Bêtisier d'Europacity, 4. Des qualifications inaccessibles à la main-d'oeuvre

La main-d'oeuvre locale est la grande oubliée des promoteurs : aucune analyse de ses qualifications, ses compétences. Des manipulations statistiques grossières proclament "76% des emplois d'Europacity accessibles aux populations du territoire". En réalité : 45% d'habitants peu ou pas qualifiés sont exclus ; 31% des actifs locaux sont de niveau Bac et plus, contre 71% des métiers listés.

3.2. Une main-d’œuvre insuffisamment qualifiée

Dans l’étude du cabinet Sémaphores, il est indiqué que - dans sa phase d’exploitation - 76% des emplois d’Europacity se situeraient à «un niveau de qualification inférieur ou égal au Baccalauréat», ce qui permet à Auchan d’affirmer de façon péremptoire : «les ¾ des emplois seront accessibles aux habitants du territoire». Un raccourci simpliste qui fait l'impasse sur la main-d’œuvre qui ne possède aucun diplôme, ou qui dispose d'un premier niveau de formation (certificat d'études, brevet des collèges dit "niveau VI") insuffisant par rapport aux exigences des postes définis par Sémaphores. Nous avons vu au chapitre précédent que cette population peu ou pas qualifiée, mise hors jeu dès le départ représente près de la moitié (45%) des populations en âge de travailler.

Venant aggraver cet oubli, nous constatons une sous-estimation généralisée des niveaux de recrutement indiqués, au regard des pratiques actuelles (et a fortiori en 2024 !) observées chez les employeurs (y compris Auchan !), pour une large partie des 80 métiers dont la liste nous est fournie, positionnés sur le champ étroit des seules filières «Commerce» et «Tourisme». Un spectre extrêmement étroit d'activités, qui élimine d'emblée une grande partie des actifs résidants.

Pour ces deux raisons, nous contestons l'affirmation martelée par le maître d'ouvrage à longueur de communication «des emplois destinés en priorité aux habitants du territoire», qui n'est étayée par aucune preuve, puisque l'étude Sémaphores fait l'impasse complète sur l'analyse de la demande : les caractéristiques des travailleurs potentiels à qui ces fameux «milliers d'emplois» seraient soi-disant destinés. C'est pourquoi nous jugeons utile d'étudier de façon précise cette main-d'oeuvre locale, grande oubliée des débats sur l'opportunité du projet Europacity.

 

a/ Quel territoire pertinent ?

Nous avons fait précédemment l'hypothèse (voir chapitre 3) d'une aire diffuse de recrutement gigantesque pour Europacity, peut-être le double de celle de Roissy, qui couvre déjà 10 départements et près de 400 communes (un record français !). Le maître d'ouvrage prétendant l'hypothèse inverse, nous avons décidé d'analyser de plus près les caractéristiques de la main-d'oeuvre de la zone dite «du Grand Roissy» dans la définition adoptée par l'étude ECODEV1, que nous avons considéré comme le meilleur périmètre d'un «territoire pertinent de proximité2».

Celui-ci comprend un «cœur de pôle» -en rouge sur la carte ci-dessous figure 1 - constitué de 7 communes autour de Roissy - dont Gonesse - (134 000 habitants ; 150 000 emplois) et une «aire directe» - en orange sur la carte - aux alentours de l'aéroport, qui s'étend sur 15 autres communes (442 000 habitants, 106 000 emplois). Il est composé pour l'essentiel côté Val d'Oise par l'ancienne intercommunalité de Val-de-France, à laquelle il convient d'adjoindre Roissy, Goussainville et Le Thillay ; côté Seine-Saint-Denis par le nouvel Etablissement Public Territorial «T7» de la Métropole du Grand Paris, intitulé «Terres d'envol». Enfin, côté Seine-et-Marne, le territoire englobe Mitry-Mory et 4 petites communes partiellement occupées par l'emprise aéroportuaire et/ou devant accueillir des zones d'activités étroitement liées au pôle : Compans, Mauregard, Le Mesnil-Amelot et St Mard (voir figure 1, «Les emplois du Grand Roissy»).

 

Figure 1 © J. Lorthiois Figure 1 © J. Lorthiois

Au recensement de 2013, ce vaste espace de 22 communes représente près de 580 000 habitants et 270 000 travailleurs, dont 50 000 chômeurs. Notons au passage que la Seine-St-Denis totalise 61% des ressources en main-d'oeuvre de ce territoire, contre 35% pour le Val d'Oise, comme on peut le constater sur la carte ci-après intitulée «la main-d'oeuvre du Grand Roissy» qui fournit le symétrique de la figure 1. Les communes du cœur de pôle sont en mauve et celles de l'aire directe en bleu (voir figure 2). Notons au passage que l'essentiel des ressources en emploi est situé au nord du territoire, tandis que la majorité de l'offre de travail (les actifs) est située au sud. Rajouter encore 130 000 emplois d'ici 2030 dans la partie nord semble bien mal tenir compte de la localisation des besoins de la population.

Figure 2 © J. Lorthiois Figure 2 © J. Lorthiois

C'est pourquoi le Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG) dont je suis membre3 a jugé fort choquant que le débat public se déroulât quasi entièrement dans le 95 qui regroupe les principaux partisans d'Europacity (au premier rang desquels le maire de Gonesse et le président du Conseil Départemental), alors que la grande majorité des populations concernées réside dans le 93, mais... où la plupart des élus sont hostiles au projet. Sans compter que compte-tenu du caractère métropolitain d'Europacity qui s'affiche comme l'un des fleurons du Grand Paris, le projet concerne bien évidemment la capitale, où a eu lieu une seule réunion du débat public, très suivie et assez houleuse4. Quant à la Seine-et-Marne, elle a quasiment disparu de la scène.

Dans un tel contexte, on mesure à quel point il convient de prendre avec des pincettes les termes de «participation des habitants», «débat démocratique» «concertation»... proclamés à longueur de discours et dans une profusion de documents publicitaires émis par le groupe Auchan. Quant au terme «co-construction» abondamment utilisé, il apparaît aussi usurpé que prématuré, puisque le PLU de Gonesse n'ayant toujours pas été modifié à l'heure actuelle (l'enquête publique s'achève à peine), les terres convoitées du Triangle de Gonesse sont encore sous statut agricole et donc par définition inconstructibles5 !

b/ La moitié de la population locale ne possède pas le niveau minimum requis

Mais revenons au slogan «76 % des emplois accessibles à la main-d'oeuvre locale», proclamé par la direction d'Europacity.... On se reportera au tableau situé en annexe pour la définition des niveaux de qualification/formation. Cette affirmation constitue en réalité une manipulation statistique caractérisée, obtenue en globalisant 2 niveaux (IV le niveau Bac et V, le niveau CAP-BEP) censés concerner les ¾ des populations potentielles. En réalité, il n’y a dans la liste établie par le cabinet Sémaphores aucun métier destiné à des actifs sans diplôme (que nous avons appelé par commodité le niveau VII) ou de niveau VI (certificat d'études/brevet des collèges), soit 45,4 % de la population résidante de 15 ans et plus du Grand Roissy, mise ainsi hors jeu dès le départ. Avec un record pour les villes du Val d'Oise particulièrement pénalisées comme Garges-lès-Gonesse (54% sans formation notable validée6), Goussainville (49,5%) et dans une moindre mesure Sarcelles et Villiers-le-Bel (48%). On trouvera également en annexe un tableau fournissant, pour chaque commune du Grand Roissy, la répartition détaillée par catégories.

Ainsi, alors qu’Immochan affirme que les ¾ des métiers seraient accessibles aux travailleurs du territoire, parce que de niveau inférieur ou égal au Bac, en réalité les niveaux exigés pour les emplois d'Europacity éliminent a priori une population peu ou pas qualifiée de 122 000 actifs, dont 22 000 chômeurs!

c/ La population non qualifiée a fortement augmenté en une décennie.

La question de la qualification de la main-d’oeuvre locale est d’autant plus préoccupante que le nombre de personnes sans aucun diplôme a connu une vive croissance dans l’Est du Val d’Oise, au cours des années récentes. Pour les 9 communes7 du 95 du Grand-Roissy, les habitants en âge de travailler sans aucune formation (niveau VII) représentent désormais 45 400 résidants en 2012... contre 32 800 en 1999, treize ans plus tôt ; soit 34,5% de la population en âge de travailler en 2012, contre 28,7% antérieurement, avec 12 600 personnes supplémentaires.

Il faut sans doute attribuer cette déqualification à la politique de l’Éducation Nationale, qui a tout misé sur l’objectif proclamé il y a 25 ans8 de «80% de la population au niveau Baccalauréat». D’où la disparition progressive de l’offre de formation des cursus courts, non seulement de niveau VI, mais plus récemment la suppression des 2/3 des CAP, à la fois parce que les jeunes ont des difficultés grandissantes à trouver des maîtres d’apprentissage, mais aussi parce les employeurs ont accru leur niveau d’exigence. Cette décision de concentrer les efforts sur le Baccalauréat pénalise particulièrement les quartiers populaires comme le bassin de Roissy, avec la disparition de l’offre de formation des premiers niveaux (VI et V). Résultat : les élèves qui ne parviennent pas à aller jusqu’au Bac quittent le système scolaire sans aucun bagage, d’où la forte augmentation des « décrocheurs », qui viennent grossir les rangs de ce qu'on appelle les NEET9.

 

d/ Une sous-estimation systématique des niveaux de recrutement IV et V des métiers offerts par EuropaCity – Analyse de 23 métiers

Venant aggraver nos précédents constats, nous observons par ailleurs pages 17 et 18 de l'étude Sémaphores que la majorité des 23 métiers identifiés comme «de niveau IV et V» sont en réalité de niveau Bac au moins, voire davantage. Nous les analysons un par un dans le tableau de la figure 3. La globalisation en un seul ensemble (V + IV) effectuée par Sémaphores traduit une simplification discutable, permettant de faire croire que des populations de faible qualification (CAP/BEP, classés V) pourraient occuper aussi bien des postes de niveau Bac (classé IV), alors que justement tous les enseignants et formateurs estiment qu’il y a une véritable frontière entre ces deux catégories. Seuls les élèves pouvant accéder à une certaine «capacité d’abstraction intellectuelle» qui s’acquiert dans les classes de 3ème et seconde peuvent poursuivre des études jusqu’au Bac et au-delà. Les autres élèves rencontrant beaucoup plus de difficultés à pouvoir construire des parcours qualifiants tout au long de leur cursus professionnel. Ainsi, on illusionne les populations sur leurs possibilités d'accéder aux emplois d'Europacity.

Nous refusons le choix arbitraire de regrouper les niveaux IV et V qui sont très distants en matière de compétences et nous préférons distinguer clairement ces deux catégories, afin d'évaluer l’adéquation réelle entre l'offre des métiers répertoriés par Auchan et les capacités de la main-d’œuvre locale.

Dans la liste établie ci-jointe (cf tableau figure 3) nous avons identifié 3 cas de figure.

Figure 3 © J. Lorthiois Figure 3 © J. Lorthiois

1/ Premier cas : il y a corrélation entre le niveau indiqué dans l’étude Sémaphores et les pratiques des employeurs.

Ceci ne concerne que 5 métiers sur 23, soit 22 % (en vert dans notre tableau). Citons : femme de ménage, commis de cuisine, commis de restaurant, employé de restauration en libre-service, tous de niveau V. Rajoutons aussi serveur classé IV-V, un métier effectivement recruté avec un CAP Restaurant, un Bac Pro ou un BEP.

2/ Deuxième cas : les catégories listées ne constituent pas un «métier».

Elles sont désignées par un terme générique vague qui ne permet pas de leur attribuer un niveau de qualification. Elles représentent le tiers du total (en jaune). Par exemple, en n°2, agent logistique peut désigner tout aussi bien un préparateur de commandes (BEP), un gestionnaire de stock (BTS) ou un cariste (certificat CACES). Citons de même des emplois affectés à une fonction sans indication de contenu : employé de réception (n°8) ou de production-fabrication (n°18) ; personnel d’accueil et de surveillance (n° 23). Pire encore, certains métiers répertoriés concernent en réalité l’ensemble d’un domaine d’activité : restauration, vente (n° 21 et 22). En l’absence de contenu professionnel de certains libellés, il paraît assez présomptueux d’indiquer un niveau de qualification et encore davantage d’affirmer que ces «métiers» seraient accessibles aux populations locales ! Il s'agit à nouveau de « déclaratif sans preuve », une pratique malheureusement habituelle de la direction d'Europacity.

3/ Troisième cas de figure (le plus fréquent) : les métiers listés exigent des niveaux plus qualifiés qu’indiqué.
- L’agent de sécurité /surveillance (n°3) ne peut être de niveau V dans un site qui accueillerait 30 millions de visites, avec des normes de sécurité devenues draconiennes, la fonction prévention devenant stratégique par rapport à la fonction surveillance. Il possède au moins un Bac Pro «Prévention sécurité», voire des spécialisations comme APE (Agent de Prévention Physionomiste) ou encore ASI (Agent de Sécurité Incendie).
- L’agent de Service Après Vente (n°4) possède des compétences supérieures à celles de vendeur, qui est actuellement recruté chez Auchan au niveau Bac + 2 ans d’expérience.
- L’employé commercial, l’hôte/sse de caisse, l’hôte/sse d’accueil (n° 5-6-7) sont recrutés actuellement chez Auchan (cf. les petites annonces du centre commercial My Place à Sarcelles) au niveau Bac avec 2 ans d’expérience, voire un permis de conduire.
- Le réceptionniste (n°9) n’est en aucun cas un agent de niveau V, compte tenu de la classe des hôtels prévus (de 3 à 5 étoiles). Il peut avoir un Bac +2 en Mercatique et gestion Hôtelière, ou une Mention Complémentaire «Accueil-Réception» acquise en un an après un Bac Professionnel. Il est au moins bilingue français-anglais, si ce n’est une 3ème langue.
- Le cuisinier (n°13) est plus qualifié que le commis de cuisine (V) qu’il commande. Soit il a démarré comme commis et a grimpé dans la hiérarchie, soit il est entré avec un Brevet professionnel ou un Bac Pro Restauration. Nous lui attribuons V+ ou IV.
- Le métier chef de partie (n°14) n’est pas accessible à un débutant. Il nécessite au moins un CAP ou BEP, mais 3 à 5 ans de pratique lui sont nécessaires pour acquérir des compétences spécialisées. Un exemple : une offre de l’hôtel Pullman à Roissy (4 étoiles) recrutant à Bac + deux ans d’expérience et anglais courant.
- L’opérateur d’attraction (n°19) ne saurait avoir un niveau V. Les normes de sécurité devenues très sévères exigent des connaissances en mécanique, afin de savoir gérer une panne (en attendant l’intervention de l’agent de maintenance). Mais étant au contact permanent avec la clientèle, il doit aussi posséder des compétences humaines (savoir gérer les attentes, rassurer les visiteurs en cas d’incident) qui supposent de la psychologie, mais aussi la connaissance de langues étrangères.
- Le conducteur d’attraction (n°20) qui dirige des opérateurs exerce des responsabilités lourdes, surtout avec un tel taux de fréquentation. Il a plutôt un BTS ou un DUT, sans compter un CACES pour conduire des appareils de levage par exemple. Il possède évidemment des compétences psychologiques et humaines (gérer un accident, prévenir une panique). A titre d'exemple, pour se faire embaucher à Disneyland, il est exigé un excellent niveau en français, un anglais courant et si possible une 3ème langue européenne.
 
Au total, nous reclassons 7 métiers catalogués en V au niveau supérieur IV. Nous créons la classe V+ pour les années d’expérience. Et nous requalifions le réceptionniste et le conducteur d’attraction au niveau III. Par contre, nous sortons de la liste six intitulés tellement imprécis qu’ils ne permettent pas d’identifier un contenu professionnel. La liste ainsi corrigée donne les pourcentages suivants :

        OFFRE d'EUROPA CITY        NIVEAU des QUALIFICATION de la MAIN –D’ŒUVRE LOCALE

- sans qualification ou niveau VI  0 %                           45,4%
- niveaux V et V+ et IV-V :  7   - 10%                           20,4%
- niveau IV10 : 14                      - 20%                           17,2%
- niveau III : 12                          - 17%                           10,3%
- niveau II et I-II : 16                  - 23%            non détaillé par l'INSEE
- niveau I : 22                              - 31%                     non détaillé
- total I+ II                                   - 54%                           7,6%
- hors classification : 6 intitulés « vagues » impossibles à caractériser.

En résumé : après reclassement, 54 % des métiers listés par EuropaCity sont de niveau supérieur « long » (I et II), contre 8% de la main-d’œuvre du Grand-Roissy.

Et ces pourcentages ne tiennent pas compte d’une éventuelle aggravation de la situation d'ici 2024, en cas de poursuite des tendances observées :
- la baisse de qualification de la population en âge de travailler du territoire et  l’augmentation du nombre de décrocheurs, constatée depuis plus de 10 ans ;
- la hausse des exigences des employeurs qui sélectionnent de plus en plus, non sur les compétences réelles des candidats, mais sur les diplômes.

Nous sommes loin du slogan « 76 % des métiers offerts à EuropaCity sont accessibles à la population locale » ! En réalité, il faut inverser les chiffres : 71% de l'offre côté métiers sont de niveau Bac et plus10, contre 35% de la demande côté main-d’œuvre locale. Par ailleurs, 29 % seulement des emplois sont de niveau V aujourd'hui, mais nous ne préjugeons pas d'une hausse des qualifications demandées d'ici 2024...

 

CONCLUSION

Après des échanges passionnés, contradictoires, qui ont duré de 2011 à 2017 sur le nombre d’emplois générés par Europacity, finalement, aujourd’hui, le maître d’ouvrage a repris les chiffres de l’expert nommé par la Commission Nationale du Débat Public M. Degorre, sans plus ample discussion. Pourtant, ayant affecté 30 millions d’euros essentiellement à la communication sur son méga-projet, Immochan avait largement les moyens de financer des études complémentaires sur les activités, les postes de travail et les métiers à destination de la main-d'oeuvre potentielle. Il n’en a rien été, ce qui prouve bien que le volet Emploi n’entre pas véritablement dans les préoccupations principales du promoteur. Les chiffres, qui n’ont d’ailleurs pas été réduits par les élus promoteurs du projet, ne semblent jouer qu’une fonction d’écran de fumée destiné à illusionner les acteurs locaux et les habitants, pour obtenir la validation du projet Europacity.

La possibilité de juteux bénéfices en matière de spéculation foncière, avec la complicité des pouvoirs publics financeurs des équipements lourds de transports, apparaît clairement comme l’unique objectif poursuivi par Auchan et son allié Wanda. Dans un article publié sur le site de Mediapart, la journaliste Jade Lindgaard11 a analysé l'énorme culbute financière réalisée (une multiplication par 500) entre la dérisoire indemnité d'éviction versée aux agriculteurs exploitants et la vente par l’Établissement Public devenu aujourd'hui Grand Paris Aménagement. Plus-value à laquelle il convient de rajouter le prix final du m2 concédé par le maître d'ouvrage aux acquéreurs de boutiques ou d'activités de loisirs... Un m2 de locaux d'entreposage est vendu aujourd'hui à Gonesse environ 1000 euros, sans préjuger de la hausse des prix d'ici 2024, ni de tarifs plus élevés pour des activités plus prestigieuses dans le méga-centre Europacity. Ce qui représente déjà un coefficient multiplicateur de 1000 fois entre l'achat initial et la vente finale de foncier. On comprend mieux pourquoi, avec de tels enjeux financiers, les promoteurs d'Europacity sont prêts à quelques concessions...

Que les sociétés capitalistes recherchent des bénéfices les plus élevés possibles, c'est «classique» à défaut d'être moral. Mais que des élus, un Établissement Public chargés de l'intérêt général soutiennent des fausses promesses en prétendant défendre les besoins des populations locales pose de sérieuses questions éthiques.  

 
  ANNEXE

NIVEAUX DE FORMATION

L’Éducation Nationale et le CEREQ distinguent 7 niveaux de diplôme de la population en âge de travailler :

 Niveau I : master 2, DEA, DESS, diplôme d’ingénieur, grande école, doctorat.

Niveaux II : sorties avec un diplôme de niveau Bac + 3 ou 4 : licence, maîtrise.  

Niveau III : sorties avec un diplôme de niveau Bac + 2 ans (DUT, BTS, DEUG, écoles des formations sanitaires ou sociales, etc.)

Niveau IV : sorties des classes de terminale de l'enseignement secondaire (avec ou sans le baccalauréat). Abandons des études supérieures sans diplôme.

Niveau V : sorties après l'année terminale de CAP ou BEP ou sorties de second cycle général et technologique avant l'année terminale (seconde ou première).

Niveau VI et V bis : Brevet des Collèges ou Certificat d’Études Primaires12, sorties en cours de 1er cycle de l'enseignement secondaire (6ème à 3ème) ou abandons en cours de CAP ou BEP avant l'année terminale.

Par commodité, nous avons rajouté à cette liste un « niveau VII », qui correspond à «aucun diplôme».

 

NOTES

1. Estimation quantitative et qualitative des nouveaux emplois futurs, du Grand Roissy au pôle métropolitain du Bourget, ECODEV-Conseil, 2012, consultable sur le site www.plainedefrance.fr

2 Bien que le cabinet Sémaphores ait jugé ce territoire impossible à déterminer, nous avons pris le risque d'opter pour ce périmètre qui englobe à la fois le cœur de pôle et deux entités institutionnelles, l'une ancienne (Val-de-France), l'autre nouvelle (Terres d'envol) regroupant l'essentiel des emplois et de la main-d'oeuvre d'un espace de proximité autour de Roissy. La nouvelle intercommunalité Roissy-Pays de France dépassant largement l'aire directe du pôle, il aurait fallu prendre en compte l'ensemble de l'aire diffuse de la zone d'emploi INSEE, c'est-à-dire notamment rajouter 240 communes de l'ancienne Picardie, ce qui était hors de portée de nos forces bénévoles.

3. Voir site www.nonaeuropacity.com

4. Se reporter à l'enregistrement et au verbatim de cette réunion à Paris, le 26 mai 2016, sur le site de la CNDP : www.debatpublic.fr/projet-europacity,

5 Ce qui n'empêche pas de les négocier au prix du terrain à bâtir, voir à ce sujet l'excellent article de Jade Lindgaard, Vertigineuse partie de Monopoly sur le Triangle de Gonesse, Mediapart, 27 Juin 2017.

6. C'est-à-dire au moins de niveau V.

7. Six communes de Val de France (dont Gonesse) + Roissy, Goussainville et Le Thillay.

8. Décision du gouvernement Fabius, portée par J.P. Chevènement ministre de l’Éducation.

9. Not in Education, Employment or Training : ni en formation, ni en emploi, ni en stage.

10. Nous avons reclassés les « artistes-interprètes » à un niveau IV+, car ce titre est assimilé dans le monde du spectacle à des compétences de type « enseignement supérieur ».

11. Jade Lindgaard, op. cit., note n°5.

12. Bien que supprimé en 1989, contrairement à une idée reçue, le Certificat d’Études Primaires est loin d’avoir disparu : en 2012, il existait encore 27000 personnes qui le possédaient, à l'échelle du Grand-Roissy.

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