il y a crime, je demande a voir à qui il profite. Force est de constater que la fuite du PS de gauche vers FI a bien eut lieu, au delà même de nos espérances, soyons honnêtes. Ceux qui sont parti vers Macron n'ont certainement pas eut besoin de Médiapart pour le faire, MdP qui a suffisamment démonté son programme économique pour ne pas aller les soupçonner de néo-libéralisme sous jacent dans leurs colonnes.  A la lumière de ceci, je pense très sincèrement que l'influence de Médiapart sur le résultat du 1er tour a été absolument nulle car ils parlent à des convertis, et qui plus est le parti pris n'a même jamais existé de manière active car cela serait contraire à ses intérêts propres. Vous oubliez qu'au delà des lecteurs dont dépend MdP directement, de très nombreux journalistes et blogueurs-blogueuses au sein de cette rédaction sont des soutiens  de FI. 

 

> La promesse de départ de MdP de nombreux sympathisants FI. 

Je lance  un appel à tout ceux qui, trop nombreux, ont promis de résilier leur abonnement. Déjà, pour aller où exactement ? Retourner sur Le Monde ? Mouarf... Ne garder que le Canard ? Oui, mais papier uniquement sans le coté participatif. L'huma ? Ne parlons pas de ce qu'est devenu Libé... Tout cela semble bien réducteur: nous avons besoin de continuer à penser et à échanger, et cet espace (MdP), libre des intérêts commerciaux contraire à notre vision de la liberté de la presse, est un bon endroit pour le faire, un des meilleurs actuellement. 

Et surtout, pour quelle raison ? Aucune de valable à mon sens. Cessons de faire la chasse au bouc émissaire, nous valons mieux que cela. On va avoir besoin de nos deux pieds pour avancer, se tirer une balle dedans ne va pas aider, loin de là.

 

Je ne fais pas parti de ceux auxquels la colère ou la rage font peur. Elle nous ont bien servi et je les pense nécessaires dans les combats qui restent encore à mener. Nécessaires, mais pas suffisantes. La rage comme unique vecteur ne mène qu'à l'enfermement sur soi. Il existe une dimension du combat qu'il ne faut pas négliger: c'est la manière dont celui-ci change le combattant. L'adversité, premièrement économique qui frappent beaucoup d'entre nous peut pousser à une vindicte qui fini invariablement par se tourner vers l'intérieur de ses propres rangs.

Sachons manier le glaive mais sans oublier qu'il n'est lui même que le serviteur de la parole. Le temps du glaive est passé, parlons-nous à nouveau. 

Bien à vous, Ivresse, non, je n'ai pas pris de prozac.  

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