Quoi de mieux que la droite et l'extrême droite pour le Venezuela ?

Les averses torrentielles d'analyses à la petite semaine, d'experts supposés sérieux ou d'observateurs au cœur de l'action derrière leur écran, n'en démordent pas : Maduro est au moins un dictateur et si possible, un Nazi de gauche...!

La planète frétille de joie, à l'idée que soient enfin balayés, Maduro, le Chavisme et la révolution Bolivarienne qui va avec. Chacun y va de son chapelet et répète à l'envie les clichés les plus éculés, habituellement déversés sur les régimes politiques jugés trop à gauche. L'hexagone, ne rate pas le coche, à l'exception de quelques esprits pertinemment prudents, une belle unanimité suinte de l'extrême droite à l'extrême gauche.

Et à gauche, on n'y va pas avec le dos de la Croix-de-Feu ! N'hésitant pas à user des pires oxymores. Le fascisme devenant un qualificatif acceptable pour un régime socialisant du XXIème siècle. Staline est bien entendu convoqué pour l'occasion, en attendant que Pol Pot et Hitler le soient à leur tour, des fois que le peuple vénézuélien ne se repente pas, séance tenante, de son expérience socialisante, insupportable aux yeux du monde libre ...

Même s'il est assez aisé de deviner la véritable cible visée, ici en France, par ces flots continus d'indignation, principalement lorsqu'il s'agit d'évoquer ce cauchemar, qui hante et pétrifie toutes ces bonnes âmes : une assemblée constituante...!

Évidemment, nous dit-on, l'élection au Venezuela pour la convocation de l'assemblée constituante, a été manipulée ! Et c'est bien le moins qu'on puisse attendre de la part d'un dictateur... La preuve ? C'est un Stalinien britannique pure souche, qui l'affirme et il est forcément le mieux placé pour le savoir, vu que c'est son entreprise qui a fourni les équipements informatiques pour ces élections. Ce témoin au dessus de tout soupçon n'a pas accès aux données du vote ? Ce n'est pas grave, on ne va pas se compliquer la propagande avec des détails aussi futiles !

Mais bien d'autres marques de bienveillance sont adressées au peuple vénézuélien, une des dernières en date, cette attaque d'une base militaire, menée par un commando armé. Un tel acte se produisant dans n'importe quelle démocratie, serait instantanément qualifié "d'attaque terroriste" et serait aussitôt condamné avec la plus grande fermeté par la communauté internationale, ce, avant même d'en connaitre, détails et motivations. Au Venezuela, il n'en sera rien. Cet épisode anodin sera un qualifié "d'acte insurrectionnel"... 

Et que dire de la centaine de morts à déplorer, lors des "manifestations pacifiques de l'opposition (internationale..?)" organisée contre ce régime tortionnaire ?

 

Si l'expérience socialisante vénézuélienne, est plus que perfectible, il n'en est pas moins affligeant de constater avec quel mépris et lâcheté, ces voix se prétendant de gauche, considèrent ce qui, depuis plus de quinze ans, tient la dragée haute aux pires forces réactionnaires. On peut et on doit, conserver un esprit critique, sans pour autant se fourvoyer dans les propagandes dégoulinantes et les actions de déstabilisation, mêlant les administrations US jusqu'aux milices d'extrême droite.

Un peu de respect et de considération pour ce peuple, qui a choisi une autre voie que celle de la soumission au dictat ultralibéral, ce, dans une partie du monde où il ne fait pas bon, résister à une forme d'impérialisme, qui ne donne pas cher de la peau de celles et ceux qui osent se mettre en travers de son chemin.

Alors, il me semble qu'un minimum d'humilité devrait s'imposer, lorsque, sous nos latitudes, et de toute notre histoire démocratique, nous n'avons pas été capables de faire mieux, que de nous faire trimbaler entre le rose et le bleu.

 

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