La concertation en catimini sur le projet de Grand Hôpital Paris Nord

La projet de Grand hôpital Paris Nord se précise. Une enquête publique est ouverte. Or elle n'est annoncée nulle part. Tout est fait pour réduire l'information et la consultation de la population. Qui peut bien en effet vouloir pour soi et ses proches de la fermeture de 310 lits d'hôpital dans le Nord parisien? L'enquête se clôture vendredi 15 octobre à minuit...

La fermeture des hôpitaux Bichat (Paris 18ème) et Beaujon (Clichy, 92) est dans les cartons depuis les années 2010. La maire de Paris Anne Hidalgo, présidente de l'AP-HP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris), a donné son accord. Après la validation du projet architectural, le dossier est actuellement soumis à une enquête publique. Le projet est de construire un nouvel hôpital à Saint-Ouen (93). Il accueillera les patients de ces hôpitaux et de nouveaux patients de Seine Saint-Denis, ainsi qu'un campus universitaire. Ce projet s'inscrit dans un historique de restructurations hospitalières menées depuis les années 2000-2010. Elles concentrent toujours plus les moyens hospitaliers dans des pôles urbains, tout en les réduisant au passage.

Comme tous ceux qui l'ont précédé, ce projet désavantage la population. Une partie d'entre elle, doit faire plus de kilomètres pour être soignée. Ainsi, les services de dermatologie et de rhumatologie de Bichat seront transférés respectivement à Saint-Louis et Lariboisière, alors que ces hôpitaux sont à la fois surchargés et manquent de place. La maternité de Beaujon sera fermée et le plateau technique de la maternité de Bichat, capable de traiter des urgences, supprimé. Les habitants de Paris des 17 et 18èmes arrondissements devront faire plus de distance pour se faire soigner, alors que les transports parisiens sont saturés (notamment la célèbre "ligne 13" qui traverse le nord parisien). Le site du futur hôpital est situé sur les quais de Seine (ancienne usine Peugeot) régulièrement embouteillés. Ce choix est un drame écologique pour Saint-Ouen (https://blogs.mediapart.fr/shahin/blog/160321/grand-hopital-paris-nord-le-saccage-qui-vient).

Surtout, le financement du coût du futur hôpital (un prévisionnel d'1 milliard d'euros) implique une participation de l'Etat (à hauteur de 719 millions) . Comme dans les autres projets, cette aide a un prix. Le COPERMO (l'agence de financement des projets hospitaliers) exige une "réduction du capacitaire de 35%" pour un "retour sur investissement de 58,5 millions par an" (https://www.enquetes-publiques.com/Enquetes_WEB/FR/EP21260/Dossier.awp, annexe 5.3). Ce langage gestionnaire abstrait, qu'il faut trouver à la troisième pièce de l'annexe du dossier présenté à l'enquête publique, cache une brutalité délirante. Selon les syndicats, cela représente concrètement la suppression de 310 "lits", c'est à dire des équipes (infirmier.ers, aides soignant.e.s, agents hospitaliers) qui prennent en charge les patients accueillis sur ces "lits". Cet objectif de "35%" est calculé d'après le besoin d'amortissement financier de l'Etat. Mais il est totalement déconnecté des besoins de la population, de l'actualité de la pandémie de Covid, de l'épuisement du personnel hospitalier et de la difficulté à recruter. Si le dossier présenté à l'enquête publique parle vaguement du campus universitaire, il ne parle nulle part de la recomposition des soins, ni ne comporte aucune analyse des besoins de la population, d'impact sur la qualité de soin ou les transports. La logique du projet est "comptable et dogmatique", soulignent des soignants et usagers (https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/12/28/hopital-grand-paris-nord-nous-demandons-au-ministre-de-la-sante-d-intervenir-afin-que-le-projet-soit-a-la-mesure-des-besoins-de-la-population_6064625_3232.html).

Aucune publicité n'a été faite à l'enquête publique sur un projet qui va impacter négativement la vie de centaines de milliers d'habitants. La mairie du 18ème (Paris) n'a ouvert aucune permanence d'enquête alors que l'hôpital Bichat se trouve dans le 18ème. Elle possède mon mail, je suis abonnée à la mailing liste du service de démocratie locale. Je n'ai reçu aucune communication. J'ai discuté avec des dizaines d'habitants des 17ème et 18ème lors de distribution de tracts du Comité de défense des hôpitaux Bichat et Beaujon (qui a aussi une pétition en ligne : https://www.change.org/p/aphp-d%C3%A9fense-des-h%C3%B4pitaux-bichat-et-beaujon). Tous trouvent déraisonnable de supprimer des lits en Ile de France. Beaucoup ne sont pas au courant du projet et aucun, de l'existence de l'enquête publique. La mairie de Clichy où se trouve l'hôpital Beaujon n'a pas ouvert de permanence non plus. La mairie de Saint-Ouen a ouvert quatre permanences et la mairie de Saint-Denis, une, soient les villes qui bénéficieraient d'une offre de soin plus proche (mais aussi réduite, sans parler des problèmes de transport et écologiques).

A cette heure, le recueil en ligne de l'enquête publique compte 137 avis (en plus du registre écrit en permanence de mairies). Il est possible de laisser un avis sur le registre en ligne (https://www.enquetes-publiques.com/Enquetes_WEB/FR/EP21260/Deposer.awp) jusqu'au 15 octobre minuit ou à la mairie de Saint-Ouen le 15 octobre de 14h à 17h.

Cette consultation publique en catimini ajoute le scandale démocratique au scandale sanitaire à venir.

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