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Billet de blog 15 avr. 2009

Mercredi 15 avril -Procès- Jour 2 par C. Delorieux : Personnalités des accusés : bataille d’experts !

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Heureusement qu’on n’en a pas entendu qu’un ! On a eu la démonstration qu’une expertise psychologique ou psychiatrique, c’est une vision partielle, et très subjective, qui peut affirmer la thèse contraire de l’expertise précédente …
Dydime, est pour l’un, bon père de famille qui a élevé 4 enfants, pour l’autre, il n’a pas manifesté beaucoup de constance auprès d’eux, pour l’un il est certes impulsif, mais davantage violent dans le verbal, même s’il ne recule pas devant l’affrontement physique, pour l’autre, son narcissisme, la boursouflure de sa personnalité, donc le refus de la critique fait qu’il peut passer à l’acte s’il rencontre une opposition… Quant à Antoine, pour l’un, il est calme, posé, même s’il peut manifester une certaine réactivité dans la tension, il ne souffre d’aucun trouble psychiatrique, d’aucune pathologie alors que pour le Docteur Schlitz, c’est assurément un psychopathe, capable de passer à l’acte, car il a une intolérance majeure à la frustration …Etc. !
Se saisissant de ce diagnostic contesté et contestable, l’avocat de la Partie Civile, par ses questions, reprend sa fable de schéma criminel de 2007 : Antoine n’ayant pas eu de relations sexuelles depuis des mois, se méprenant sur l’attitude de la jeune femme japonaise qu’il a emmenée visiter le rocher ne supporte pas d’essuyer un refus et passe à l’acte barbare…La graine de la culpabilité d’Antoine est semée, gageons qu’elle sera arrosée tous les jours par ce jardinier de l’intime conviction.Les avocats de la Défense, eux, interrogent pour comprendre comment on peut arriver à des conclusions aussi contradictoires… .Des réponses données hier et aujourd’hui, il apparaît que :
- les expertises ont été réalisées à des dates différentes, au début de leur incarcération en 2002, 2004 et 2007, 2009 … Certaines ont été réalisées en prison. Évidemment, la situation émotionnelle n’est pas la même, le sujet vit différemment l’expertise si elle lui est imposée par le système judiciaire ou si c’est à la demande de son avocat …- L’outil utilisé est différent. Il s’agit pour le Docteur Schlitz, psychiatre invité à mener une contre-expertise psychologique, de tests, qui ont l’inconvénient d’avoir été créé pour des sujets occidentaux, avec des références occidentales. Les planches, à partir desquelles le sujet est invité à s’exprimer, représentent des scènes de vie courante mettant en scène des personnages européens et renvoient symboliquement à des situations humaines universelles. L’interprétation qu’en fait le sujet peut révéler, et on s’appuie sur des statistiques pour l’affirmer, des troubles de personnalité, tout comme elle peut plutôt simplement révéler un champ d’expériences qui lui est personnel tout simplement… . Pour le psychologue entendu hier, M. Tibouville, il lui a paru plus pertinent de ne pas utiliser ce genre de tests mais de conduire des entretiens cliniques diagnosticaux au cours desquels, plutôt que le discours explicite, c’est le discours latent qui est observé, analysé, interprété, à partir de critères internationaux. Cette technique permet de déceler d’éventuelles tentatives de manipulation, mais elle n’est possible que si le sujet accepte de collaborer, et l’expert alors se doit de créer la relation de confiance indispensable… Et il se doit d’avoir le moins d’information possible, outre les faits qui sont le prétexte de l’expertise, pour éviter les aprioris. Or certains, comme le docteur Schlitz, disposait des rapports précédents, qu’il étaye manifestement. D’autre, la confiance ne s’étant pas établie, plutôt que de dire que le diagnostic ne peut être établi, tire des conclusions non étayées.
Pour le Docteur Masson , consulté par visioconférence, aucun des 2 frères ne présente de troubles mentaux. Il est expert national à la Cour de cassation, a fait en 40 ans plus de 10 000 expertises, est venu 42 fois en Nouvelle-Calédonie et rit en se rappelant les erreurs de décryptage des mimiques des gens d’ici, le silence d’un sujet, sa lenteur à s’exprimer ne signifiant pas forcément qu’il est méfiant et qu’il ne veuille pas collaborer. Lui, quand un sujet l’insulte, il évacue, il n’en tient pas compte, cela fait partie de l’ordre des choses étant donné la situation dans laquelle se trouve le sujet. Alors que dans l’entretien avec le psychologue M. Bonneteaux, le fait qu’Antoine ait interrompu la séance en saisissant et chiffonnant sa feuille de notes a été interprétée de façon définitive comme une preuve de propension au passage à l’acte, une incapacité à réfréner son impulsivité, à dominer sa frustration, critères répertoriés pour déclarer quelqu’un de psychopathe.
Les simples observateurs que nous sommes avons bel et bien relevé des déductions hâtives du style « il veut faire de la gestion, il aime donc le calcul, il est calculateur », des attitudes projectives « je sentais, « j’avais le sentiment », et des oublis d’objectivité : il « prétend » que le rocher leur appartient, il « s’accapare » le rocher …
Heureusement aussi qu’il a été dit que la psychiatrie, la psychologie ne sont pas des sciences objectives, mais bel et bien un ART … Façon de s’excuser de tout ce flou artistique ?
Immanquablement, ces terribles affirmations sèment le doute. Ce doute qui en 2007 n’avait pas profité aux accusés. La partie civile semble pointer sa stratégie : elle applique le « On ne change ‎pas une équipe qui gagne. Puisque ça a marché une première fois, pas de raison que ça ne marche pas une seconde fois » L’opération consiste à installer le décor avec le plausible, le moins certain, le farfelu et attendre qu’il y ait une fusion , ne macération entre toutes les déductions en comptant qu’il y aurait un soupçon résiduel en fin de parcours. C’est une stratégie et elle se ‎respecte puisqu’elle a apporté ses fruits dans d’autres procès et qu’on a vu des innocents se faire condamner. C’est ainsi que se fait le lit de l’arrêt de la cour et des erreurs judiciaires.

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