Les confidences de Morphée

Les conseils de Morphée pour créer une communauté de destin à distance d'une échéance électorale

Un jour que je me lovais dans les bras de Morphée, elle me fit entrevoir le rêve  de cinq hommes qui depuis plus d’une décennie dictaient le tempo de la politique d’un bout de continent béni des Dieux.  Sous le leadership d’un politicien avisé,   cet ilot de paix et de prospérité avait réussi à se développer au point de devenir en quatre décennies, une vitrine enviée d’une décolonisation prétendument réussie.  Regardes me dit Morphée,  chacun d’entre eux est persuadé d’avoir un destin  de chef d’état et derrières leurs sourires de façade  se  cache une vive animosité  des uns envers les autres. Pendant de nombreuses années le premier s’est imaginé en dauphin quasi filial  du guide vieillissant de la nation avant de prendre un pouvoir offert par la mort de son mentor. Le deuxième s’est nourri de l’histoire du peuple dont il se voulait le digne représentant, et sur lequel il s’est appuyé pour prendre un pouvoir égaré qu’il s’est empressé d’ensevelir sous une tonne de farine. L’héritier et l’enfarineur, avaient chacun une longue dent contre Rainman, qui devait son surnom à sa capacité à faire pleuvoir et à remplir les nouveaux réservoirs qui proliféraient dans son entourage immédiat.  Par leur lutte à fleurets plus ou moins mouchetés, le trio de doyens avait fait émerger  deux renards que n’aurait pas renié Jean de La Fontaine.   Le renard  mystique et le renard du  septentrion   avaient tous les deux su habilement surfer sur les vagues des tempêtes politiques successives en reléguant pour un temps  au second plan, leur ambition suprême.

Maintenant que tu connais les personnages, observes  ce qui nourrit leurs rêves me dit Morphée. Même si l’opportunité  de devenir président ne doit leur être donnée que dans plusieurs années,  ils sont  tous déjà obnubilés par leur future conquête du pouvoir. Rainman en est sûr, sa propension à développer les infrastructures plutôt que les gens, devrait finir par porter ses fruits et  le conduire à une reconnaissance sans faille du peuple des votants. Appuyé sur la nostalgie  des épuisés du combat fratricide,  l’héritier compte sur le ras-le-bol  des spectateurs du film actuellement à l’affiche, pour reprogrammer les  travaux d’Hercule, un long métrage prometteur qui avait été interrompu de façon impromptue.  L’enfarineur isolé dans les basses terres  nordiques, arrive à se convaincre chaque jour un peu plus  que l’attend un destin Mandélesque,   qui effacera le souvenir de son entourage refondé dans l’enivrante opulence du pouvoir.  Les renards quant à eux restent  aux abois. Ils pensent  qu’il faut se sortir de cette trilogie mortifère en s’appuyant sur une jeunesse qui à défaut des urnes, pourrait  à partir de la rue, redessiner le paysage en leur faveur.  Morphée s’amuse de la comparaison entre  le sommeil de plus en plus agité du renard septentrional  qui n’en peut plus de déjouer des pièges qui resteront imaginaires jusqu’à ce que l’un d’entre eux se referme sur lui et le sommeil apaisé du renard mystique qui vient de conquérir un nouveau territoire grâce à des moyens dont lui seul pourra un jour, confirmer l’orthodoxie.

Pris de pitié devant l’effroi que suscitaient en moi les rêves de ce quintet, Morphée me rappela l’un des miens où  je voyais un peuple qui n’aspirait qu’à vivre en paix  sous la houlette d’un président obsédé par une refonte des mentalités à travers un système éducatif de qualité accessible à tous.    Un président qui comprenait que pour pouvoir faire le nombre de mandats que prévoit la constitution,  il vaut mieux offrir à son peuple un accès à des soins de santé de qualité et à une nourriture abondante et variée, plutôt que de le contraindre à travers un oppression grandissante et des élections calamiteuses.  Un président qui avait réalisé que la qualité de l’empreinte qu’il laisserait dans l’histoire, dépendrait avant tout de sa capacité à promouvoir une diversité culturelle plutôt inclusive qu’ostracisante.

Tu vois me dit Morphée, il suffit que vous soyez nombreux à partager ce rêve pour qu’il se transforme en une communauté de destin qui finira par  prendre forme, à travers un processus démocratique non violent. Mais n’oublies pas que je t’ai donné accès à mon royaume dont les personnages sont fictifs et que  toute ressemblance avec le monde réel n’est bien entendu  que pure coïncidence onirique.

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