Trois enseignements pour le prix d’une élection

Trois enseignements majeurs peuvent être tirés des élections municipales et régionales qui se sont déroulées ce week-end en Côte d’Ivoire.

Trois enseignements majeurs peuvent être tirés des élections municipales et régionales qui se sont déroulées ce week-end en Côte d’Ivoire.

Le premier enseignement c’est que la démocratie est une plante qui ne pousse qu’au rythme de l’évolution de la mentalité des peuples. Une communauté internationale aussi puissante qu’elle pense être, ne peut en imposer le tempo aux pays africains. C’est le peuple qui va vers la démocratie et non la démocratie  qui s’impose à lui. En Côte d’Ivoire on a vu les ressources et les moyens de l’état détournés pour forcer la décision de l’électeur. Cela n’a pas empêché certains des candidats soutenus de la sorte, de mordre la poussière. Une partie du peuple a enfin compris que lorsqu’on cède à l’achat de conscience on en paye le prix fort pendant de longues années. Le détournement massif de l’argent de l’état qu’on a observé, a du mal à me révulser car une bonne partie des sommes astronomiques allouées aux candidats du parti au pouvoir est réinjectée dans l’économie locale et ce ruissèlement malsain dans son essence fait quand même du bien à une population appauvrie par une mal gouvernance institutionnalisée.

Le deuxième enseignement c’est que le pouvoir est une drogue qui, apparemment un peu plus sous les tropiques qu’ailleurs, fait perdre tout sens de la mesure et de la saine appréciation de la réalité. Des candidats qui ont eu recours à  quasiment toutes les composantes de l’arsenal mafieux pour essayer de faire basculer la volonté populaire à leur avantage, veulent se présenter comme des personnes  qui jettent l’éponge pour préserver la paix. Malheureusement pour eux de telles déclarations ne rendent pas le peuple amnésique et on se souviendra de toutes les méthodes dilatoires utilisées pour essayer d’inverser le verdict des urnes. Ailleurs, un candidat se dit vainqueur par les urnes mais la force de cette affirmation est bien faible face à celle de l’image de l’assassinat ‘’opportun’’ du directeur de campagne de son adversaire. Celui qui aurait recours à de telles méthodes pour une élection municipale expose à la face du monde son illettrisme politique. Etre maire est une mission de proximité qui ne peut réussir que si elle bénéficie de l’adhésion des populations. Lorsque de forts soupçons d’irrégularités pèsent sur un scrutin, organiser une nouvelle élection me semble plus approprié que la confirmation de résultats suspects. Le vainqueur déclaré s’il est sûr de son fait, ne devrait pas avoir peur d’une telle éventualité. Par contre, s’il s’arque boute sur sa prétendue victoire, il n’enlèvera jamais le goût de sang, d’intimidation et de fraude qu’elle suscite chez la majorité minoritaire de ses électeurs.

Le troisième enseignement est double. Il s’adresse  d’une part à la prétendue communauté internationale et d’autre part à la France. Tant qu’au nom des intérêts occidentaux, des chefs d’états africains seront propulsés et/ ou maintenus au pouvoir, les problèmes de fond de l’Afrique ne seront jamais résolus. Il suffit de faire un parallèle entre la mal-gouvernance du régime ivoirien et la progression du flot migratoire des jeunes ivoiriens vers l’Europe pour comprendre que tant qu’on n’améliorera pas la gouvernance dans les pays africains, on ne pourra pas empêcher des jeunes laissés sans perspectives d’avenir à la périphérie d’une gestion clanique, de tenter l’aventure transméditerranéenne. Par ailleurs, le gouvernement Macron qui se veut réformiste doit réaliser qu’il est grand temps de revoir en profondeur la politique africaine de la France. L’écart entre l’Afrique anglophone et l’Afrique francophone risque de devenir abyssal si la politique africaine de la France ne change pas. Plus de soixante ans d’indépendance et d’aide au développement, et toujours la même misère apparente. Ces six décennies n’ont fait que creuser l’écart entre une Afrique toujours plus pauvre et des pays d’Asie devenus de vraies puissances économiques. A soutenir des despotes à la gestion clanique incapable de mettre une frontière imperméable entre les ressources de l’état et les appétits d’ogre des membres du clan, la France mène sa politique africaine dans une impasse où elle risque la déliquescence. La France a encore le pouvoir d’entrainer l’Afrique francophone sur le chemin d’une vraie indépendance politique et économique qui in fine lui profitera plus que si elle laisse les peuples africains se débarrasser d’eux-mêmes de ses dirigeants calamiteux. La performance des  candidats indépendants  aux élections municipales ivoiriennes prouve bien que la pompe du renouveau politique est amorcée de façon irréversible.

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