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Billet de blog 25 juin 2020

Désaménagement du Territoire - Le Val d'Oise, lanterne rouge sanitaire?

Le 28 Mai, le Premier Ministre présentant les mesures de déconfinement, déclare : «Tous les indicateurs sont au vert, sauf dans le Val d’Oise et Mayotte ». Vive réaction de la présidente du département 95 : « C’est scandaleux et inadmissible. On ne peut pas imaginer que le Val d’Oise soit à part en Ile de France ». Avec Jean-Pierre Cocquerez, nous avons tenté d'établir la vérité des faits.

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Notons tout d'abord que Mme Cavecchi apparaît bien plus soucieuse de « préserver la réputation du Val d’Oise » que de se préoccuper de mettre en place des mesures d’urgence d’amélioration de l’offre sanitaire du territoire, permettant de protéger mieux les populations locales dont elle a la charge !!

 En examinant de plus près les chiffres, contrairement à ce qu’affirme la présidente du Conseil départemental, les indicateurs n'apparaissent pas « conjoncturels », mais traduisent bien une situation sanitaire chronique du Val d’Oiseincontestablement préoccupante.

 I. DES MAUVAIS INDICATEURS POUR FAIRE FACE AU COVID-19

Des nombres de lits en réanimation et soins intensifs particulièrement faibles 

Les graphiques de comparaison des nombres de lits pour 100.000 habitants en réanimation (Figure 1) et en soins intensifs (Figure 2)  placent le Val d’Oise en queue de peloton en Ile de France, juste devant la Seine-et-Marne. Par ailleurs, ils sont en diminution au cours de la période 2013-2018, dans un contexte de croissance démographique (cf. Figure 7).

Figure 1 : Nombre de lits de réanimation pour 100.000 habitants en Ile de France © J.P. Cocquerez
Figure 2 : nombre de lits en soins intensifs pour 100.000 habitants en Ile-de-France © J.P. Cocquerez

Le taux de mortalité/Covid 19 dans les Ehpad le plus élevé de France

Le 2 Juin 2020, quelques jours après la déclaration du Premier Ministre, le Val d’Oise se positionne en tête des départements franciliens pour le nombre de décès dans les EHPAD, ce qui est probablement en lien avec la situation déplorable de ses équipements sanitaires, notamment celui de l’hôpital de Pontoise, décrit ci-après.

Tableau 3 : Nombre de décès pour 10.000 habitants au 2 j © J.P. Cocquerez

II. UNE SITUATION SANITAIRE GENERALE PREOCCUPANTE

 Ces mauvais chiffres ne sont absolument pas une surprise, puisque l’offre sanitaire du Val d’Oise est notoirement insuffisante, au regard des besoins de la population résidente qui a augmenté.

Une densité de médecins en diminution lente

Les statistiques de médecins pour 100 000 habitants dans le Val d’Oise affichent des scores inférieurs à la moyenne française et largement plus médiocres que la moyenne régionale, d’un niveau quasiment semblable à ceux de la Seine-St-Denis (qui cumule une densité urbaine et un taux de pauvreté beaucoup plus élevés).

  • Pour les généralistes, le score du département 95 est de 110 médecins/ 100 000 habitants (Figure 4), alors que la moyenne d’Ile-de-France avoisine un taux de 250.
Figure 4: Nombre de généralistes pour 100. 000 habitants en IDF © J.P. Cocquerez
  • Pour les spécialistes, le taux est proche de 150 médecins pour 100.000 habitants dans le Val d’Oise (Figure 5), tandis que la moyenne d’Ile-de-France est de 250.
Figure 5 Nombre de spécialistes pour 100. 000 habitants en IDF © J.P. Cocquerez

 Soulignons que cette pénurie de généralistes et de spécialistes pose certainement des problèmes aux Val d'Oisiens pour l'organisation de leur parcours de soins.

 Cette situation est confirmée par un rapport de la Cour régionale des Comptes publié en décembre 2019 consacré au Centre Hospitalier René Dubos (Pontoise) qui évoque : « Dans le département, la mortalité générale est supérieure à la moyenne nationale, du fait notamment des cancers du sein et de la mortalité infantile. »

Une pénurie de personnel sanitaire

A titre d'exemple, nous observons une situation également préoccupante pour le nombre de personnels infirmiers (Figure 6) dont le taux pour 100.000 habitants est inférieur à la moyenne francilienne. 

Figure 6: Nombre de personnels infirmiers pour 100.000 habitants en IDF © J.P. Cocquerez

III. LA SITUATION SPECIFIQUE DE L’HOPITAL DE PONTOISE

 Dans le rapport cité plus haut, la Cour des Comptes évoque une série de points préoccupants.

  • chapitre 1 : « un conseil de surveillance qui peine à s’approprier les problématiques structurelles de l’établissement ».
  • chapitre 3, la gestion est jugée sévèrement :
    • « une situation financière qui se dégrade » ;
    • «un endettement financier devenu impossible à assumer ».
  • chapitre 4 sont évoqué :
    • « un patrimoine hétérogène et vieillissant, appelant des investissements importants et urgents »;
    • « des non-conformités graves du bâtiment principal en matière de sécurité ».

 L’EHPAD rattaché à cet établissement est signalé comme « vétuste ». Il fait l’objet, ainsi que l’équipement hospitalier dans son ensemble, d’une recommandation n°5 ainsi formulée : « satisfaire sans délai aux besoins de financement de la rénovation du bâtiment principal et de l’EHPAD ».

IV UNE FORTE DENSITE DE METIERS A RISQUES

Par ailleurs, signalons une forte densité de métiers à risques dans d’autres filières d'activités :

  • les activités de logistique sont très représentées dans le département et notamment avec les métiers fortement exposés de « préparateurs de commandes» dans les entrepôts et de « livreurs ».
  • les activités commerciales : le Val d’Oise a enregistré une prolifération de surfaces commerciales, il dispose de la plus grande densité d’Ile-de-France le long du linéaire D4 (Herblay-Montigny-Franconville, avec 250 000 m2, dont certaines enseignes déjà en grande difficulté, comme Alinea, groupe Auchan, ou encore le Quai des Marques) ;
  • sans oublier les grands pôles commerciaux de Cergy-Pontoise (3 Fontaines, Art de Vivre, Oseraie, Aren'Park,) Argenteuil, Sarcelles (My Place), Garges les Gonesse (Cora), Gonesse (Paris Nord2, Ikea), Roissy (Aéroville). Tous ces établissements nécessitent un nombre élevé de métiers présentiels à risques, en particulier « caissières de libre-service» et « agents de sécurité ». Malgré un suréquipement notoire, des élus locaux continuent à soutenir de nouveaux projets et la CDAC (Commission Départementale d'Aménagement Commercial) à les valider, contribuant à exacerber la concurrence ;
  • les activités de l’aéroport de Roissy : nous relevons l’importance des postes de travail présentiels dans le secteur Est du Val d’Oise, dans des filières fortement tournées vers l’international : transport aérien, tourisme, hôtellerie-restauration, commerce international, sécurité.

V. UN EQUIPEMENT SANITAIRE EN RECESSION, DANS UN CONTEXTE DE CROISSANCE DE LA POPULATION

 Au cours de la période 2010-2016, la population des Franciliens a connu une croissance notoire, comme l’illustre la figure 7 pour trois de ses départements. C'est ainsi que le Val d’Oise a vu sa population augmenter de +3,5%. Mais une commune comme la ville de Cergy a connu un gain trois fois plus élevé de + 9, 4%, qui aurait nécessité un investissement lourd en matière de services aux populations, notamment de santé. En témoigne le cas du centre médical des Genottes à Cergy-Saint-Christophe qui affiche un niveau de saturation explosif : « le Samedi, les patients viennent dès 6 h du matin pour une ouverture des portes à 8 h… Et en ville, deux médecins partent en retraite et ferment leur cabinet cet été » déclare un médecin. Des malades témoignent : « Il faut 5 h de queue pour obtenir une ordonnance, ou un fléchage vers un spécialiste ».

Figure 7 Evolution démographique Val d'Oise / IDF © J.P. Cocquerez

Cette croissance démographique qui s’est poursuivie à un rythme soutenu ces cinq dernières années est à l’origine de nombreux conflits sociaux qui ont émaillé les décisions de fermeture d’établissements hospitaliers de proximité dans le Val d’Oise. Citons à titre d’exemple :

  • Transfert de huit lits de réanimation et de quatre lits de soins intensifs de l'hôpital de Beaumont-sur-Oise vers l’hôpital de Pontoise, donc fermeture de services.
  • Fermeture de 56 lits et suppression de 75 postes à l'hôpital de Gonesse ;
  • Transformation de l’hôpital gériatrique de Villiers-le-Bel en EHPAD ;
  • Fermeture de l’activité de cardiologie interventionnelle d’Argenteuil ;
  • Fermeture envisagée de l’hôpital de Saint Martin du Tertre.

 Par ailleurs, signalons également des établissements freinés dans leur développement par une pénurie de personnel. Un hôpital tout neuf comme celui de Gonesse déclare de grandes difficultés de recrutement, en raison d’un appareil de formation du secteur Est du Val d’Oise tourné très largement vers les métiers du pôle aéroportuaire de Roissy, qui n’emploie pourtant que 6,5% de la main-d’œuvre locale et dont les perspectives de développement sont remises durablement en cause avec la crise sanitaire.

 Ainsi, le diagnostic formulé en mai dernier par le Premier Ministre sur la situation de Val d'Oise semble malheureusement justifié. Bien entendu, un certain nombre de choix en matière d’équipements hospitaliers échappe au département et relève de l’ARS (Agence Régionale de Santé d’Ile de France), mais notons que l’importance et la progression des déserts médicaux en Val d’Oise ne pas fait partie des préoccupations majeures de Mme Cavecchi. Très active pour défendre l’implantation à Gonesse du projet aussi destructeur qu’inutile d’Europacity porté par le groupe Auchan associé au milliardaire chinois Wanda dont l’annulation par le gouvernement a suscité sa vive colère, elle semble bien timorée pour revendiquer un meilleur niveau d'offre sanitaire dans le Val d’Oise.

 Avec le concours de Jean-Pierre Cocquerez (Professeur émérite en Informatique, Université de Technologie de Compiègne)

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