Vanille, sous l’angle le moins abordé

Nathalie Stephan a perdu son statut. À quelque média que l’on prête attention, il est passé de celui d’une mère à celui d’une criminelle. La réalité de l’infanticide ne fait pas débat. Et pourtant...

Comme en pareil cas, les commentaires s’orientent sur la recherche de responsabilités. L’enfant n’aurait-il pas pu être protégé ? A-t-on bien pris toutes les garanties avant de laisser cet enfant aux soins de cette mère dont on entendait seulement au départ qu’elle était « fragile psychologiquement » ?

Qu’entend-on de la mère à présent : Elle était sujette à de « graves troubles psychologiques ». Ainsi, l’info s’adapte aux circonstances. La question soulevée fut de savoir si sa place était en rétention ou en hospitalisation. La justice a tranché, ce sera la rétention criminelle.

On cherche aussi une explication à son geste, en laissant entendre qu’elle se perdrait probablement dans la béance de l’incompréhensible. Ce que je n’ai pas entendu, c’est l’évocation de la violence de sa situation.

Il y a dans son histoire, et quelle que soit la condition psychologique de la mère, la violence inouïe de se voir retirer son bébé. Cette petite fille – sa fille – qui vit ailleurs. Les liens entre elles ont été sectionnés malgré les « visites » malgré tout autorisées avec parcimonie.

Les liens qui subsistent sont asymétriques. Quel attachement manifeste la petite ? Quelle attitude, quels regards renvoie-t-elle à la maman qui ne peut sans doute retrouver la proximité qu’elle recherche ? Quel effet peut avoir la frustration d’une rencontre en échec ? Et au bout de cette quête non aboutie, la perspective de devoir « rendre » cette petite à l’organisme qui lui a enlevé ? Où elle restera placée, comme elle le fut elle-même dans son passé. L’histoire semble se répéter. Comment sa fille connaîtrait-elle une vie plus heureuse qu’elle-même dans ce monde hostile qui va jusqu’à l’exclure du foyer angevin pour femmes où elle était logée et où elle a laissé ce mot « je vous aime » ?

Comment se retrouver dans sa solitude avec dans le cœur cette lancinante et insoluble question ?

L’enfant qu’elle a dans les bras, ce n’est ni l’espoir ni la joie. Plutôt la perspective de la vie ratée qu’elle a connue. C’est un paquet de souffrance active. A-t-elle tout à perdre, ou plutôt rien à perdre en y mettant un terme ? C’est bien égal, il lui fallait l’éteindre.

J’ai essayé de m’imaginer cette situation avant de ressentir l’infinie tristesse de la disparition de cette enfant.

Une fois encore, il faut le dire, il faut protéger la mère pour protéger l’enfant.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.