Une zapa pour Paris !

C'est l'hiver. L'air est pollué depuis une semaine. Sept jours consécutifs d'alerte à la pollution à Paris. De même que c'est n'est pas le froid qui tue mais la pauvreté, ce n'est pas la météo qui pollue mais les moteurs diesel. Et le diesel tue doucement mais surement, avec la complicité des autorités françaises. Pourtant, des dispositifs légaux existent pour interdire, dans certains secteurs, les véhicules les plus dangereux pour la santé : les zapa (zone d’action prioritaire pour l’air). Une zapa pour Paris est indispensable. Vite, on tousse !

Les Parisiens respirent depuis sept jours un air vicié. Le seuil de 50µg/m3 d’air est largement dépassé depuis le 6 février. Les concentrations aux abords des grands axes et en centre ville dépassent même le seuil d’alerte de 80µg/m3 (source : Airparif).

Pourtant, les autorités responsables de la santé publique – les services de l’Etat et à Paris le préfet de police –  se contentent de « recommander aux enfants et aux personnes sensibles de pratiquer des activités calmes ». Quant aux automobilistes, ils sont « invités à réduire leur vitesse » (sans qu’aucun contrôle ne soit mis en œuvre). Il est aussi « conseillé d’emprunter d’autres moyens de transport que la voiture », sans aucune mesure incitative. (On pourrait par exemple, instituer la gratuité des transports en communs, les jours de pics de pollution pour inciter à laisser sa voiture au garage).

Le bon sens voudrait que l’on cherche à tarir à la source le poison qui nous pénètre les poumons. On en connaît l’origine : les moteurs diesel, cette spécialité française, qui émettent en masse les fameuses PM10, ces micros particules qui vont se nicher dans les alvéoles des poumons. Et en particulier dans les poumons des enfants dont la taille des bronchioles est parfaitement bien calibrée pour que les particules fines y demeurent.

Conséquence : bronchiolites et crises d’asthmes à répétition. Ces particules seraient aussi cancérigènes, selon l’Organisation mondiale de la santé. Et responsables de 42 000 décès en France. On estime que chaque Parisien perd en moyenne six mois de vie pour cause d’air pollué aux PM10.

Pourtant, rien n’est fait. Sciemment. Le diesel est une spécialité française, la France en est championne du monde. Il ne faut pas désespérer l’industrie automobile française ! Conséquence : la France, volontairement, n’applique pas les directives européennes sur la qualité de l’air. Les seuils d’alerte sont minimisés pour ne jamais atteindre le niveau à partir duquel, la circulation automobile serait interdite ou alternée (en fonction du numéro d’immatriculation), ce qui diminuerait le trafic par deux.

Cette situation de pollution chronique aux particules vaudra sous peu, à la France, d’être condamnée par la Cour de Justice européenne pour « non respect des seuils règlementaires » et « absence de politique efficace de lutte contre la pollution particulaire ».

Un autre moyen légal existe. Le Grenelle de l’environnement a institué, pour les agglomérations, possibilité d’organiser des zapa (zones d’actions prioritaire sur l’air). Paris s’est porté volontaire pour expérimenter cette mesure qui permet d’interdire certaines zones aux véhicules diesel. Mais l’échelle choisie, la grande agglomération francilienne – toute la partie à l’intérieure de l’A86 qui cerne Paris depuis la grande banlieue - rend cette mesure quasiment impossible, tant que toutes les collectivités locales concernées ne sont pas d’accord.

Pour être efficace, il convient de redimensionner le choix de se dispositif. Paris devrait se porter volontaire pour expérimenter une zapa sur tout son territoire, sur une zone incluant le périphérique.

Loin de rejeter la pollution sur les zones limitrophes, cette mesure inciterait au contournement de l’agglomération dense. Elle est d’autant plus indispensable qu’il suffit de consulter les cartes d’Airparif pour se rendre compte que plus on converge vers le centre, plus la concentration en particules fines est élevée.  C’est donc bien à proximité des grands axes mais surtout dans le centre de Paris que l’air est le plus dangereux pour la santé en cette période.

Une telle mesure servirait d’exemple et pourrait ensuite plus facilement être déployée dans les communes qui en feraient la demande.

Aujourd’hui, faute de consensus entre collectivités territoriales  – et de volonté politique du gouvernement - le dossier zapa de Paris dort dans les tiroirs de la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet.

Face à l’urgence sanitaire, les élus municipaux Parisiens doivent prendre leur responsabilité.

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