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Billet de blog 18 déc. 2016

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Bêtisier d'Europacity n°1 - Un catalogue d'images d'Epinal

Un très grand nombre de fables et contre-vérités sont émises par les promoteurs d'Europacity, temple de la consommation et des loisirs, pour arracher l'autorisation d'implanter ce projet pharaonique sur les excellentes terres agricoles du Triangle de Gonesse, coincé entre les aéroports de Roissy et du Bourget. Revue de détail de "l'habillage" de ce projet, prix Pinocchio "greenwashing" 2012.

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 Pour valider la construction de son projet pharaonique de centre commercial et de loisirs Europacity sur les excellentes terres agricoles du Triangle de Gonesse, Auchan ne recule devant aucun sacrifice pour vanter les mérites du projet qu’il prétend poursuivre à tout prix, quitte à bafouer la vraisemblance la plus élémentaire. Revue de détail sur la fabrication de « l’image » du projet par son entreprise porteuse, Alliages et Territoires, filiale d’Immochan, société immobilière d’Auchan.

 Tour Eiffel sur pilotis

Sur la splendide maquette du projet Europacity réalisée par le cabinet d’architecte lauréat BIG, on aperçoit à l'horizon la tour Eiffel, qui se dresse dans toute sa grandeur. Un spectacle de rêve, immortalisé sur sa tablette par une touriste virtuelle.

site Europacity

Figure 1, site www.europacity.com

www.nonaeuropacity.com

Figure 2, site www.nonaeuropacity.com (@Yann Guillotin)

Curieusement, l’appareil photo du Collectif pour le Triangle de Gonesse - qui s’oppose au projet Europacity -, emporté sur le site et même perché sur ses pieds, se révèle incapable d’embrasser une vue panoramique aussi magnifique. Au réel, la tour Eiffel semble avoir rapetissé de moitié, cachée par une grande barre d’immeuble qui ne révèle que le dernier étage du célèbre monument (fig. 2). Mais rien n'est impossible au groupe Auchan (porté par la famille Mulliez, première fortune de France) grâce à son architecte magicien M. Bjarke Ingels, qui, dans son cahier des charges, a sans doute reçu pour mission de mettre la tour Eiffel sur pilotis, ce qui lui permettrait d’être visible depuis le site, dans toute son entière majesté.

 Avions invisibles ou de la taille d’un colibri

Autre merveilleux miracle : le ciel de la maquette du cabinet BIG (fig. 1) est vierge de tout avion, comme si le Triangle de Gonesse s’était transformé en Triangle des Bermudes ! A Europacity semble régner un microclimat idéal : le ciel est perpétuellement d’un magnifique bleu layette, admirablement dégagé à toute heure même de pointe.

 Dans ces circonstances, saluons le louable effort d’une once de vérité de l'Etablissement Public d'Aménagement Plaine de France, car un avion figure dans le paysage de l’affiche jointe (fig. 3) produite en 2013, dans le cadre d’une réunion dite de « concertation ». Toutefois l’effort reste mince : l’avion est seul et surtout minuscule, de taille inférieure au petit oiseau qui vole à ses côtés, sous un ravissant petit nuage de beau temps et les rayons d’un beau soleil !

© EPA plaine de France

Figure 3, EPA Plaine de France

Pourtant le site pressenti est bel et bien situé entre deux aéroports d’intense activité : Roissy, au 2e rang européen, 10e mondial avec 1700 avions/jour et Le Bourget 1er aéroport d'affaires d'Europe avec 160 avions/jour. Soit pour Roissy un avion toutes les 90 secondes en journée.A croire que les appareils arrivant à proximité del’aéroport volent en sous-sol…

Ciel continuellement limpide

Toujours sur la maquette d’architecte de la figure 1, nous observons un ciel sans nuage, d'où l'on admire en permanence cette vue imprenable sur la tour Eiffel vantée plus haut. Pourtant, comme le soulignent nos collègues dans la vidéo « Auchan, c’est méchant »[1] le nombre de jours d’ensoleillement relevé dans la ville voisine de Garges-lès-Gonesse est de 75/an, soit « 290 jours de pluie, brouillard, neige et couverture nuageuse ». Car le Triangle de Gonesse est longé par l'autoroute A1, axe le plus fréquenté de France (220 000 véhicules/jour à Saint-Denis) et enclavé entre deux aéroports, faisant des abords de Roissy la zone la plus polluée de la région après le boulevard périphérique, selon AirParif. D’où l’intérêt de conserver en zone urbanisée des terres agricoles cultivées qui jouent le rôle de « piège à carbone » et de dilution de particules. Mais contrairement à l’ambiance « purée de pois » saisie par la photo prise dans la semaine du 5 au 10 Décembre dernier (fig. 4)… dans le monde merveilleux d’Europacity ne règne apparemment aucun désordre climatique. Le ciel est d’un bleu perpétuel et comme dit le philosophe Leibniz, ironisé par Voltaire dans le Candide « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».

© site RTL Décembre 2016

Figure 4, site RTL, 5-10 décembre 2016

Bande-son coupée au montage

Et merveille des merveilles, non seulement on ne voit pas les avions, mais on ne les entend pas non plus, car sur la vidéo de propagande du site Europacity, les visiteurs se promènent dehors et flânent en toute tranquillité. Mieux encore sur l’affiche réalisée par l’EPA Plaine de France (fig. 3), une mère de famille pousse un landau avec un bébé qui semble profondément endormi. La réalité serait sans doute plus prosaïque : il hurlerait de toute la force de ses petits poumons, dérangé sans cesse dans son sommeil par le vrombissement des moteurs. Mais on a coupé la bande son. Pourtant le Triangle de Gonesse localisé sous les pistes de deux aéroports, est frappé par un PEB (Plan d’Exposition au Bruit) qui interdit la construction de logements sur son site. Ce qui n’empêche pas Immochan et les pouvoirs publics de parler abusivement de « quartier » et même de « ville » (fig. 3), alors qu’il ne peut exister de ville sans habitants ! Et qui envisagent sans rire d’y attirer 31 millions de visiteurs annuels, soit la totalité de tous les visiteurs des 300 parcs d’attraction français. Mais rien n’est impossible à la famille Mulliez qui a su obtenir le soutien du président de la République dans le cadre de l’élaboration du Grand Paris. 
Soulignons pourtant que les résidents du territoire sont d’autant plus sensibles au bruit que Roissy est le seul grand aéroport qui ne possède pas de couvre-feu nocturne[2] (à l’inverse d’Orly par ex) avec un avion toutes les 3 minutes entre 22 H et 6 H du matin. Ceci en raison d’un « chantage à l’emploi » de la société américaine FEDEX (soutenue par les élus du Val d’Oise) qui effectue du fret aérien en nocturne et menace de quitter le site, en cas d’interdiction de vols de nuit, supprimant ainsi 3000 emplois. Chiffre surestimé puisque nous apprenons au détour d’un communiqué récent de FEDEX son projet de doubler son trafic, créant ainsi 200 à 400 emplois qui viendraient s’ajouter à… 2500 emplois existants. On mesure au vu de ces chiffres les gains de productivité accomplis par cette société qui avec 100% d’augmentation d’activité, ne génère que 12% d’effectif supplémentaire. Mais apparemment, Fedex serait la seule entreprise qui verrait sa productivité augmenter d'ici 2024. Car les prévisions d’emplois d’Europacity présentées lors du débat public établies en 2009 ne tiennent absolument pas compte de ce critère.

Blason du territoire à redorer


D’après les élus du Val d’Oise, grâce au projet Europacity, le département pourrait se débarrasser de son image de banlieue pauvre qui lui colle aux baskets. Ils rêvent d’un « effet Europacity » comme il y aurait eu un « effet grand stade » à Saint-Denis. C'est oublier que l’équipement en question s'appelle « stade de France » et que c’est ce titre qui prévaut auprès des touristes. De même, Eurodisney a accolé le terme Paris à son nom, se faisant baptiser « Disneyland-Paris ». Personne n’a jamais entendu parler de la commune de Chessy sur laquelle le leader des parcs de loisirs est implanté. Croire que la ville de Gonesse bénéficierait d’une célébrité soudaine et deviendrait mondialement connue des touristes étrangers relève d’illusions qui ont toutes les chances d’être aussi perdues que celles de Balzac.

 Quand à l’image misérabiliste de pauvreté de l’Est du Val d’Oise, les élus en sont les premiers porteurs, croyant que de jouer les « pleureuses » leur permettra de récupérer moult aides nationales et européennes. Alors que la réalité s’avère beaucoup plus complexe : Roissy petit village de 2700 habitants et de 86000 emplois engrange des taxes juteuses, tandis que la commune voisine de Goussainville est une « commune-dortoir » très défavorisée [3].

 Mais les images d’Épinal ont la vie dure, comme le mythe de « Roissy, manne d’emplois » qui continue à susciter les appétits des élus et l’admiration des pouvoirs publics (« ça fait des milliards » se réjouit M. Carenco, préfet d’Ile-de-France, dans une vidéo qui n’est sans rappeler la prestation de Louis de Funès dans La Folie des Grandeurs [4]), tandis que la « courbe de l’emploi » du pôle pique du nez (comme feu le Concorde) venant démentir cette vision par trop idyllique. Mais n’anticipons pas sur le chapitre 2 du bêtisier d’Europacity : l’Emploi.

A suivre, Bêtisier d'Europacity, n°2. La prolifération d'emplois fantômes

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/140617/betisier-deuropacity-ch-2-la-proliferation-demplois-fantomes


[1] Voir https://reporterre.net/5-minutes-d-une-video-detonnante-sur-le-fantasme-d-europacity

[2] Voir le site de l’ADVOCNAR qui lutte contre les nuisances aériennes et réclame des mesures anti-pollution : http://www.advocnar.fr/2016/12/communique-advocnar-pic-de-pollution-trafic-aerien-toujours-mis-a-contribution/

[3] Voir le texte « l’Est du Val d’OISE est-il un territoire pauvre ? » :  http://nonaeuropacity.com/informer/territoire-banlieues/lest-val-doise-territoire-pauvre

[4] Voir sur le site www.nonaeuropacity.com/non-classe/grand-paris-quand jean-francois-carenco-fait-un-deni-de-democratie

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