« À Anticor, nous adorons déplacer des montagnes ! »

J'ai ouvert les travaux de l'université d'Anticor 2019 qui s'est tenue à la Salle de la Manu, à Nantes, les 28 et 29 septembre 2019.

J'ai ouvert les travaux de l'université d'Anticor 2019 qui s'est tenue à la Salle de laManu, à Nantes, les 28 et 29 septembre 2019. Voici un extrait de mon discours :

À Anticor, nous adorons déplacer des montagnes ! Notre côté Don Quichotte a d’ailleurs été souvent moqué.

Le premier article qui parle d’Anticor a été publié dans Le Parisien, en 2002. Le journaliste, après avoir aimablement rappelé que nous n’étions que 15 à l’époque, écrit ceci : « Anticor affirme sérieusement vouloir "mettre un terme aux pratiques clientélistes et illégales", et "restaurer l'exemplarité en tant qu'élus de la République". Rien de moins ! » C’était, à l’évidence, un peu moqueur.

Et nous avons toujours été raillés...

Lorsque nous avons attaqué un certain Jacques Chirac dans l’affaire des emplois fictifs, on nous a dit : « Faire condamner un ancien président de la République, alors même qu’il n’y a pas de partie civile et que les procureurs demandent la relaxe, vous plaisantez ? » Eh bien, non ! Et Jacques Chirac a été condamné à deux ans de prison avec sursis. Grace à Anticor, on sait qu’un ancien président de la République est un justiciable comme les autres.

Dans les affaires des sondages de Elysée et des marchés de communication de Matignon, on nous a dit : les collaborateurs du président bénéficient de l’immunité présidentielle, ils sont donc intouchables, et vous ne croyez quand même pas qu’on va perquisitionner dans tous les ministères pour vous faire plaisir ? Eh bien, si ! Et les collaborateurs de Nicolas Sarkozy ont été mis en examen et renvoyés en correctionnel. Grâce à Anticor, nous savons que les collaborateurs d’un président de la République sont des justiciables comme les autres et que le code pénal ne s’arrête pas aux portes de l’Élysée.

Dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne, on nous a dit : vous envisagez de faire condamner un ancien ministre proche du président de la République alors même que le procureur a classé sans suite, vous rigolez ? Eh bien, non ! Richard Ferrand a été mis en examen et il sera sans doute jugé pour ses actes. Grâce à Anticor, on sait qu’un ancien ministre est un justiciable comme les autres.

Notre montée en puissance, nous la devons en partie à notre agrément. Nous sommes notamment agréés par la ministre de la Justice, ce qui nous permet d’exercer les droits reconnus à la partie civile dans les affaires de corruption. Je vous traduis ce jargon : cela veut dire que l’on peut empêcher un procureur d’enterrer un dossier politique, voilà ce que cela veut dire !

Bien évidemment, nous exerçons ce pouvoir qui nous a été donné, ce qui nous vaut de contrarier des personnes parfois puissantes.

Du coup, nous sommes accusés de tous les maux… L’encombrement des tribunaux, c’est Anticor ! Le Cabinet noir, c’est Anticor ! Les Illuminatis, c’est Anticor ! On ne nous a pas encore accusé de nous livrer à des rites sataniques, mais c’est imminent. [...]

Merci à tous d'être venus alimenter notre réflexion ; cela va contribuer à affiner nos arguments. Nous pouvons sérieusement envisager de faire évoluer, un jour, la réglementation... « Rien de moins », pour reprendre la formule du journaliste du Parisien !

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