les poètes ont des colères

Et puis tu me diras où tu te reconnais.

Markéta Luskačová Markéta Luskačová

Les poètes ont des colères joyeuses. Mais des colères braves, de vrais colères funestes qui mouillent leurs lèvres brèves. Ils ne vont pas massacrer avec des points-virgules ou des arcs de mots des gazelles bondissantes, ni même des doryphores posés délicatement sur les feuilles de futures purées. Ils ne sont pas, non plus, le chat qui attend la souris noble - s'il veut manger, il mange -, le chat qui n'a rien d'autre à faire sinon piquer son somme - j'aimerais l'hypothéquer -, le chat qui nous rigole. 

D'ailleurs, les poètes, absents des marchés financiers et de toutes friandises, ne sont pas des poètes. Ils sont l'arme d'un monde qui s’inonde sans fin, ils s'ébrouent de dangers, ils flairent l'odeur pourpre de toutes les fins des temps, ils voient les dernières graines qui nous veulent faire amour. Ce sont de "petits riens".

Regarde l'orée du ciel !
Écoute la terre meuble qui remue sous la taupe !
Et l'odeur vaste des arbres qui transpirent de sens !
Goûte ta propre sève !
Touche ta peau, touche ta peau, la douceur de ta peau !

Et puis tu me diras où tu te reconnais.

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