Les néobanques, nouveau bastion de l’inclusion bancaire

De plus en plus d’épargnants bénéficient d’offres réservées aux clients fragiles financièrement grâce à la coopération renforcée entre les acteurs institutionnels et les banques. Toutefois, ces services sont encore loin de profiter à tous ceux qui pourraient y être éligibles, comme le montre le dernier rapport annuel de l’Observatoire de l’inclusion bancaire. Explications.

De réels progrès en faveur de l’inclusion bancaire

Le rapport annuel 2018 de l’Observatoire de l’inclusion bancaire indique que 3,4 millions de personnes sont en situation de fragilité financière. Ces épargnants ont non seulement des difficultés à assumer leurs dépenses, mais rencontrent aussi des incidents de paiement récurrents. Le chiffre est en hausse de 3 % par rapport à 2017. Cette progression s’explique principalement par la mobilisation plus forte des banques dans le « repérage » de cette population.

Depuis 2014, une offre spécifique doit être proposée aux personnes en situation de fragilité financière afin de limiter les frais liés aux incidents de paiement. Sont concernées celles qui sont inscrites au Fichier central des chèques (FCC) de la Banque de France et celles qui sont déclarées recevable à la procédure de surendettement. En 2018, 384 000 clients ont pu bénéficier de l’offre spécifique, qui coûte au maximum 3 euros par mois. Selon le rapport annuel 2018 de l’Observatoire de l’inclusion bancaire publié en juin 2019, ils étaient plus de 400 000 bénéficiaires fin mars 2019.

Si en France, de réels progrès ont été accomplis par les banques pour favoriser l’accès aux services financiers, sur le plan international, force est de constater qu’une large part de la population reste en marge de la société connectée. Selon la Banque mondiale, 1,7 milliard de personnes et 11 % des adultes des pays de l’OCDE n’ont pas de compte bancaire. Dans certains pays, et notamment en Afrique, en Inde et en Amérique du Sud, le taux de bancarisation particulièrement faible s’explique par l’analphabétisme, l’absence de documents officiels d’identité et la pauvreté.

Des initiatives pour favoriser la bancarisation

Plusieurs initiatives ont été mises en place par les banques et les Fintech en vue de remédier à cette exclusion financière qui touche les populations les plus vulnérables à des degrés différents. Certains acteurs ont pris le pari du mobile pour permettre à leurs clients de gérer leurs finances et d’utiliser des solutions de paiement à la fois sécurisées, faciles d’accès et d’utilisation. C’est le cas de Nubank, une néobanque brésilienne créée en 2014 qui a lancé une carte de crédit sans cotisation annuelle, pilotable depuis une application mobile ainsi qu’un programme de fidélité et un compte de paiement sans frais de tenue de compte. En nombre de clients, la Fintech se revendique « la dixième plus grande institution financière » et « la plus grande banque digitale au monde (hors Asie) ».

D’autres, comme TagPay, sont aussi convaincus que l’avenir du paiement passera par le mobile. La startup, lancée en 2005 par Yves Eonnet et Hervé Manceron, souhaite aider les banques traditionnelles à se digitaliser afin de concurrencer les néobanques. TagPay ne propose pas aux acteurs bancaires de remplacer leur système d’information, mais de leur permettre de créer des offres affinitaires, type néobanques, en complément de leur formule de compte historique. Sa plateforme de mobile banking dédiée aux banques qui font de l’inclusion financière est désormais utilisée par une trentaine d’établissements présents dans 18 pays émergents.

Il faut également noter que l’exclusion financière ne touche pas uniquement les particuliers. Dans certains pays, les professionnels accèdent péniblement au financement bancaire. Une étude menée par la Banque centrale de Tunisie intitulée « L’inclusion financière en Tunisie : populations à bas revenus et micro-entreprises » montre par exemple que plus de la moitié des entreprises ont des difficultés à obtenir des crédits nécessaires au développement de leur activité. Alors que de plus en plus de solutions sont conçues pour permettre aux personnes en situation de handicap et à celles ne disposant pas d’un accès à Internet d’ouvrir un compte bancaire, de fortes inégalités subsistent entre les pays. L’État a ainsi un rôle important à jouer pour favoriser l’essor des startups.

Le rôle des banques et des États dans l’inclusion financière

L’éducation financière est un puissant levier de l’accélération de l’inclusion bancaire. À ce titre, les banques, pour favoriser l’accès à leurs services, ont tout intérêt à renforcer les connaissances financières des clients, à accompagner leur montée en compétences digitales et leur proposer des conseils personnalisés en ligne.

Au-delà des banques, les pouvoirs publics sont chargés d’établir des lois et des réglementations visant à encourager le développement du secteur financier et l’inclusion financière. Leurs missions concernent également l’aménagement du territoire et plus précisément, l’extension de l’accès au très haut débit et la couverture des téléphones portables à toutes les zones rurales qui apparaît aujourd’hui fondamentale.

Les États et les banques se doivent d’accompagner les territoires et les clients afin qu’ils disposent des outils nécessaires pour exploiter les bénéfices de cette révolution digitale.

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