assis soient-ils

Lors de la première vague, écrit pour remercier les "invisibles rendu·es visibles". Un copié-collé en hommage à celles et ceux qui aujourd'hui se mobilisent contre la loi "d'insécurité globale" et tant pis si vous pensez qu'il n'y a pas de rapport, je crois que tout fait sens. Je n'ai pas, hélas, de photographies "filoutées" de policiers devant des caisses de supermarché - ça viendra peut-être - !

Ainsi !

Là, assis, bien au chaud. Dehors, petit retour d'hiver après quelques journées soucieuses, bras nus dans l'indolence du jardin.

Encore abasourdis, estomaqués, les grands qui s'y croyaient ! Dans quel nouvel abri maintenant se confinent-ils ? L'abri des mots, peut-être ? Et dans leurs ventres mous, quelles justifications ? Ceux-là qui prédisaient le très grand ruissellement, ils prennent parole encore. Leur besogne présente est devenue le décompte de ce qui ne se compte plus et leurs culottes humides rétrécissent la peau de leurs petites couilles. Ils font encore les beaux mais pour combien de temps ? J'imagine leur désir de tout abandonner devant l'ampleur du vent. Je me trompe peut-être, je leur prête le pire, ce n'est pas raisonnable. Je m’attire des foudres.

Je regarde les avenues, les rues, les périphériques routiers des grandes villes du monde sur des images silencieuses. Déserts pandémiques, routes anémiques. De ces cités internationales, capitales muettes, je crois voir des squelettes sans nerfs, sans veines, sans vies. Spectacle saisissant d'un abandon soumis, ordonné devant la peur d'un chaos. Ordonnancement d'un désordre fiévreux. Un comble encore pour ceux qui pensaient immuable la puissance des lois. Alors, pour faire bonne figure, ils décrètent dans l'urgence qu'imposent les sommets, des pics, des fournaises.

Et puis ...

Il y a celles et ceux qui font tout leur possible avec ce qu'on leur a laissé dans le démantèlement sauvage et libéral des outils de travail pour les besoins humains, un minimum requis. A faire ce qu'il faut faire, ils donnent toutes leurs peines et leurs réserves aussi. Le courage fait partie de leurs choix et les larmes qu'ils versent ne les empêchent pas d'ajuster tous leurs gestes et de sourire encore même les traits tirés.

Donc je m'incline et je leur dis merci mais c'est bien peu de chose pour moi qui suis assis, bien au chaud.

Ainsi !

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