BILLET D’HUMEUR : Solidarité avec Christine Angot

Christine Angot Christine Angot

Se faire traiter de tous les noms par des connards est un délice de fin gourmet, dit-on.

En ce moment j’ai une pensée pour une personne qui n’est probablement pas dans cet état d’esprit : Christine Angot, incomprise par tous ceux qui se sont précipités pour l’hallali. Revoyez l’émission, même censurée, vous verrez que ce qui la met en colère tient dans ces mots : « des personnes qui ont été formées pour accueillir la parole ».

Elle est outrée qu’une femme violée puisse utiliser une formule aussi formatée, aussi creuse, qu’elle-même emploie ces mots qui maquillent la réalité, comme on a inventé “technicien de surface” pour édulcorer l’âpre “balayeur”. Christine Angot déteste les faux-semblants confortables jusqu’à suspecter un style trop littéraire d’embobiner le lecteur. Elle entend la falsification dans l’énoncé qu’elle répète et débusque intuitivement la trahison, le relent de discours politique bien consensuel. Peut-être « écouter la souffrance » ou quelque chose d’approchant, aurait pu la rassurer, mais pas cette langue de bois. Que la principale intéressée ne le comprenne pas la scandalise : il ne lui reste qu’à marteler la cruelle vérité à laquelle elle a dû se heurter : dans cette société dure et fermée, il faut se résoudre à ne pas attendre une aide quelconque, chacun devra faire son propre travail intérieur.

Je vais me faire beaucoup d’ennemis en livrant ma réflexion et surtout en ajoutant qu’aujourd’hui, chacun ne prend pas le temps d’écouter son interlocuteur, préoccupé de lui faire dire ce qui lui permettra, lui, d’apporter la bonne parole et de recueillir les applaudissements unanimes.

                                                      

Jacques Chuilon

Paris, octobre 2017

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