LES IDIOTS INUTILES

Après avoir perdu la maîtrise et l'excellence industrielle en sacrifiant Alstom à l'appétit de General Electric, non seulement la France s'est trouvée démunie en terme de compétitivité mais dépouillée de son "contrat du siècle". Ses sous-marins refusés par les Australiens au profit des Américains regorgeant peut-être de haute technologie française !

Je ne vais pas me faire que des amis (ah bon, vous croyez, c'est déjà fait ?) chez les Américains. Vous me direz, pas bien grave, je n'en connais pas. Enfin si, deux ! L'une est Lozérienne d'origine et a fini par craquer pour un beau pilote de l'US Air Force. Nous ne sommes pas du même monde, nos itinéraires peu compatibles, le mien par trop éloigné de la Floride, mais ce sont des gens bien, j'en suis sûr. Même si le mari de Mimi, le Ricain en l'occurrence, se prénomme... Donald !

Et puis il y a Bastien. De la famille. Avec ses longs cheveux, son allure d'écolo baba cool et son pétard - non là j'extrapole et puis il n'y a rien d'incompatible avec les États-Unis - je n'aurais jamais imaginé qu'il puisse s'installer en Californie pour y produire du pinard, après avoir tout de même acquis l'expertise et l'expérience sur son bon vieux terroir. De Gaillac et des environs... Cela s'apparente à de l'espionnage ou de l'allégeance... ou les deux ! A sa décharge il a craqué pour une charmante Rebecca, francophile qui plus est, allez circulez...

J'aurais pu me passer de cet exorde un peu lourd et personnel, mais faut-il vraiment se dispenser d'écrire aux gens qu'on les aime, surtout lorsque ce sont des neveux, même adoptifs, de l'oncle Sam.

A part ça, vous en souvenez-vous ? Oui parce qu'il n'y a même pas un an, qu'est ce qu'on s'est gobergés, enthousiasmés de l'élection de Joe Biden. Enfin, surtout les libéraux, atlantistes, les disciples de la bande malfaisante des Trudeau, Von der Leyen, Merkel, Johnson et de notre petit employé de banque élyséen. Car nous avions toutes les raisons de redouter le scénario dont les premiers épisodes ne sont pas tristes du tout.

Ah ! nous étions tellement soulagés de ne plus être agressés par la seule idée de l'existence de Trump à la tête de la première puissance mondiale. Ses outrances, ses pitreries, ses insuffisances et puis soyons plus précis : sa tête de con. Et les risques, pensait-on, qu'il faisait peser sur la planète. Mais enfin, avec son slogan minable "America first again" et sa politique extérieure erratique et contradictoire, Donald avait renoncé d'une certaine manière à l'expansionnisme compulsif de ses prédécesseurs et son protectionnisme, voire son goût pour les circuits courts n'étaient pas ineptes dans une pure logique économique...

Avec Biden, tenant de cette droite libérale redevenue triomphante, revoici donc l'impérialisme échevelé, assumé, insolent. Certes en prolongement de la décision de l’administration précédente, l'Amérique s'est bien débarrassée du chewing-gum afghan qu'elle s'était elle-même collé aux chaussures. Mais c'est pour mieux relancer un guerre froide dans laquelle les States se complaisent, s'arrogeant le droit de dicter à tous sa propre conception de l'ordre mondialisé.

L'épisode des sous-marins - dont nous faisons un pont en France mais qui n'émeut pas pour autant le reste de la planète - est un épiphénomène, parfaite illustration de ce qui globalement ressemble à une chasse au Chinois, espèce non protégée par la Ligue des libéraux vertueux et inscrite au redbook... émissaire. Ce n'est pas tant le sort des Ouïghours et autres dissidents maltraités qui heurte la grande Amérique, que cette conquête de plus en plus affirmée et aboutie de vastes territoires commerciaux.

Certes sur la thématique des droits de l'homme on ne se rangera pas du côté de Jinping le sympathique leader chinois, mais enfin on sent bien que ce n'est pas aussi ce qui porte souci à Joe l'endormi qui s'est, pour le coup, bien réveillé.

La volte-face australienne instrumentalisée par les États-Unis, soutenue en loucedé par les Anglais plus que jamais revanchards envers l'Europe et la France, n'est rien d'autre que l'expression d'une volonté constante d'accroître le rapport de force dans la zone d'Océanie, qui pourrait s'avérer beaucoup moins pacifique, voire pourquoi pas (?) belliqueuse. En foi de quoi les engagements de 2014, y compris sur des accords aux enjeux colossaux et dûment signés n'ont, au yeux de ceux qui se rêvent encore en maîtres du monde, que bien peu de valeur et aucun intérêt.

Cela me fait penser à la suggestion de Sankroku, un lecteur du club Médiapart qui me proposait d'aller voir si Général Electric qui s'appropria au nom des USA notre fleuron de technologie de pointe, Alstom, n'avait pas justement profité des chaudières nucléaires dont la France avait l'exclusivité jusque là, pour armer les sous-marins vendus aux Australiens à la place des nôtres. Si bien que non seulement nous serions dépendants de brevets qui nous appartenaient, mais en prime les Ricains feraient du commerce et des milliards sur notre compte...

Et sans faire, pour le moins, la campagne d'Arnaud Montebourg candidat solitaire et buté, il faut lui reconnaître au moins d'avoir voulu garder Alstom dans le patrimoine industriel en le nationalisant (2014). Ce que Hollande refusa, préférant confier à un certain Macron la grande braderie technologique et industrielle, qui tourne à la débandade.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.