Un "Referendum National" sur l'école?

Les dessous cachés d'un pseudo "Referendum National sur l'école" orchestré en sous-main par la cathosphère et le clan Fillon.

 J'ai reçu, il y a une dizaine de jour un bien curieux courrier émanant d'une association qui jusque-là m'était totalement inconnue et dont le nom est déjà tout un programme: SOS-Education. Grâce à un "Referendum National", assorti bien sûr d'un petit soutien financier volontaire de la part des participants, cette association prétend vouloir pousser des actions en vue de sauver de la "faillite" le système éducatif français. Tout au long des quatre pages de la lettre d'introduction sont alors répétées, assénées et inlassablement martelées les causes et les conséquences de ce délabrement de l'Education Nationale — et ceci selon un schéma étrangement familier:

Au commencement était le Paradis:

Tout commence par un tableau de l'âge d'or de l'école, telle qu'elle se déroulait autrefois sous la houlette de "Madame Paradis" qui, en CP, enseignait la morale, la lecture et l'écriture, l'histoire et la géographie pour apprendre "à connaître et aimer son pays" et les enfants étaient heureux, comme on peut le voir sur une belle image, reproduite en marge et représentant une classe de petites filles avec leur maîtresse, toutes habillées à la mode du milieu du 19è siècle — époque bénie entre toutes, puisque précédant de quelques décennies l'irruption de l'école républicaine obligatoire, gratuite et... laïque.

Puis vint la chute:

Et c'est alors que survint la chute dont on peut mesurer aujourd'hui les funestes séquelles dans les écoles. Car maintenant, plus de "Madame Paradis", juste des "instituteurs", uniquement préoccupés de "méthodes actives et de "psychologie de l'enfant", ce qui, hélas! ne rend pas les enfants "plus épanouis, curieux ou heureux", "bien au contraire" à en juger par tous ces "journaux et magazines" pleins de "chiffres dramatiques sur notre jeunesse: drogue, dépression, chômage, suicide, viol, meurtre". Sombre bilan d'une école qui ne produit plus que de l'illettrisme, des bacheliers incultes et des universitaires incompétents. Bizarrement, parmi toutes les causes incriminées pour expliquer l'appauvrissement de l'enseignement public, aucune mention n'est faite de l'épineux problème des 7 à 8 milliards d'argent public qui, au titre de la loi Debré et en violation du principe de laïcité, sont détournés chaque année du budget de l'Education Nationale pour subventionner un enseignement privé (à 90% catholique), donc bien sûr payant, qui de cette façon pratique une sélection par l'argent, permettant aux classes supérieures de fuir la mixité sociale pour se réfugier dans un confortable entre-soi. Rien de tout cela n'est dénoncé dans ce SOS. Seuls sont mis en cause les nouvelles pédagogies, le collège unique et tous les efforts de modernisation tentant d'instaurer un enseignement plus juste et plus égalitaire. Toutes ces tentatives de rénovation n'auraient fait, selon lui, qu'accélérer le naufrage de notre système éducatif. Mais heureusement, SOS-Education veille et grâce à ses réformes va apporter le salut.

Enfin arriva la Rédemption:

Derrière les remèdes que compte administrer cette organisation se profile encore une fois l'éternel catalogue des indestructibles obsessions de la vieille droite réactionnaire: appel à plus d'autorité, renforcement du pouvoir hiérarchique, réduction des vacances des enseignants, anti-syndicalisme viscéral, durcissement de la sélection (réintroduction de l'examen d'entrée en 6è.), au risque de rendre encore plus élitiste un système éducatif déjà dénoncé comme particulièrement inégalitaire dans de nombreuses enquêtes internationales. Autre obsession très révélatrice, elle aussi, des courants souterrains qui sont à la manœuvre: la volonté de recentrer les programmes autour des matières traditionnelles, comme par exemple l'enseignement du français, et leur interdire — suivant en cela une longue tradition obscurantiste propre à cette mouvance, toute ouverture aux idées nouvelles, et à plus forte raison, lorsqu'elles pourraient se révéler porteuses de progrès et de tolérance; c'est ainsi que la onzième question du referendum assimile l'idée de "genre" à une "idéologie douteuse" qu'il convient de bannir des programmes. A l'évidence, SOS-Education se fait ici dévoué porte-parole des autorités vaticanes, hérissées elles aussi par ces nouvelles idées. Ceci semble confirmer combien ces réseaux sont impatients de mettre la main sur les programmes de l'école laïque pour les rendre un peu plus "catholiques" et les sauver peut-être des flammes de l'enfer. En réalité, cette intrusion cléricale a déjà commencé dans certains manuels en usage dans les collèges publics: Dans Les couleurs du français (classe de 6è. Istra), on propose en effet comme texte de référence pour un cours de grammaire française, un extrait de la "Genèse", donc le produit d'une traduction aux structures le plus souvent archaïques. Et puis, oser proposer à de jeunes élèves, dans des établissements chargés de leur transmettre le savoir, l'étude d'un mythe qui fait du désir de goûter aux fruits de "l'arbre de la connaissance" le "péché originel" de l'homme et la source de tous les maux de l'humanité, ne peut que relever du plus parfait cynisme. De plus, en regard des effroyables dérives fanatiques provoquées aujourd'hui par les Credo et les anathèmes des récits bibliques, peut-être serait-il urgent de retrouver les grands textes de l'époque des Lumières qui, dans une langue authetiquement française, viennent nous parler de raison, de tolérance et d'humanité. Mais évidemment, il est beaucoup plus difficile de gouverner et de berner un peuple de citoyens éclairés qu'un troupeau d'ouailles ignorantes, uniquement dressées à bêler Amen! toute la sainte journée. Ainsi soit-il.

Tels sont donc les courants qui se dissimulent derrière ce prétendu "Referendum National". Si l'on prend la peine maintenant de se rendre sur le site internet de SOS-Education, on y fait la rencontre  — malgré les principes d'"indépendance" et de "transparence" ostensiblement revendiqués sur la page d'accueil — du candidat F. Fillon qui vient faire une brève apparition en fond d'écran. Et ceci soulève quelques interrogations, en particulier concernant l'urgence de l'opération ( les réponses et les dons sont à renvoyer avant 10 jours):

— Pourquoi cette urgence? Cette association a-t-elle l'intention de publier les résultats de ce referendum qui, selon toute évidence, à en juger d'après le formatage et le choix des questions, devraient démontrer sans peine que 80 à 90% de Françaient sont favorables à une réforme radicale du système scolaire et selon un modèle en tout point conforme au projet Fillon?

— S'agit-il plutôt d'une urgence financière? A quelle fin et à qui sont destinés ces dons, partiellement déductibles des impôts, donc financés en partie par l'Etat qui, ici aussi, en violation du principe de laïcité, subventionne indirectement une campagne orchestrée par des réseaux d'obédience  catholique?

— Ou bien, en cas de victoire du clan Fillon aux prochaines élections, la cathosphère est-elle en train de nous mijoter une reprise en main du système éducatif au travers d'une réforme qui serait mise en place sans attendre, dès le début du quinquennat?

      (A suivre....) ... dans l'actualité des prochaines semaines.

 

 

 

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