Nous sommes fracassés.

Chaque parole qu'ils prononcent nous enfonce un peu plus.

J'écoute un homme qui parle.
Sa parole est fébrile.

Il dit : " Nous sommes fracassés ! " et cela sonne en moi. C'est le bourdon terrible d'une simple vérité. Mais il n'est nul prêtre pour ce tocsin, non plus le chef sur le bouclier dressé, il est seulement l'homme au regard acéré qui tente par ce mot d'atteindre en ce qui lui reste de cœur la routinière plèbe qui, à jamais nous dit-on, n'est bonne que dans la fuite. Fuite en avant dans un jeu fourbe qui veut la dépasser, humanité dissoute.

Nous sommes fracassés. J'assume cet envoi. A présent je fais mienne cette dédicace aux hommes.

La parole touche-t-elle son but ? Bien souvent, à voix basse, on me dit " dans ton vers nulle clarté ", au contraire ; la flèche nous montre bien la cible puisqu'elle y est si durement plantée. A quoi bon dire " le ciel bleu " s'il revendique " un céruléen voyage " ! Mes pères m'ont donné tant de beaux vocabulaires. Je puise dans Larousse et côtoie mon Robert, un ami de Littré - mais je ne puis tout nommer de mes majuscules goûts, l'eau par ceci vous viendrait à la bouche -.

Je m'éloigne ainsi du tracas qui fracasse, je crains l'ennui chez vous par mes divagations. Ce n'est que dans l'instant que se meut mon sujet. Nous sommes fracassés.

Mais il est tard monsieur ...

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