Les Roms et la fumée des cierges

Ce matin, destruction du bidonville du Boulevard des Maréchaux à Paris et protestations pour la forme sur Twitter. On s’étrangle de colère feinte, on proteste, on jure que les Roms, on les aime, on les soutient, on les défend avec ses petits poings, avec ses petits bras...

Mais, se pose actuellement la question du travail en amont. Et, si voit aujourd'hui de multiples réactions des ONG, des grandes associations, il faut reconnaître que nous sommes face à ce qu'il est convenu d'appeler un échec.

C'est l'échec de toutes les négociations, de toutes les discussions. Le bidonville est détruit, les habitants chargés dans des bus vers des destinations inconnues. Les Médecins du Monde se plaignent sur Twitter de n'être même pas informés du lieu où l'on va emmener ces familles.

On ressort pour l'occasion quelques belles formules, on dit et on redit que les expulsions sont coûteuses, on proteste, on se bat les flancs, et on attend la prochaine fois pour clamer son amour indéfectible, sa compassion profonde pour la question rom.

Une fois encore, on sort un projet de "reconstruction écologique" comme on sort un lapin du chapeau, quand les pelleteuses sont déjà sur les camions porte-chars qui vont les amener à pied d’œuvre. La messe est dite et on arrive à la fumée des cierges.

Mais dans toutes ces associations, très bien subventionnées, il n'y a pas de Roms ! Une fois de plus ! Ces associations ronronnent, s'endorment, protestent faiblement pour le principe, pas trop pour qu'on ne leur coupe pas le robinet des subventions et on vit comme ça, jusqu'à la prochaine fois, jusqu'à la prochaine destruction de bidonville.

Pas de grandes voix pour aller plaider les causes devant les juges, pas de grands moyens, pas d'interpellation du gouvernement, pas de grande tribune en première page des journaux, pas de dialogue avec les Roms eux-mêmes.Où sont-elles, que font-elles ces grandes associations face au flot de haine continu qui se déverse chaque jour sur les réseaux sociaux ?

Petite cuisine, petits résultats, petites estrades entre amis qui se connaissent tous. On se reverra entre nous, pour prendre acte, une fois de plus, une fois encore de l'échec. Les aboiements sont trop faibles et les pelleteuses passent.

Par leur indolence, par leur manque de travail, leur absence de propositions solides et crédibles, par leurs petits prés carrés à préserver à tout prix, les associations et ONG partagent la responsabilité de ces destructions de bidonvilles en plein hiver, au même titre que les élus et le gouvernement. Et aussi, par leur silence, leur refus institutionnel de dialoguer franchement, rudement avec nous, les Roms.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.