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Billet de blog 20 avr. 2009

La Tragédie du Rocher - journée du 1è avril du procès en appel : Un témoin peut en cacher un autre.

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Que peut t-on attendre de l’audition des témoins à la barre ? Qu’ils parlent sans haine, ni crainte en disant la vérité, toute la vérité en parlant d’abord avec leurs mots, puis en répondant aux questions sur ce qu’ils ont vu, entendu, ressenti, dans un endroit précis, à une date et une heure le plus précisément possible.
La haine, il n’y en avait pas chez les deux femmes l’une gérante et l’autre employée du gîte où Mika Kusama avait réservé une chambre pour les deux nuits de jeudi et vendredi avant de s’envoler vers Nouméa puis le Japon samedi soir...La crainte était si présente que nous l’avons ressentie cet après-midi du 17 Avril dans l’enceinte du Tribunal de Nouméa, jusque sur les bancs du public. Nous avons tremblé avec les témoins. Avec cette courageuse vieille dame malade qui tient le gîte et avec la jeune femme qui a rencontré Mika plusieurs fois dans la journée du 2 Mai 2002.Premier témoin :La gérante du gîte.Le 2 mai 2002, vers 15h30, elle conduit son pick-up pour ramener à Vao deux mamies assises à l’avant, et ses trois employées assises à l’arrière “dans la benne”. Après le carrefour des trois sapins, l’une d’elle, Irène, s’écrie, alors que la voiture croise un couple marchant sur leur droite en sens inverse en direction de la plage : « C’est notre japonaise ! ».
En 2002, lors de l’interrogatoire des gendarmes, la gérante avait déclarée : « Irène( son employée), s’est trompée : Mika n’a pas pris cette direction et je ne la vois pas du tout sortir avec quelqu’un en venant d’arriver » . En avril 2009, elle dit « je pense l’avoir reconnue », « je l’ai vue de dos », « j’ai juste jeté un coup d’œil dans le rétroviseur quand Irène a crié que c’était notre japonaise ». Il est clair que plutôt que dire ce qu’elle n’a pas vu avec certitude et s’en tenir à ça, elle parle aussi de ses déductions logiques, de ses pensées : en 2002, c’est son raisonnement qui, lui fait douter de ce qu’elle entr’aperçoit en conduisant. En 2009, c’est la stabilité des affirmations d’Irène qui lui font donner crédit à la vision fugace qu’elle a eue dans le rétroviseur. On aurait pu s’en tenir là, son témoignage est fragile, non pas parce qu’elle ment, mais parce qu’elle-même ne se fie pas à ce qu’elle a vu…Mais à l’audience chacun a un rôle à tenir : le Président donne la parole, écoute, fait préciser patiemment pour éclairer les jurés. L’accusation démonte les témoignages de la Défense qui nous montrent Mika marchant le jeudi vers 15h30 sur la route aux côtés d’un homme blanc, sautillant même en lui donnant la main. L’avocat des parties civiles, bien dans son rôle qui est de paver, pierre après pierre, le chemin qui forge l’intime conviction des jurés de la culpabilité d’Antoine , emploie tout son art, pour déstabiliser sous un feu roulant de questions la gérante qui n’est pas sure de ce qu’elle a vu. Illustration : « vous avez dit que vous n’avez rien vu parce que vous conduisiez et maintenant vous dites je me souviens bien, je l’ai bien reconnue », et elle murmure : « j’ai dit que je l’ai pas bien vue, que j’ai aperçu la Mika, en un éclair, dans le rétroviseur », mais Irène, elle ,elle dit que c’était elle ».
Cette hésitation dans les déclarations va lui occasionner une terrible et inhabituelle accusation de faux témoignage de la part de l’Avocat Général. L’avocat de la Défense venu de Lille défendre Antoine manifestera sa surprise : en des années de pénaliste en France il n’a jamais entendu un témoin se faire attaquer de cette sorte.
Le mal est fait : elle perd toute confiance en elle et panique. Avec elle on rêve de quitter la Salle du Tribunal et de retrouver la sérénité loin de ces débats tendus. Mission accomplie pour l’accusation : le témoin ment ! La machine à jeter le discrédit sur les témoins qui racontent une autre vérité que la version officielle est lancée. Le journal de samedi ne retiendra que cette audition et ce moment spectaculaire de l’audience.

Second témoin : L’employée du gîte. Elle vient à la barre témoigner après sa patronne des faits importants qu’elle a observé. Ecoutons-là, elle n’a rien à gagner, rien à perdre. Elle a naturellement un oeil de femme pour observer les clientes et leur tenue, de la curiosité peut-être, de la coquetterie sans doute. Elle voit Mika arriver au gîte vers 9h avec un chemisier noir, une tenue de voyage donc, pour prendre sa chambre : la chambre 3. Elle la décrit mince et petite « comme une japonaise ». Pour mémoire chaque semaine ou presque selon la saison, des australiens d’un autre format physique débarquent du paquebot sur les baies : avec les retraités et touristes métros ce sont les trois grands groupes de touristes que voient passer les kuniés. Elle la voit commander un sandwich vers 10h, pour midi, (au Kuberka on doit commander ses repas du midi et du soir dans la matinée), avant de partir à la plage de Kuto vers la droite , vêtue cette fois d’un robe jaune fluo à bretelles qu’elle décrit avec l’oeil des femmes mélanésiennes qui font elles-mêmes leurs robes et sont toujours à l’affût du petit détail dans la coupe qu’elles pourront ajouter à leur prochaine tenue. “Elle a lâché ses cheveux “ajoute t’elle, c’est à dire défait sa coiffure attachée qui va avec sa tenue de voyage . Irène remarque aussi “son petit sac et ses claquettes “ japonaises” , c’est à dire comme on ne vend pas en Calédonie ! A midi c’est encore elle qui lui sert son sandwich car elle travaille “en cuisine” et lui sert une première , puis une seconde bière tout en lui conseillant de faire attention car “ ça tape avec la chaleur “ au bord de la piscine. Enfin c’est Irène qui, assise dans la benne à l’arrière du pick-up remarquera vers 15h30 Mika marchant sur le bord de la route, sautillant gaiement avec un homme blanc d’une cinquantaine d’années qui lui donne la main ( ou la retient au passage du pick-up ? ) . Les gens ici, photographient et gardent en mémoire les personnes rencontrées, en voiture, ils voient et reconnaissent les personnes qui marchent sur le bord de la route ou qui sont dans les véhicules qu'ils croisent ou qu'ils dépassent : reconnaître une personne de dos, à l'allure, à la silhouette, et même à de grandes distances, leur est habituel . A la question du Président “ vous êtes formelle, c’est bien Mika que vous avez vu ? ” elle répond sans crainte et sans hésitation : “Oui, Monsieur le Président” . Son témoignage est capital . Elle sera la première à être entendue le vendredi par la gendarmerie qui cherche simplement à savoir où et avec qui peut être aller cette jeune touriste disparue. Dans les articles des nouvelles calédoniennes du lundi 6 Mai 2002 avant la découverte du corps et du mardi 7 mai après cette terrible découverte on peut lire : « peu avant sa disparition elle a été aperçue en compagnie d’un homme, probablement un touriste lui aussi ». Après l’arrestation médiatisée des frères cette piste ne figure plus dans la presse . Quant à Iréne, ses déclarations ne changeront jamais.Pourquoi ne pas la croire ? Ce 24 Avril nous avons avancé vers la recherche de la Vérité, les témoins savent l’importance de leur parole, certains tremblent de peur de mal faire, pas forcément parce qu’ils mentent …Qu’on ne perde pas de vue l’objectif de la justice, il y a deux familles qui souffrent.

Maryvonne Carpentier et Claudie Delorieux.

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