Cafouillage diplomatique en Afrique du Sud

Cinq pays, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suisse ont envoyé une lettre au Président Ramaphosa pour lui demander d’activer sa campagne contre la corruption et mettre les coupables en prison, s’il voulait obtenir des investissements pour la relance de l’économie de son pays.

Cette lettre envoyée en juin 2018, mais rendue publique dans la dernière publication du  Sunday Times a fait l’effet d’une douche froide au Ministère des Affaires étrangères. La Ministre, Lindiwe Sisulu, a exprimé son mécontentement en convoquant les cinq ambassadeurs des pays concernés. La routine diplomatique aurait voulu que son ministère soit le premier interlocuteur des missions diplomatiques en poste en Afrique du Sud.

Depuis son arrivée à la présidence, Cyril Ramaphosa a entrepris un grand nettoyage pour écarter de leurs postes les élus, directeurs des entreprises publiques, y compris la police, et les ministres les plus éclaboussés par leurs liens avec la famille Gupta, accusée d’avoir mis la main sur les ressources de l’Etat (State capture) a grand renfort de pots de vin et cadeaux de luxe. Las ! Un scandale en chasse un autre et le Guptagate a cédé la place au Bosasagate, du nom de cette compagnie de sécurité Bosasa, qui a obtenu un grand nombre de contrats publics avec des enveloppes bien garnies, glissées dans un sac Vuitton pour les dames ou accompagnées d’un stylo MontBlanc pour les messieurs.

La Commission Zondo, du nom du juge qui en a la charge, accumule les preuves de corruption à tous les niveaux, y compris au sein de la direction de l’ANC. La nouvelle procureur générale, Shamila Batohi, pourrait accélérer le cours de la justice en procédant à des inculpations. Cette juriste chevronnée a commencé sa carrière auprès du juge  Richard Goldstone qui enquêtait sur les massacres au Kwazulu Natal dans les années 1990, et elle vient de quitter son poste à la Cour internationale de la Haye. Un parcours sans faute qui lui donnera autorité pour trancher dans le nœud de vipères qu’était devenu le parquet (NPA) sous ses prédécesseurs.

 Les cinq pays qui s’inquiètent de la corruption qui ravage l’Afrique du Sud représentent 75% des investissements étrangers et on comprend bien qu’ils veuillent des garanties. Mais leur intrusion dans ce qui est une affaire interne à l’Afrique du Sud a provoqué une réaction rapide des autorités qui dénoncent « l’interférence des puissances occidentales, et anciennes puissances colonisatrices », ce qui n’est pas exact pour la Suisse, mais les banques suisses ne sont pas vierges de tout reproche ayant largement contribué financièrement au maintien du régime d’apartheid.

Au delà de l’incident diplomatique, ou plutôt du cafouillage car il ne s’agissait pas en fait d’une lettre, mais d’un mémorandum avec quelques conseils d’amis qui s’intéressent à nouveau à l’Afrique du Sud depuis l’arrivée de Cyril Ramaphosa  à la tête du pays et sa très probable élection à la tête du pays à l’issue du scrutin du mois de mai 2019. Finalement la tension est retombée quand tout le monde a reconnu que tout cela était tout simplement « un malentendu ».

 L’Afrique du Sud a un besoin urgent d’investissement pour relancer une économie en berne et elle est à la recherche de 100 milliards de dollars d’investissement pour les cinq années à venir. Cyril Ramaphosa ne ménage pas sa peine pour séduire les investisseurs potentiels. La Chine et l’Inde, qui sont des partenaires des BRICS, ont déjà fait des promesses d’investissements, tout comme l’Arabie saoudite ou les Emirats unis. Une concurrence directe avec les pays occidentaux.

Toute cette cacophonie à quelques jours du discours sur la Nation (State of the Nation, en abrégé Sona) qui marquera l’ouverture de la campagne électorale n’est pas sans poser de questions sur l’unité du parti au pouvoir. La récente déclaration du président qualifiant de « neuf années perdues » la présidence de Jacob Zuma, n’a pas fait que des heureux dans les rangs de l’ANC.

 

 

 

 

 

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