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Billet de blog 11 févr. 2018

Thalès, Chirac, Sarkozy et la tour Eiffel

Un Tribunal populaire pour les crimes économiques s’est tenu du 3 au 7 février à Johannesburg à l’initiative d’organisations de la société civile pour montrer le lien entre la corruption au temps de l’apartheid, la violation de l’embargo sur les ventes d’armes, le scandale de la vente d’armes à l’Afrique du Sud en 1999 et l’actuel « capture de l’Etat ».

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Le tribunal était composé d’anciens juges et personnalités connus pour leur intégrité : l’ancien juge de la Cour constitutionnel Zak Yacoob, Navi Pillay, Dinga Sikwebu, Mandisa Dyanti, Yasmin Sooka et Allyson Maynard Gibson. Ce tribunal a entendu des témoins, des chercheurs, des journalistes d’investigation dont la parole se heurte à un mur du silence entretenu par les corrompus et leurs corrupteurs.The People’s Tribunal on Economic Crime répond à une demande de plus en plus pressante de l’opinion publique sud-africaine de faire toute la lumière sur des années de corruption.

 Depuis 1999 enquêtes, articles ouvrages, dont celui paru sous la direction de Henni van Vuuren : Apartheid, Guns and Money, mettent à nu le soutien des pays occidentaux, en particulier celui de la France, aux dirigeants de l’apartheid. La Commission Seriti, chargée de faire la lumière sur le scandale de la vente d’armes à l’Afrique du Sud , connu sous le nom de Arms Deal, n’avait fait que jeter un peu plus d’ombre sur des affaires bien embrouillées au point que des témoins avaient refusé de comparaître et avaient demandé la démission du juge Seriti [Commission Seriti : ni embrouilles, ni magouilles dans l’achat d’armes par l’Afrique du Sud->http://renapas.rezo.net/spip.php?article742] et [Appel à la dissolution de la Commission Seriti->http://renapas.rezo.net/spip.php?article641]

 Shabir Shaik, conseiller financier de Jacob Zuma, avait été condamné en 2005 pour fraude et corruption. Richard Young, directeur de la compagnie CCII Systems  était venu expliquer devant le tribunal comment sa compagnie avait perdu le marché de la fourniture du système électronique qui devait équiper les corvettes de la marine sud-africaine, au profit de sa rivale African Defence Systems. Cette dernière appartenait à Shabir Shaik et African Defence Systems avait pour sous-traitant la compagnie française Thomson CSF, appelée aussi Thint SA.

Le témoignage de Ajay Sooklal, devant le Tribunal populaire vient confirmer ce que Shabir Shaik et d’autres témoins avait déjà dit dans des procès antérieurs à savoir que : Thalès avait promis un paiement annuel de 500 000 rands à Jacob Zuma s’il acceptait que Thalès ne soit pas inquiété par la justice et qu’il utilise la phrase codée « je vois que la Tour Eiffel est illuminée ce soir » s’il acceptait le marché ; que le frère de Shaik Shabir avait reçu un million de dollars de Thalès et que deux présidents français, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient fait pression sur Thabo Mbeki et Jacob Zuma pour que Thalès ne soit pas inquiété par la parquet sud-africain. https://www.dailymaverick.co.za/article/2018-02-06-peoples-tribunal-on-economic-crime

Il n’est donc pas étonnant de lire dans l’introduction du rapport intérimaire du Tribunal populaire au paragraphe 7 :« il y a selon nous suffisamment de preuves pour demander une enquête approfondie sur la conduite de nombreux partenaires, y compris le gouvernement français et Kredietbank. Ils ont coopéré avec le système d’apartheid, pour assurer une fourniture d’armes et de munitions et faciliter leur paiement par un labyrinthe de moyens détournés. Tout cela dans le plus grand secret. A nos yeux, cette conduite a été aussi dangereuse et cruelle que celle de l’apartheid qui torturait, tuait, déplaçait de force les populations, emprisonnait sans raison… Nous recommandons que la conduite de la Kredietbank et du gouvernement français soit l’objet d’une enquête approfondie. Nous demandons au gouvernement belge de faciliter l’enquête sur le Kredietbank afin d’établir la vérité ». https://corruptiontribunal.org.za/

Le départ de Zuma qui ne saurait tarder, sans que l’on sache pour le moment sous quelles conditions, aurait- il pour effet secondaire de libérer la parole de ceux qui en savent beaucoup sur les scandales et coups tordus qui perdurent depuis des décennies ?

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