Où vat lapolitique de la Vé ?

Lecture des évolutions politiques; une philosophie critique de l'histoire politique immédiate.

Un examen attentif des idées qui guide le gouvernement des États contemporains montre la persistance de blocs idéologiques bien au-delà de la "fin de l'histoire". Il s'est construit un corps de doctrines autours d'un capitalisme (définis comme seule forme d'échanges), la liberté sélective (celle des marchés) au dépend des groupes sociaux et des libertés individuelles.

L'outil de construction de la doctrine est la réification d'une science économique (qui devient ainsi une pseudo-science par fixation de la vérité) destiné à gouverner la pensée des sciences  humaines qui deviennent de auxiliaires, chargées de confirmer l'économisme. Et finalement l'émergence d'une élite de spécialistes (possédants, économistes, communicants) détenteur d'un savoir sacralisé.On frôle ici la religiosité.

Mais on retrouve aussi une opposition des droits hérités (droit divin, aristocratie, oligarchie) qui  a ont longtemps lutté contre la réforme religieuse, l'émancipation de la bourgeoisie, les droits de l'homme). Celle du du capitalisme et du libéralisme (avec une vision spécifique des droits humains) qui s'est confrontée au socialisme. Puis au marxisme qui a écarté la dimension libertaire. Et enfin les grands totalitarismes (fascisme, nazisme, communisme, lesquels ne sont bien entendu pas équivalent dans leurs façon d'agir). Toute ces doctrines sont aujourd'hui réputées dépassées par la raison économiste.

La doctrine commune des élites politiques de gouvernement est un libéralisme qui se définis finalement en opposition aux totalitarismes disparus (ce qui est bien pratique). En référence à un capitalisme radical, qui serait le seul survivant d'une histoire des erreurs de la pensée. Il existe une certitude du dépassement des thèmes socialo-marxiste qui les disqualifient comme alternatives, un sentiment de la disparition inéluctable de l'esprit religieux face à "la raison"; une dissolution de l'esprit libertaire dans l'aspiration économique du niveau de vie.

Toutes opinions qui relèvent d'un manque de culture et de connaissance de l'histoire de la pensée et des civilisations. Elle constitue une doctrine de par son dénis de l'esprit critique et de la liberté de pensée. De ce point de vue, il s'agit d'une entreprise de déculturation (au sens anthropologique du terme).

Nous appellerons cette doctrine libéraliste de façon a la caractériser en la distinguant du libéralismes dont elle détourne les principes; mais aussi parce qu'elle constitue un corps de "pensées" (à l'équivalence du communisme) faisant système et qui attaque l'analyse critique. Il s'agit d'un concept:

"Doctrine qui privilégie l'efficacité marchande et financière comme critère sociaux et une modalité d'échanges inter-humains basés uniquement sur le profit"

 Comme c'est toujours le cas dans les sociétés des humaines, on voit surgir de réactions et des voies d'opposition. Elles puisent dans des idéologies écartées: le droit divin au sein des religions (musulmane  arabe/persan sous deux formes distinctes, chrétienne surtout en Amérique et en Afrique, Juive en Israël et aux USA, bouddhiste en orient: Birmanie et Inde).

D'autre part une certaine forme de collectivisme (sous forme d'aversion pour l'individualisme) perdure en orient ou même au sein de l'occident (l’Église catholique en est un exemple).

Une autre résistance est celle de la révolte contre la domination: anarchisme et/ou libertaire. Laquelle a provoqué des conséquences bien repérables mouvements du commerce équitable, manifestations du refus, émeutes autours du G 8/7, et même défense de l'écologie.

Le  triomphe annoncé de la raison des marchés, son adoption programmée comme idéologie idéale se trouve finalement en lutte avec une constellation d'éléments qui paraissent hétéroclites, mais qui constituent un faisceau d'encerclement idéologique qui vient relativiser son aspect dominant et surtout son contrôle sur la société.

En France: campagnes d'attentat prétendument d'inspiration religieuse (en fait totalitaire), manifestations contre les libérations (homosexuels, contraception, procréation...). Puis les émeutes où les protestations des "gilets jaune" ont été accompagnées par une flambée de violence très probablement issues de l'anarchisme radical (Ravachol versus Proudhon et Bakounine). Situations qui sont aussi à mettre en rapport avec le fonctionnement de nos institutions politiques.

Il faut se pencher sur l'histoire du statut de la  démocratie de la Vé république. La construction de la loi s'y fait à l'intérieur du parti dominant, avec des méthodes opaques (lobbying). La création de la loi est l'affaire du partis majoritaire, sous le contrôle du premier ministre et du président, et sans avoir besoin des contributions des autres députés!

Ce qui constitue une subordination temporaire, mais de longue durée (cinq ans), du pouvoir législatif à l'exécutif. De plus, la constitution amendée en 2000 supprime le contrôle démocratique par des élections de mi-mandat. Sans pour autant instituer une forme de censure liée au suffrage universel. L'absence de pouvoir d'avertissement, ou de censure des citoyens correspond à l'institution d'une république autoritaire. La république n'étant pas nécessairement un régime démocrate, la France a ainsi glissé du côté des républiques sombres (les pays de la sphère soviétique avant 1991 en sont un bon exemple la seule différence étant qu'ils pratiquaient un capitalisme d'état). On comprends la réticence des gouvernants vis à vis de l'indépendance de la justice et de la presse qui restent des limites au pouvoir vécu comme "naturel" par les élites politiques.

Nous sommes dans un régime présidentiel sans réel contrôle démocratique; sachant qu'un réel contrôle doit être le fait des électeurs, même si ils sont représentés. Ainsi aux USA, D. Trump se trouve "encadré" dans ses actions par la composition de la chambre des représentants lors de son renouvellement. Ce qui contraint son action dans certaines limites et permet un débat continue sur la législation, les finances etc. Ici, rien de tel, du coup le fonctionnement démocratique est bloqué; ce qui explique que ce soit les ronds-points qui deviennent des forums démocratiques... 

Le motif, partagé, évoqué par les politiciens est ce lui de la "gouvernabilité" de la nation. Mais cet argument masque une réalité idéologique. La réforme évoquée n'a rien à voir avec une saine gestion de l'état ou son administration et sa politique. Il s'agit uniquement d'imposer des réformes conforme à l'idéologie libéraliste partagée par les partis de gouvernement. De donner une capacité sans entrave de privatiser les fonctions assumées par l'état, De rembourser les fonds empruntés conformément à l'idéologie économiste utilisée .

Il semble bien que tout partis confondus, ce soit la politique tel que la conçoivent les professionnels de la question qui soit morte. Les luttes interpersonnelles, les ambitions, les trahisons et les compromissions ont épuisé le capital de confiance des électeurs. Même la pseudo-tentative LRM sombre dans les travers qu'elle semblait vouloir dépasser.
Cette vie politique, caractérisée par la personnalité des leaders, le partage d'une idéologie unique libéraliste (avec justes des clivages de nuances), les tentatives de redistributions des cartes:droite/gauche VS nation/libéral, la valse des appellations, les trahisons de camps et les transfuges.
C'est ce monde politique qui n'est plus adapté, la notion de pouvoir qui est mise en cause,

Ici, rien de tel, du coup le fonctionnement démocratique est bloqué; ce qui explique que ce soit les ronds-points qui deviennent des forums démocratiques... 

La conséquence est bien celle qu'annonçait un pamphlet de gauche radicale, anonyme "l'insurrection qui vient" à La Fabrique en 2007. Qui semble bien parler d'actualité. Des ZAD aux émeutes autours des gilets jaune, c'est peut être d'une réactivation anarchiste que se constitue l'avenir. On peut cependant souhaiter que la dimension humaniste de l'anarcho-syndicaliste ne soit pas écrasée à nouveau...

Comme d'usage, appareil critique:
La démarche s'inscrit dans une lecture phénoménologique des évènements (en terme d’espace, de temps et d'horizon.

Elle emprunte des éléments de sémiotique (U. Eco) pour préciser ce dont on parle.
Avec une intension (Rabelais, Ditley, Gadamer) pour tenter de comprendre.
Et finalement une position fermement anti-platonicienne et dans l’esprit de Diogène de Sinope. Mais aussi dans la perspective de Spinoza et un certain dépassement du cadre cartésien.

 

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