JOURNALISTES TOUS EN MARCHE

Pas plus la presse écrite, que la radio et moins encore la téloche ne gardent la moindre distance avec le pouvoir duquel ils se sont accommodés en quelques années de Macronie comme jamais. Réputés plutôt de gauche - comme leur modèle élyséen - ils ont rapidement pris le pli imposé par les actionnaires qui n'investissent pas dans les médias pour résister

Je me suis laissé surprendre, ce matin, à écouter France-Inter. Quel choc et quelle tristesse ! Imaginez que par les fantaisies perfides du hasard, vous tombiez nez à nez, sur un homme, une femme que vous avez déraisonnablement aimé jusqu'à la trahison et la séparation. Il, elle vous parle. Qu'est-ce que vous faites ? Vous l'écoutez, lui répondez ! Alors qu'avec un peu de courage, vous auriez aussitôt tourné les talons.

Tourner le bouton, voilà ce que j'aurais dû faire avec mon ex (radio), mais du courage, le matin j'en manque et m'en repends. Le prix à payer fut lourd. Demorand le gros pépère à bretelles tellement content de lui, la Salamé gloussant sa suffisance, Sofia Aram à l'humour souffreteux mais désormais gouvernemental et Sonia Devillers déplorant que les médias soient devenus la cible numéro 1 du populo ! Cela en fait une belle équipe à boycotter !

Et dire que France-Inter doit encore jouir de son image de radio de gauche ! Au point que ceux qui l'écoutent toujours, doivent aussi se persuader d'en être. Au-delà de cette dérive inouïe - et jusqu'où pourra-t-elle, osera-t-elle pousser le bouchon ? - se pose la question de l'impartialité des médias. Oui je sais, cela vous fait bien rigoler, mais enfin souvenez-vous. Il fut un temps où les journalistes étaient majoritairement à gauche ou catalogués ainsi. Il y en avait même qui débordaient jusqu'à TF1 et au Figaro, c'est dire s'il y en avait ! Dans la presse écrite que je connais mieux, lorsqu'il y avait un collègue de droite, il ne se trouvait pas grand monde pour manger à la cantine à côté de lui.

Les journalistes étaient de gauche parce que c'était tendance et que personne ne venait le leur reprocher à part quelques lecteurs, auditeurs grincheux et Poniatowski, Fourcade, Hortefeux et Le Pen. Cette dernière étant la seule à encore morfler dans les médias car être contre les fachos ça ne mange pas de pain ! Alors, comment en quelques années la profession a-t-elle si brusquement viré de bord et changé d'idéologie ? C'est votre question ? Vous rigolez ou quoi ! Les trois-quarts de ces gens de bonne famille n'en ont jamais eu réellement, d'idéologie. Et c'est bien pour cela que le revirement n'a suscité en eux nulle souffrance éthique, pas même un légère torticolis ou une démangeaison anale.

La corporation des journalistes est sans conteste celle qui compte la plus belle proportion d'arrivistes, d'opportunistes et de faux culs. Leurs syndicats en tête, lorsqu'ils firent face à de nouvelles directions mandatées par Arnault, Bolloré, Pinault, Drahi, Niel et société, ce n'est pas de déontologie qu'ils se préoccupèrent, mais de maintien d'emploi, de salaires et de promotion. Et quand la soupe est bonne, que l'on y mette des haricots verts, des tomates rouges ou des oignons blancs, tout le monde l'avale quand même.

Voici donc comment les journalistes un brin obtus, tranquillement rebelles et plus ou moins résolus, se sont mis à remuer la queue-queue devant les puissants rouages de la Macronie. Et plutôt que d'écouter ce qu'ont à dire les manifestants, ils préfèrent se les braquer pour mieux dénoncer leur violence et leur irresponsabilité. Sans trop s'embarrasser non plus de fine analyse, préférant mettre dans le même brouet, les illuminés partisans de Philippot ou Lalanne, les complotistes et les réfractaires au passe sanitaire. De toute façon, ils ne sont jamais contents, ils nous empêchent de ronronner dans les jambes de Jupiter, ils nous emmerdent !

Nous sommes, mesdames et messieurs, entrés dans une époque - d'autant plus inouïe que l'on ne l'a pas vue venir - où la liberté de la presse, tout comme celle de circuler ou de boire un café, est malmenée par une jeune oligarchie insolente autant qu'intolérante, probablement inconsciente aussi !

Si tous ceux qui en éprouve le sentiment n'entrent pas rapidement en résistance nous allons en avoir pour des années, voire des décennies. Car l'électeur est aussi un lecteur, un auditeur, mais surtout un téléspectateur et lui, ce que lui raconte Claire Coudray ou Delahousse (de canapé), il y croit. Ils sont tellement mignons !

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