La COP 21, dernière chance ou première étape

Présentée à juste titre comme celle de la dernière chance vis-à-vis du réchauffement climatique, la réunion Paris–Climat de décembre prochain –COP 21- est bien plus que cela.

Au-delà de l’impératif de décarbonation des activités humaines, ce sont en effet en même temps la croissance de l’Occident et le développement des pays émergents qui doivent être repensés, face aux impasses écologiques, sociales et financières des modèles actuels.

Ces modèles globaux sont insoutenables parce qu’ils continuent d’absorber des ressources énergétiques et minérales non renouvelables dans des volumes obérant le bien-être des générations futures et qu’ils laissent une empreinte carbone toujours plus lourde, cause ou à tout le moins facteur aggravant du changement climatique qui menace directement les conditions de (sur)vie sur la planète.

Les pays qui comme la Chine ont émergé en brûlant, au propre comme au figuré, les étapes du développement industriel sont confrontés de manière aigüe à ces mêmes problématiques : vieillissement, pollution, stress hydrique, surendettement….

Les pays les plus pauvres sont aussi les plus menacés par le changement climatique (menaces sur les zones côtières, désertification) et restent à l’écart des bénéfices de la mondialisation.

 A travers l’avenir de l’emploi peu/pas qualifié, la propagation des robots qui se profile à un horizon désormais très proche vient rejoindre le vieillissement des populations des pays avancés et émergés pour remettre en cause la place du travail et par ricochet le modèle « Emploi    revenu    consommation-appropriation        destruction » sur lequel repose encore la croissance des pays développés, en dépit de la déflation salariale et du creusement inédit et intenable des inégalités qui ont pour contrepartie la montée inexorable de l’endettement, qui n’a même pas ralenti après la crise des subprimes.

L’innovation foisonnante et l’interconnexion généralisée favorisent l’apparition de nouveaux types d’économie, circulaire, d’usage, de partage, qui vont bouleverser les modes de vie et accélérer l’obsolescence des métiers, des produits et des savoirs, dans une relation de plus en plus distendue avec leur vétusté. Cette mise au rencart anticipée n’épargne ni les hommes ni les machines ni même l’immobilier, pourtant valeur pérenne par excellence…et aujourd’hui jusqu’au cœur du système financier : la banque avec les « fin-techs ». Ces ruptures brutales entretiennent un climat d’incertitude anxiogène qui renforce paradoxalement les comportements attentistes et freine l’investissement, au moment où il serait le plus nécessaire, ravivant les inquiétudes quant à une éventuelle « stagnation séculaire» due à la faiblesse des gains de productivité.

Depuis la grande crise de 2008, le système financier (banques, assurance, fonds de pensions) ne tient plus qu’au prix d’un engagement sans précédent des Banques centrales, ultimes et bien fragiles remparts de l’insolvabilité des Etats, et porteuses quasi exclusive d’illusoires espoirs de relance.

La décarbonation et la promotion de l’économie d’usage nécessitent urgemment la réallocation des ressources d’épargne financière privée (en moyenne 2 à 3 fois supérieures à la dette publique dans les pays occidentaux) dans une logique nouvelle associant enfin rendement financier et durabilité au lieu de les opposer.

Mais, si la responsabilité sociale et environnementale relève tout autant des initiatives individuelles (comportements citoyens, circuits courts, RSE volontaire) que des choix politiques (régulation, financement global de la transition énergétique, politiques d’infrastructures, RSE réglementaire), le modèle qui assurera la cohérence entre les nouvelles opportunités, les contraintes écologiques fortes et la démographie reste entièrement à inventer.

Tant que l’imposture intellectuelle et morale en vertu de laquelle il suffit d’une « bonne » régulation pour que la somme des égoïsmes individuels produise comme par magie l’optimum de bien-être collectif, pour aujourd’hui et pour demain, continuera de gouverner le monde, les initiatives environnementales ou sociales risquent de rester au mieux des cautères sur des jambes de bois, au pire des achats de bonne conscience. L’écologie intégrale prônée par le Pape François repose sur un changement radical de posture : placer la coopération avant la compétition. L’augmentation dramatique des externalités (du fait de l’accroissement démographiques et du développement industriel) rend définitivement caduque l’utopie d’un marché auto-bienfaisant et il s’avère indispensable, après l’échec du productivisme marxiste-léniniste, de repenser la diffusion du progrès technologique dans une logique de modération.

Dix-huit ans après Kyoto, la COP 21 est bien celle de la dernière chance pour une approche coopérative du risque climatique. Mais elle ne prendra tout son sens que si elle ouvre réellement le débat sur ce que devra impérativement être le développement durable au XXI ° siècle.

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