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Billet de blog 17 avr. 2009

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La tragédie du Rocher de Kanumera - La Journée des femmes, la Journée des Chefs : deux journées en une. De Maryvonne Carpentier

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La « Journée des femmes ».
Elle met sous les projecteurs Antoine dans ses relations à ses amies et compagnes, depuis la fin des années 1980. Autant les experts qui ont défilé à la barre dans les auditions précédentes auront été incapables de nous donner la même vision des frères Konhu , autant les femmes qui ont partagé où partage encore la vie d’Antoine auront décrit le même homme à 20 ans d’intervalle.
Dans le décor de la propriété familiale sur le bord de la baie de Kanuméra il est décrit dans les années 1988, par une première amie d’origine européenne auditionnée ce jour, comme un jeune homme doux, tendre, patient, posé et attentionné. « Son comportement avec les enfants m’avait touché » ajoute-t’elle.
Solitaire, renfermé ? Non. Réservé ? oui. Elle le rencontrera à l’occasion de vacances sur l’Ile des Pins. Après deux ans, cette relation amoureuse dans laquelle elle s’est fortement investie cessera en 1990 au moment où Antoine s’implique avec son frère dans le projet de village des Arts sur le Rocher. Éloignement sans heurts, sans histoires. Ce n’est pas son tempérament : s’il est en colère il se lève, va faire un tour pour réfléchir et revient quand il a compris ce qui vient de se passer, explique-t’elle. Aujourd’hui s’il a perdu la spontanéité de la jeunesse, il a pris de la maturité, de la sagesse, il relativise les choses en prenant du recul avec un regard positif.« Depuis 20 ans les liens créés avec la famille, avec Antoine ne s’évanouissent pas, ils continuent à êtres chers à mon cœur » ajoute-t‘elle.
Interrogée sur l’expression « kanak en rut » qui lui a été appliqué au premier procés elle se déclare « profondément choquée ’ .
C’est une jeune fille, très belle aussi aux dires de son frère canadien français, dont on évoque la relation « romantique » avec Antoine. Il est venu apporter son soutien à ses amis kuniés rencontrés dans l’été 92 et lire une lettre de sa soeur. Elle passera 3 mois dans la famille Konhu, « laissée en confiance » par son frère. Pour lui si Antoine est plus timide que Dydime cela tient à sa personnalité et aussi à sa place de cadet dans la famille, il est dans son rôle.
La compagne actuelle d’Antoine, entendue à la barre en fin de journée a rencontré Antoine, il y a 20 ans, elle en avait alors 17. Elle est tombée amoureuse de l’île, s’est liée à la famille Konhu et commencé une relation fraternelle avec les frères. C’était dit-elle des garçons qui attiraient l’amitié . Elle aura une petite aventure avec Antoine, décrit comme beau, une belle personne ! Il est à ses yeux devenu plus sage, plus fataliste que revendicatif de ses droits. S’il est toujours discret elle le dit broyé, cassé à l’intérieur par les épreuves subies depuis 2002. Pour elle c’est un homme de paix , qui voudrait que sa famille retrouve la paix, comme l’a demandé le père Apikaoua . Aujourd’hui elle partage avec lui sa vie et son combat pour la liberté depuis 2008 et l’aide à retrouver l’harmonie intérieure. S’ils leur arrivent comme dan tout couple de ne pas être d’accord c’est lui qui quitte la pièce pour se calmer ou qu’elle se calme, il préfère l’évitement à la confrontation, explique-t’elle. Interrogée par l’avocat des parties civiles sur des craintes ou peurs qu’elle pourrait éprouver, elle répond sans hésiter « je suis calédonienne, un mélanésien m’inspire confiance autant qu’un homme en robe ».
Sa seule peur : le perdre.
Après ces auditions, l’homme qu’il nous est donné de rencontrer est décidément bien loin de celui qu’on tente contradictoirement de nous présenter dans la planète des experts !
La journée des chefs.
Chefs temporels coutumiers : grand chef reconnu ou petit chef contesté, chef spirituel à l’autorité reconnue unanimement, l’audition d’Hilarion Vendégou, Grand Chef et maire de l’Ile des Pins et celle du pére Rock Apikaoua auront marqué la troisième journée du procés.
En la présence du chef, c’est Dydime seul qui est sur le devant de la scène. La similitude des traits physiques frappe à l’audience lorsqu’on embrasse d’un seul regard les deux hommes qui se font face : l’un est à la barre, le second sur le banc des accusés. C’est la même impression de puissance qu’ils dégagent. La salle retient son souffle pour mieux entendre ce qui se dit et les téléphones portables fonctionnent dans les couloirs pour faire parvenir à ceux qui restent à l’Ile des Pins les échos de ce qui se dit à l’audience.
La première surprise c’est que le Grand Chef éprouve à la barre les mêmes difficultés que ses « sujets » en 2007 au premier procés, dont il avait été le grand absent. Difficulté à se positionner au niveau du micro, à regarder dans la bonne direction vers la Cour, à entendre les questions et comprendre leur subtilité. Le Président, remarquable dans rôle d’arbitre et de facilitateur depuis le début du procés, s’emploie à veiller à ce que tout soit bien compris des témoins, en montrant un grand respect des cultures du pays .
La seconde surprise tient dans ses déclarations sur sa présence et son rôle dans la période entre le jeudi 2 mai date de la disparition de Mika Kusama et le lundi 6 Mai, date ou son corps est retrouvé sur le rocher.
Il « était sur Nouméa le 2 Mai », il dira ne pas situer son retour sur l’Ile « vendredi ou samedi, j’ai pas les dates en tête » . Décidément le chef comme ses sujets a du mal avec les emplois du temps !
On apprend :
- Que ce n’est que le lundi matin à 8 heures que « la brigade passe à la chefferie de Vao » lui parler de la disparition de la touriste japonaise, plus de 3 jours après que la gérante du gîte a prévenu la gendarmerie. Avant à Vao, il n’était pas au courant.
- Que c’est de Vao que sont partis les bus avec les hommes réquisitionnés par le Grand Chef, organisés en 4 équipes avec chacun une zone de recherche à fouiller.
- Que c’est chez Hilaire Kouathé à Kuto qu’a été installé le QG de recherche.
- Que c’est donc sur son ordre qu’une équipe est montée sur le rocher.
- Qu’il est retourné sur Vao et a été averti vers 11h que le corps était retrouvé sur le rocher.
- Qu’il a invité les hommes à partager un casse-croûte vers midi à Vao.
- Et enfin que dans l’après-midi, une coutume de remerciements à été fait à la chefferie dans la tradition pour remercier les sujets qui ont participé aux recherches.
On comprend :
- Qu’à aucun moment des contacts n’ont été pris avec le clan Konhu, dont on se passe de l’autorisation pour monter enfin sur le rocher.
- Et pourquoi Dydime n’a pas participé à des recherches organisées de cette façon : il nous a déjà expliqué que sa façon de contester l’autorité c’est de « ne pas porter l’igname au Chef, et ne pas participer au travail coutumier ». Sa place et celle des hommes de son clan n’étaient pas aux côtés du petit chef contesté de Komanya et du grand Chef qui l’a investi. C’est la logique coutumière qui prévaut.
Par contre on comprend mal comment cette non-participation aux recherches a pu être présenté comme un signe probant de culpabilité au premier procés.
Le réconfort viendra de la parole du Père Vendégou, venu en homme de paix apporter la paix, comme il l’a si bien fait dans la réconciliation entre les trois familles tragiquement divisées, il y a 20 ans par la mort de Jean Marie Tjibaou, Yéwéné Yéwéné tués à Ouvéa par Djebelly Wéa, mort sur place aussi.
Il invite Antoine et Dydime, ses neveux, à retrouver la relation de fraternité dans la chefferie en « suivant des chemins coutumiers, celui de la Chefferie, celui de la tribu de Komanya » et « si les chemins sont bouchés, emprunter le sentier des femmes ».
Son autorité de chef spirituel est incontestée sur l’Ile des Pins dont il est originaire, comme dans tout le pays qui a besoin de sages pour rapprocher les contraires et tenter de mettre un terme aux rancoeurs et jalousies qui sont d’autant plus grandes que les communautés sont petites, face à la complexité des enjeux du monde moderne .
Maryvonne Carpentier

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