Confinement et dangers collatéraux

Un signal qui pourrait passer inaperçu nous alerte : forte augmentation des demandes de divorce en Chine à l’issue de la période de confinement… Ce phénomène qui apparaît dans les statistiques révèle les effets collatéraux d’une période qui peut être cause de graves dangers pour les personnes les plus exposées que sont les femmes et les enfants.

Masses critiques en présence d’un catalyseur : la frustration

La masse critique, c’est la quantité de matière suffisante capable de provoquer une réaction en chaîne lorsque des éléments capables d’interagir sont rapprochés. Inutile de dire que cette image s’applique lors du confinement dans un espace limité. Entre parents, entre parents et enfants, la vie n’est pas toujours facile en temps ordinaire, mais avec une règle contraignante, le stress d’une situation inédite, l’inconfort qu’elle impose, la situation peut devenir très compliquée.

La vie confinée requiert une bonne dose de compréhension, d’empathie, de patience, d’abnégation même, toutes qualités dont les personnes d’une certaine catégorie sont totalement incapables. En de telles circonstances, les personnalités dominantes qui ont déjà d’ordinaire une certaine propension à la violence peuvent devenir extrêmement dangereuses.

Limiter l’alcool ?

Des situations aussi inédites que la crise sanitaire en cours auraient pu s’accompagner de mesures autres que purement prophylactiques en termes de comportement et de déplacement. Personne ne peut ignorer l’importance que peut revêtir l’abus d’alcool en de telles circonstances ni la tentation, en période de désœuvrement et d’ennui de forcer un peu sur la bouteille ou les cannettes.

L’alcool, qui en a entendu parler dans le contexte de l’épidémie ? Comment peut-on ignorer ce problème ? Une prohibition temporaire qui viderait certains rayons de supérettes ne serait-elle pas justifiée ?

Violences entre proches

Quelque 130 féminicides en 2018, 150 en 2019, un enfant tué tous les cinq jours, c’est déjà insoutenable. Que deviendront ces chiffres en 2020 ?

Cette situation alarmante exige une vigilance toute particulière des professionnels qui ont déjà en charge des cas de relations conflictuelles. Les « mesures décidées par le juge » sont généralement adaptées aux conditions de vie normales. Pas aux conditions exceptionnelles que nous connaissons.

Il ne fait aucun doute que certaines d’entre elles devraient être sujets de mesures d’urgence, la vie de nombreuses personnes, essentiellement des femmes et des enfants dépendent d’autres facteurs que du coronavirus. Alors que sur le terrain, du fait du confinement, des tribunaux ferment tout comme des services de protection de l’enfance de Conseils départementaux, sauf nous dit-on, pour « les urgences absolues » : comment des victimes de violences intrafamiliales, confinées avec leur bourreau pourront-elles être protégées avec de telles décisions ?

Un service dédié pourrait sauver des vies

Les pouvoirs publics ont mis en place des numéros d’appel accessibles au public. Le renforcement de ces services ne concerne jusqu’ici que l’urgence sanitaire. Ne convient-il pas de renforcer aussi les possibilités de signalement des cas d’urgence, et d’y associer des équipes d’intervention dotées de prérogatives « de temps de guerre » pour tout ce qui a trait aux violences entre proches ?

Surveiller les points faibles

Les machines, même celles qui fonctionnent depuis longtemps connaissent des avaries lorsqu’elles sont en surchauffe. Ce fait est immédiatement perceptible en ce qui concerne les services hospitaliers qui avaient déjà tiré tous les signaux d’alarme avant que l’épidémie ne s’abatte sur le pays. Mais la société a laissé sans attention nombre de problèmes dont l’évolution se révèle critique dans la situation actuelle. Condition économique des personnes dites « précaires » – et qui se révèlent en réalité fort solides compte tenu de ce qu’elles affrontent – situation de logement insuffisant ou insalubre, voire absent ! Situation des jeunes qui ne sauront comment subsister sans les « expédients » de débrouille qu’ils ont développés sans que l’on s’en inquiète outre mesure.

Les médias nous parlent abondamment de la situation jugée préoccupante de ces Français qui, après avoir pris l’avion pour aller en pays lointain s’y trouvent momentanément coincés. Ceux-là sont bien en vue dans les médias. Mais comment ne pas déplorer la faible visibilité des « gens de peu » de la société, ceux qui ont été dits « sans dents » qui, du fait de leur précarité, restent « sous les radars » et ne peuvent compter que sur l’État qui les a trop laissés sur le bord de la route, et la vigilance des citoyens qui souvent, regardent ailleurs ?

Toute machine casse à partir de ses points faibles qui génèrent des dysfonctionnements en cascade. Pour les éviter, les pouvoirs publics sont contraints de voir plus loin que l’horizon épidémique. Une mobilisation de « temps de guerre » est requise. Pas seulement dans les discours, mais dans les actes.

 

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