Libéralisme doctrinal une dérive vers le radicalisme.

Notre mode de vie politique, social et économique est le théâtre d’évolutions sous le fait des évènements, mais aussi du point de vue épistémique . Ces évolutions combinées sont aussi le résultat d’une mutation de l’idée libérale, sa transformation en un libéralisme qui devient doctrinal et dont naît un radicalisme dont les conséquences mettent en danger les fondements sociétaux.

Notre mode de vie politique, social et économique est le théâtre d’évolutions sous le fait des évène­ments, mais aussi du point de vue épistémique (au sens de M.Fou­cault).

Ces évolutions combinées sont aussi le lieu d’une mutation de l’idée libérale , sa transfor­mation en un libéralisme qui devient doctrinal et dont naît un radicalisme dont les consé­quences mettent en danger les fondements sociétaux.

La persistance têtue des faits ;

  • La pauvreté, la fragilité des systèmes de protection et de prise en charge (de l’école à l’hôpi­tal pour ne parler que des plus flagrants).

  • Les signes que la nature très « culturée » où nous vivons fonctionne de façon de plus en plus dégradée.

  • L’incapacité flagrante du système politique à représenter les aspirations réelles de la popula­tion. Le mépris grandissant des gouvernants pour ces as­pirations.

Tous ceci montre une inadéquation de la pensée politique gouvernementale aux réa­lités et à leur vé­cu par les citoyens.

On peut penser, comme certains commentateurs à l’effet de coupure, l’usure du pou­voir... Mais il faut aussi examiner la question de ce qui motive les actions humaines : les idées sous-jacentes et la fa­çon dont celle-ci font système.

La source de la pensée gouvernementale semble se trouver dans une croyance quasi-reli­gieuse dans les dogmes d'un libéralisme idéalisé, paradigmatique.

  • On y retrouve quelques idées forces du management sur la "responsabilité" et le manque d'engagement des perdants du système social.

  • La doxa du ruissellement économique, fiction issue d'une méconnaissance de la mé­canique des fluides. L'argent liquide est une idée, pas un état de la ma­tière.

  • L'idée que l'acteur essentiel de l'économie serait l'investisseur et que seul le mé­canisme finan­cier traduise et reflète l'économie.

Autant d’idées qui ignorent la règle essentielle du constructivisme : ne pas confondre les re­présentations de la réalité (formées dans notre esprit) avec les faits du réel.

Mais la lecture de Jean Piaget n'est sans doute pas au programme des lauréats des écoles de « for­matage » des élites. L'épistémologie génétique demande une certaine culture et un ef­fort de com­préhension qui sont hors des compétences attendues.

Le libéralisme, qui ne doit pas être confondu avec les idéologies libertaires, s’est constitué comme système global de pensée du capitalisme comme alternative du marxisme idéolo­gique face à une tension avec celui-ci principalement après la se­conde guerre mondiale.

C’ est l’une des façons de penser la société des hommes. Elle correspond à un Épis­témè, ré­pond à un paradigme, produit des concepts. C’est une lecture de formes d’or­ganisation qui ré­pondent à la socialité naturelle des hommes. Le libéralisme est dis­cuté dans le débat philo­sophique au sein d’un large cor­pus de systèmes plus ou moins alternatifs et compatibles.

Mais le libéralisme devient plus concret. Cela dans une doctrine politique illustrée histori­quement par M. Tacher et R. Reagan. Il s’agit encore du capitalisme dans son opposition au marxisme-léni­nisme soviétique.

Le capitalisme est bientôt confrontée à la disparition rapide du marxisme-léninisme sovié­tique. Le­quel avait eu un effet structurant sur le capitalisme (qui se revendiquait d’une façon plutôt distendue d’un principe libéral souvent mal identifié).

C’était cependant une identi­fication quelque peut en négatif du « monde libre » rela­tivement à un monde « contrôlé ». Le disparition de cet alter-ego provoque le besoin de justifica­tions « théoriques » et « mo­rales » renouvelés pour le discours politique.

Le sort du libéralisme est finalement de produire une idéologie, c’est ce passage au plan po­litique qui produit une idéologie libéraliste. On assiste donc la naissance d’une idéologie li­béraliste, d’où (comme c’est souvent le cas en poli­tique) se diversi­fient des tendances. Ten­dance « sociale » « chré­tienne » par exemple. Mais aussi, comme le plus souvent, la nais­sance d’un radicalisme.

Cette émergence d’un radicalisme spécifique au libéralisme n’est pas un fait isolé. Elle se produit de façon historiquement concomitante avec des évolutions politique avec une réactualisation de nationalismes face à la mondialisation.

Mais aussi reli­gieuse : musulmane au proche orient, chrétiennes principalement aux USA, hin­douistes, confucianistes, boud­dhistes en Asie.

Il faut ainsi remarquer que le libéralisme doctrinal radical est d'une structure et d’une portée équi­valente à celle du djihadisme qui lui est contemporain : une fuite en avant doctrinale face à la résis­tance des faits. 

  • D'un côté les aspirations des populations musulmanes de faire évoluer leur vie quoti­dienne / Versus la conservation d'un état social et un retour vers l'obscurantisme.

  • De l'autre le refus de reconnaître les limites environnementale et sociétales d'une si­tuation qui dégé­nère sans discontinuité / Versus, cette fois, une conception et un fan­tasme du capita­lisme naissant du XIXé siècle et son ex­ploitation de la matière pre­mière "travail humain" pour maximiser les seuls profits.

Du point de vue strictement idéologique il ne s'agit de rien de plus que de la dégéné­rescence d'une doctrine exacerbée. D'une doctrine à dimension hégémonique qui s'abîme dans sa propre perspec­tive.

Le libéralisme doctrinaire est, du fait de l'émergence de son radicalisme, dans la si­tuation qui a rui­né, tour à tour, le fascisme politique dans sa dégradation nazie. Le marxisme dans sa dégradation lé­niniste puis stalinienne. La monarchie dans l'absolu­tisme royal...

C'est cette idéologie qui met en échec l’idée républicaine dans sa version démocra­tique. Car, comment prendre en compte des gens qui finalement « ne sont rien » se­lon l’expression de E. Macron. Rien c’est à dire des figurants d’un jeu économique qui organise la vie supposée réelle.

Sachant que le monde se divise dans la doxa en question en :

  • Riens : des consommateurs/utilisateurs qui ne font que « bénéficier » du fonctionnement de l’économie.

  • Acteurs (toujours économiques) qui prennent les décisions tactiques permet­tant la production de bénéfices.

  • Auteurs qui qui disposent des bénéfices (pensé comme seule production so­ciale réelle). Et sont les véritables « décideurs » de l’avenir de la société.

Nouveauté, les fonctionnaires sont tous devenus des « riens », pratiquement des pa­rasites vivants aux crochet des autres.

Et il ne s’agit pas là d’une description « marxisante » de la société. Mais d’un constat que chaque citoyen peut faire pour lui-même, nous sommes tous dans l’une de ces catégories et nul besoin de chercher une « classe » qui serait «à vocation in­surrectionnelle ».

Reste que le groupe des acteurs se considère comme une « élite » et tends à vivre à part ne fréquentant plus les « riens ». Que celui des auteurs est devenu étanche avec le temps. La mobilité sociétale et les rencontre intergroupes sont rendues inexis­tante ; c’est une gageure que de parler de pays, de nation. C’est pourquoi nous pre­nons soin ici de ne pas le faire .

L’objet de la société devient uniquement la production de bénéfice. La production de denrées devient une étape intermédiaire de celle-ci. D’ailleurs on se désintéresse des conditions de cette étape intermédiaire (si ce n’est de la façon d’en contenir/réduire le coût).

C’est ce que l’on désigne dans la vulgate économiste sous le nom de financiarisation. La mondialisation en est aussi un corollaire puisqu’elle permet de réduire les coûts de production (salaires, normes écologiques etc.). Mais aussi d’ouvrir de nouveaux marchés où changer les denrées en bénéfices.

Lorsque l’on pense la société en avec ce genre de grille de lecture, des conséquences sont inévitables.

  • D’une part, le gouvernement doit être accrédité par les auteurs , et donc for­més séparément et le plus possible à l’abri des conditions de vie de la popula­tion et/ou de son observation non quantifiée. Soit en dehors des universités.

  • D’autre part sa fonction primordiale est de perpétuer la production des béné­fices, seule moteur du fonctionnement de la société.

Bien entendu des idéaux profondément inscrits dans la société (droits de l’homme, régulation du travail, protection sociale etc.) seront regardés avec une bienveillance condescendante ; du moins tant qu’ils ne gênent pas la production des bénéfices.

Mais si le système est bousculé par le réel : crise financière, risques terroristes ou hu­manitaires, épidémie… Les impératifs économiques garderont toute leur place au dé­pend, bien entendu, de la première catégorie de la population. La situation d’échec sera imputée à l’incompétence des acteurs ; les auteurs se mettrons « à l’abri » (avec leurs bénéfices).

C’est cet imaginaire du fonctionnement qui est le guide de l’action publique. Celle-ci a été mise à l’abri des aléas politiques pour cinq ans par la réforme constitutionnelle de 2000.

Car auparavant, des élections significative de mi-mandat menaçaient de changer la majorité et de faire chuter le gouvernement.

C’est cette idéologie radicale qui menace la république et pousse la cinquième de celles-ci vers une crise de régime. La première victime est la démocratie puisque la cinquième république est devenue une dictature quinquennale.

Elle menace l’ordre public puisque la seule voie de protestation devient une forme de rébellion voir de sédition.

Ce n’est pas une condition spécifique à notre zone géographique, mais ses effets sont bien plus radicaux dans une société centralisée depuis plus de 350 ans (l’absolutisme instauré en 1652).

La distance entre le pouvoir et la population est aujourd’hui telle, dans l’espace et le temps, dans la relation sociale, que toute circulation d’idée, d’initiative, d’expression de besoin est interrompue.

La démonstration de la tentative de la consultation citoyenne en est la démonstration éclatante. On peu penser que les propositions auraient été adoptées en grande partie si elles avaient été mise en référendum.

Mais le filtre étatique (ici dénommé processus démocratique) a joué son rôle et les acteurs ont pu jouer leur jeu et éviter, au plus prêt, de gêner la production de béné­fices.

C’est tout ceci qui pousse le "modèle républicain" à laisser la place à une distribution des pou­voirs moins centralisés ; une formule plus fédéraliste où les élus seraient plus près de leurs électeurs et, sans doute, plus à l'abri de l'oublie des réalités; des faits et de la vie réelle.Voire moins familiers (car bien plus nombreux) avec les auteurs de l’économie.

Aujourd’hui, on peut certainement se considérer comme Breton, Alsacien, Corse, Basque… Et Européen, mais rien d’intermédiaire ne garde sens. Nous avons cité des identités « évidentes » d’un point de vue historique et linguistique. Mais il devient possible d’étendre cette identité à un Auvergnat, un Aquitain ou un Normand ; ce qui n’était pas le cas il y a quarante ans.

Il y a deux solutions pour réformer. La première est une sixième république qui se­rait de nature fédérale et donnant une place primordiale aux collectivités territoriales sur tout ce qui concerne la vie quotidienne des citoyens.

La seconde est plus familière et brutale dans nos contrées. Il s’agit d’un rappel brutal des populations aux gouvernants. 1789-1830-1848-1871-1945-1968… La nécessité, pour la population de remettre les pouvoirs à leur place est un besoin récurant. Espé­rons que la prochaine occurrence limitera les dégâts humains.

Mais il est tout de même consternant de voir des gouvernements poursuivre leur route et donner raison à l’idée de « l’insurrection qui vient » comme l’annonçait le brûlot anonyme du commité invisible en 2007. Le seul usage qu’ils en ont fait est l’invention de l’ultra-gauche, probablement prototype de l’islamo-gauchisme mis au­jourd’hui en avant.

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