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Billet de blog 1 déc. 2022

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Médecins sans soutien

Ne faudrait-il pas, dans l'intérêt du pays, nationaliser l'ensemble des professions de santé sur le modèle - certes légèrement perfectible !!!- de l'hôpital public ? Salaires équitables et juste répartition des médecins sur le territoire. Certes, cette fonctionnarisation rendrait le docteur plus revendicatif. Mais n'a t-il pas pris les devants en manifestant pour une consultation à 50 € ?

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Ont-ils appris, incidemment, que je relançais ma chronique ? C'est à croire et, profondément troublé, je me perds en conjectures. Avouez, y a de quoi! Car les voici qu'ils occupent les devants de l'affiche, comme l'on écrivait suivant une formule impeccablement surannée. Non, ce ne sont pas eux, ceux qui se baladent avec des bâtons de marche, y compris pour faire le tour de leur pâté de maisons. Pas eux, non plus, qui se jettent en parachute du haut d'un pont, dans l'espoir de faire parler d'eux. Il y en a d'ailleurs un qui a fait la "une" de Midi-Libre en s'écrasant au pied du viaduc de Millau. Pas eux, aujourd'hui, ces pieds nickelés qui se font les couilles en or en tapant gaiement dans un ballon, sur les pelouses artificielles où reposent le cadavre de milliers d'esclaves, la liberté de millions de gens et surtout celle de leurs femmes. Mon petit doigt gauche, chargé sur le clavier de taper les lettres A, Q, W et majuscules, me dit que l'on y reviendra, car soyons bien honnêtes, quand le foot est joué à ce niveau de cynisme, de mépris et d'imbécilité, c'est tout de même beau à voir ! Merci TF1 de ne pas nous en avoir privé...
Non, ceux que j'aime aussi beaucoup, par-dessus tout, à la folie, ce sont les médecins. Icônes absolues du libéralisme. Certes dans leur globalité ils ne valent peut-être pas les avocats et les pignoufs sortis des écoles de commerce, pour fourguer tout ce qui, depuis quarante ans, nous met dans la merde, mais quand même ! Les toubibs, ils sont pas mal... Remarquez, faut pas dire ! Ils évoluent. Car les voici dans la rue. Si, si, comme de vulgaires fonctionnaires. Instits, infirmiers, cheminots. Bon, dans les rangs, c'est un peu plus classe. Ça sent moins la sueur et les sonos, plus softs, ne crachent pas du HK " On lâche rien " et tous ses slogans minables. 
Non. Là, on demande la consultation à 50 € ! Je plaisante ? Oui, toujours, mais pas avec la vérité. Allez voir sur le site d'Orange qui reprend, sans s'étouffer, ce papier de l'AFP *.  Alors ce n'est pas tant pour plomber les comptes de la Sécu, ni éventuellement faire raquer le patient démuni, qu'ils placent la barre au-dessus de la lune, mars et jupiter en personne, ils n'ont pas si mauvais fond. Non c'est - selon le jeune collectif Médecin pour demain - dans le but "de sauver la profession". Ah ! dans ces conditions alors... 
Car j'espère au moins que vous êtes sensibles à cette détresse patente de la "profession". D'ailleurs on sent bien cette sorte de précarité qui menace, quand elle ne les a déjà pas submergés, ces pauvres gens. Observez bien leurs appartements délabrés, leur mobilier vétuste, leur tenue souvent proche du haillon. Beaucoup n'ont-ils pas déjà des chemises raccommodées, manches de veston élimées, ronds de cuir cousus sur les genoux de leurs pantalons éculés ? 
Et leur santé, vous y avez pensé à leur santé, plutôt que de toujours regarder votre nombril comme s'il était plus vulnérable et précieux que le leur ? La plupart souffrent de surmenage, les malheureux. Et ce n'est pas de gaîté de cœur, croyez-le, qu'ils ne consultent pas avant 9 heures et plus du tout après 18 heures, qu'ils ferment la boutique le samedi et le dimanche, quand ils ne s'octroient pas un petit break dans la semaine. Sans une demi-journée de golf, suivi d'un petit sauna pour récupérer, comment voudriez-vous qu'ils tiennent ? 
Bon, cette petite augmentation des honoraires qui devrait leur permettre d'engranger 150 euros de l'heure - là où l'employé ordinaire touche dix fois moins - devra faire l'objet d'allégement fiscal. Ben j'y tiens, mon carabin ! Car comment voulez-vous qu'ils fassent face - oh c'est pas terrible ça ! disons qu'ils supportent la charge - ? Je sais pas si vous avez une idée de ce que coûte la berline ou le cross-over allemand qui est planqué - ou pas- derrière le cabinet ; ce que consomme en électricité la position hors-gel dans le petit chalet à la montagne, sans même parler d'un long-courrier à destination des Caraïbes ? Mais c'est du vol ! En tout cas, c'est exorbitant. Même pour un pneu de la BM, il vous faudrait sûrement emprunter. Alors, ça vous en bouche un coin, gagne-petit que êtes ! 
On nous objectera toujours, qu'il y a plus malheureux. Enfin nettement plus malheureux. Beaucoup, beaucoup plus malheureux ! Et revoici les arguments spécieux, le populisme de bas-étage, le combat d'arrière-garde de gauchistes dégénérés... Car oui, peut-être que le salaire médian d'un médecin tourne - hors dépassements d'honoraires - autour de 8000 euros, et alors ? Qu'est-ce que tu faisais, toi espèce de minable, pendant que le futur docteur vivait dans des maisons bourgeoises, mangeait équilibré, étudié dans un bureau bien chauffé et passait ensuite des années dans les amphithéâtres à courir les infirmières et se payer du bon temps dans des soirées turbulentes ? Tu te grattais les fesses en primaire, tu ne comprenais déjà plus rien dans le secondaire, à seize ans tu partais trimer à l'usine ou dans un hall de gare à trier le courrier. Alors, s'il-te-plaît ! Un peu de respect pour ceux qui ont réussi... à naître où il fallait. 
Bon, j'espère que personne n'aura perçu dans cette éloquente plaidoirie, la moindre griffe d'ironie. Je vous connais et sais bien qu'il n'y a pas, parmi vous, d'esprit pervers, tordu, mal placé. J'espère aussi que mon propre toubib ne tombera pas sur cette prose aux légers relents pamphlétaires. Il n'en a ni le temps, ni je pense le goût. Mais par précaution, je lui dois de préciser que devant son cabinet, qui ne paie pas de mine, il gare une vieille Citroën à bout de souffle. Qu'il attaque tous les matins aux aurores et ne finit jamais avant vingt heures ; qu'il couvre une petite ville et un gros bourg à lui tout seul. Avec les interventions des pompiers à réguler et deux maisons de retraite à visiter. Tenez, cela me rappelle le vieux médecin de mes parents. Il ne se passait quasiment pas un jour sans que je le vois dans sa Renault 4L, aller et venir d'une rue, d'un quartier et d'une ferme à l'autre. Il ne demandait pas 50 euros à la sécurité sociale qui se portait forcément beaucoup mieux, mais quinze francs. Et suivant où il allait, comme chez mémé Mathilde, il oubliait souvent de prendre l'argent. Il leur disait à ces pauvres gens, mange à ta faim, tu en as besoin. Tu me paieras plus tard... Et c'était évidemment jamais ! 
Vous savez pourquoi à plus de soixante ans, il n'arrive pas à envisager la retraite, pas même à lever un peu le pied ? Pourquoi il commence à redouter de tomber raide, d'une vraie fatigue, d'un trop grand stress ? C'est que la relève, qui ose prétendre que " 25 euros pour 10 ans d'études, c'est la médecine qu'on assassine " refuse systématiquement de s'installer dans les campagnes, loin du resto, du cinéma, du golf, des belles boutiques et de l'aéroport...
Je ne sais qui assassine la médecine, mais je sais qui la déshonore ! 

* https://actu.orange.fr/france/greve-des-medecins-liberaux-un-amp-quot-coup-de-semonce-amp-quot-pour-amp-quot-sauver-amp-quot-la-profession-CNT000001VpMVx/photos/manifestation-de-professionnels-medicaux-face-au-ministere-de-la-sante-le-29-novembre-2022-a-paris-5eb56aba0eb71672426fba697886c770.html

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