Côte d’Ivoire : La politique du gâteau et du sac de riz

Les élections municipales de 2018 apportent des arguments pour décider ce pour qui ou pour quoi le peuple ivoirien ne devrait pas voter en 2020.

 

Les élections municipales sont derrière nous. Certains ont célébré une victoire sans appel. D’autres ont célébré une victoire acquise au forceps,  grâce aux performances de la CEI dite Commission pour l’Elimination Indirecte des candidats perturbateurs des plans du Rassemblement des Républicains Houphouétistes.  D’autres  encore, ont une victoire teintée de l’hémoglobine de citoyens  qui pensaient prendre part au combat des idées  et qui se sont fait lâchement assassiner par des individus qui n’ont que la violence comme argument.

A ceux qui voient dans ces élections  municipales, une source d’inquiétude  pour l’élection présidentielle de 2020, certains répondent que ce scrutin s’est très bien passé et qu’il permet d’envisager avec sérénité l’élection de 2020. Quelle que soit l’idée que l’on se fait de cette prochaine échéance électorale, on peut tous s’accorder à dire que le compte à rebours  a commencé. Alors que les politiciens ont la conquête du pouvoir comme obsession, le citoyen lambda se demande quel pourrait être son choix pour la prochaine échéance électorale. Devra-t-il se laisser entrainer par un individu, répondre à l’appel d’un parti ou se laisser séduire par un programme ? A défaut de savoir précisément pour qui on voterait, on peut déjà avoir une idée précise de qui et de ce pour quoi on ne voterait pas.

Est éliminé d’office, le triumvirat qui a pris en otage la politique ivoirienne. Ce trio qui depuis la mort d’Houphouët Boigny a pour credo le ôte toi de la présidence pour que je m’y mette, s’est servi de la promesse de faire mieux pour faire pire.  Animés par un désir de vengeance ou de revanche, les trois égéries du triumvirat demeurent l’hypocentre de la politique ivoirienne et n’ont réussi qu’à imposer au peuple ivoirien une série de secousses politiques au gout de sang. En plus, il serait illusoire de croire que la meilleure réponse aux défis de ce monde en pleine évolution pour ne pas dire révolution, se trouve dans une gérontocratie incarnée par des personnages qui ont montré que leur unique conception du pouvoir consiste à en faire un gâteau à partager entre amis. Cette doctrine appliquée à l’excès pendant toute la durée du mandat, laisse la place au moment des joutes électorales, à la politique du sac de riz, qui consiste à jeter quelques poignées de riz à un peuple affamé par des  années de disette et à lui proposer de recouvrir ses guenilles d’un T-shirt à la gloire d’un individu prêt à toutes les turpitudes pour conquérir un pouvoir qu’il exercera sans partage. Ce triumvirat à malheureusement contribué à l’émergence de quelques politiciens dont l’ampleur de la fortune personnelle acquise au détriment des intérêts de la nation, a fait naitre un ego qui ne s’apaise qu’à l’idée d’assouvir une ambition présidentielle. Assoiffés du pouvoir d’état, ces émanations du triumvirat  ont montré que dans leur quête du graal, le sang du peuple qu’ils prétendent  vouloir servir, n’a que peu d’importance par rapport à la destinée qu’ils se sont inventée. Dans la recherche du candidat idéal on devra se méfier de l’outsider qui prétendrait vouloir nettoyer les écuries. Certes le projet est attractif devant l’incurie que les égéries et leurs affidés nous  ont montré au cour de leur  exercice du pouvoir, mais échaudé par l’expérience du balayeur, on ne peut que rester dubitatif face à cette option.

A défaut d’avoir prouvé la maturité démocratique  de notre personnel politique, les élections qui viennent de s’achever ont eu l’avantage de nous montrer ce qu’il faudrait éviter pour la prochaine échéance électorale. A nous, le peuple de Côte d’Ivoire, de mettre à profit les deux années qui nous restent, pour  reprendre en main notre destin et  éviter  qu’il ne soit dirigé par des adeptes de la politique du gâteau et du sac de riz.

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