Coronavirus : la Chine en train de « museler » l’accès à l’information par les VPN

Le 20 janvier 2020, un mois après la déclaration du virus, que le président chinois Xi Jinping lançait une véritable mobilisation pour enrayer la propagation du nouveau virus. Dans l’intervalle, le gouvernement chinois aurait restreint l’accès à l’information à propos de ce virus en censurant en ligne certains mots-clés et certains contenus. Une censure toujours en place.

L’information à propos du coronavirus remise en cause en Chine

Alors que le coronavirus commençait à se propager rapidement à travers la Chine en janvier, les responsables du gouvernement du pays ont tenté de dissimuler la crise. Car dès la fin de l’année 2019, Li Wenliang - ophtalmologue de 34 ans qui a succombé au Covid-19 - a été le premier à révéler publiquement l'épidémie (devenue depuis une épidémie mondiale). Lui qui évoquait une « pneumonie d'origine inconnue » sur l'application WeChat (application de messagerie la plus populaire dans le pays) s’est attiré les foudres des autorités, l’accusant de répandre de « fausses rumeurs ». Les autorités sanitaires de la ville de Wuhan invitaient tous les professionnels de santé au silence rapporte CNN[i] : « Aucune organisation ou personne n'a le droit de divulguer des informations [sur la maladie] au public sans autorisation ».

Pendant les trois premières semaines de janvier, silence radio ou presque de la part des autorités chinoises. Seule la municipalité de Wuhan prenait la parole, mais les informations distillées étaient rapidement critiquées.

Li Wenliang est aujourd’hui considéré comme un véritable lanceur d’alerte et martyre. Il est surtout le symbole d’une parole libre, qui peine à s’exprimer dans le pays. Il cristallise les critiques à l’encontre de la nature autoritaire du régime. La crise du coronavirus est aussi une crise pour la liberté d’expression et d’accès à l’information.

Des réseaux sociaux censurés à propos du coronavirus

Selon une étude publiée par l'institut Citizen Lab, un groupe de recherche sur la cybersécurité, basé au Canada, le silence des autorités a été amplifié par une censure de nombreux contenus en ligne. Les réseaux sociaux chinois auraient censuré le contenu lié au coronavirus depuis le jour où le gouvernement a reconnu l'épidémie[ii] et même avant, à savoir le lendemain de l'alerte donnée par Li Wenliang. “武汉不明肺炎” (Pneumonie de Wuhan inconnue) et “武汉海鲜市场” (Marché de fruits de mer de Wuhan) furent, toujours selon l’institut Citizen Lab, les premiers mots-clés à être censurés sur YY, une plate-forme de live streaming. Suivirent des censures sur WeChat.

Depuis le 5 février, Weibo, Tencent et les autres acteurs de télécommunication chinois sont placés « sous surveillance spéciale ».

Les fournisseurs d’accès et diffuseurs de contenus sont contrôlés et soumis à un régime médiatique pour ne pas évoquer le coronavirus. Le président chinois Xi Jinping parle de ce contrôle plus strict des discussions en ligne comme une mesure nécessaire afin de garantir une « énergie positive » et la stabilité du pays.

Les VPN muselés pour contrôler l’accès aux sites étrangers

La Chine rend de plus en plus difficile pour ses citoyens l’accès aux sites Internet étrangers à l'aide de services VPN comme ceux présenté par le site web Opportunités Digitales. L’État communiste cherche à exercer un contrôle accru sur les informations qui entourent l'épidémie de coronavirus qui pourraient parvenir de médias internationaux. Le gouvernement veut minimiser l’impact de l’épidémie sur son territoire : en ne fournissant pas les bonnes informations, et en masquant celles qui pourraient parvenir aux habitants. Pour cela, l’accès aux VPN est muselé.

Pour rappel, les autorités interdisent les VPN non publics et non enregistrés, mais autorisent les VPN enregistrés par le gouvernement à fonctionner. Dans une certaine mesure. Ces derniers permettent de contourner la censure et sont tolérés lorsqu’ils sont utilisés par des sociétés étrangères et nationales, notamment pour échanger avec des correspondants dans d’autres pays. Pour les citoyens, l’utilisation d’un VPN répond aux mêmes règles. Avec un VPN, les utilisateurs en Chine peuvent accéder à Internet sans les restrictions normalement imposées par le grand pare-feu du pays, le « Grand Firewall ».

De nombreux utilisateurs rapportent que les VPN les plus populaires en Chine sont l’objet d’attaques et voient leurs performances dégradées depuis plusieurs semaines. Le gouvernement chinois restreint souvent l'utilisation des réseaux privés virtuels. C’est le cas chaque année pendant l'anniversaire du massacre de la place Tiananmen ainsi que pendant d'autres périodes « politiquement sensibles ». Cette nouvelle censure technologique, cumulée avec le contrôle de l’information et le manque de transparence fait grandir la colère de l’intérieur. Il faut s’attendre à ce que la population demande des comptes et exige la vérité, une fois l’épidémie enrayée.

 

[i] https://edition.cnn.com/2020/02/03/asia/coronavirus-doctor-whistle-blower-intl-hnk/index.html

 

 

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