Tempête Alex : le groupe écologiste en colère !

Lors du vote du plan métropolitain de solidarité et d'action pour répondre aux dégats causés par la tempête Alex, le groupe écologiste a rappelé ses propositions pour éviter de nouveaux drames.

Il était demandé au conseil métropolitain de Nice Côte d'Azur du 16 octobre 2020 de voter le « plan métropolitain de solidarité et d'action pour la reconstruction, la revitalisation des vallées et la Vésubie et de la Tinée et pour l'organisation de la résilience du territoire métropolitain »...

Juliette Chesnel-Le Roux est intervenue au nom du groupe écologiste :

Monsieur le Président, nous ne devrions pas être ici à pleurer nos concitoyens, à déplorer les dégâts économiques, à constater les effets toujours plus impressionnants des intempéries. 

Déjà, nos aînés alertaient lorsque nos fleuves se transformaient en torrents indomptables. Nous savons que nos rivières et torrents sont imprévisibles et inarrêtables. Souvenons-nous de nos anciens qui disaient à propos du Paillon « Paioun ven ! Paioun ven ! »  le Paillon vient, le Paillon vient et il emportera tout. Il en est de même pour le Var, la Vésubie, la Tinée, la Roya.

Est-ce la première la fois que notre territoire est meurtri dans sa chair par de tels incidents ? Hélas non… Nous n’oublions pas les inondations des 3 et 4 octobre 2015 qui ont causé 20 décès ? C’était il y a 5 ans…

Alors, qu’attendons-nous ? Ces décès, ces dégâts sont inacceptables. Ils nous rappellent tragiquement que les discours ne suffisent pas. La science est formelle et démontre que les épisodes méditerranéens verront leur intensité augmenter jusqu’à 10 à 20 % localement, à chaque degré de réchauffement du climat. Les tempêtes comme Alex vont s’intensifier, entraînant des coûts humains et économiques abyssaux. Acceptons-nous d’avoir peur à chaque fois qu’il pleut ? De déployer des moyens considérables en aval, alors que nous pourrions éviter la catastrophe en agissant en amont ?

Ce n’est pas la pluie mais les choix politiques qui détruisent. 50 ans de spéculation immobilière… Des dizaines d’années… à entamer le lit majeur de nos rivières…en construisant encore et toujours ! C’est nous, politiques qui sommes responsables ! Nous avons construit là où nous n’aurions pas dû ! Des politiques successives qui ont urbanisé et bétonné en continu dans nos vallées…

Dans les considérant de cette délibération vous nous dites, je cite « la nécessité d’intégrer plus étroitement la prévention des risques et la gestion des milieux aquatiques à nos politiques d’aménagement des vallées, et d’aménager autrement et durablement notre territoire » … et aussi..« que le PLUm, devra lors de ses prochaines révisions s’adapter aux évolutions morphologiques liées aux intempéries et partager un nouveau projet de territoire pour nos vallées » … Ce PLUm que des associations ont contesté notamment pour son manque d’analyse sur les effets cumulatifs.

Nous sommes en colère ! Nous nous réveillons aujourd’hui comme si nous ne le savions pas. Comme si cela était nouveau… « Paioun ven ! Paioun ven ! » Comme si nous, politiques n’étions pas responsables de cette urbanisation à outrance, comme si nous n’étions pas responsables du grignotage incessant des Plans de prévision des risques. Aujourd’hui les grands discours mais hier ?

Laissez-moi vous rappeler… lors de la séance du conseil municipal du 30 mai 2016, le Conseil municipal de Nice donnait un avis défavorable au plan de prévention des risques mouvement de terrain, car il estimait dans ses considérant que « le classement de ces parcelles en zone rouge compromet la réalisation du projet en l’état, entraînant une perte d’environ 3M€ correspondant au coût du foncier acquis » car il estimait en outre que « sur ces 121 hectares (en zone rouge), environ 44 hectares seulement correspondent à des secteurs ayant fait l'objet de désordres de mouvements de terrains constatés par la ville de Nice depuis l’an 2000 ». On a donc écorné le Plan de prévision des risques pour 3 millions d’euros…on a sacrifié le plan de prévision des risques sous prétexte que depuis 20 ans, il n’y avait pas eu d’intempéries.

Combien de fois, nous politiques, avons mis en danger notre population de la sorte ? Combien de fois accepterons-nous de le faire à nouveau ?  Et aujourd’hui on s’étonne ? Je suis désolée… mais ce sont les politiques qui sont responsables ! Nous sommes responsables ! Cela fait des années que les écologistes et associations de défense de l’environnement alertent.

Aujourd’hui encore nous alertons : cessez de toute urgence les politiques de bétonisation en continu dans nos vallées, qui aggravent les effets des inondations :

- Refusez les politiques de construction sur le lit majeur des rivières, comme par exemple le futur MIN sur le lit majeur du Var, ainsi que le confirme l’avis de la DDTM.

- Arrêtons les investissements générateurs de gaz à effet de serre qui aggravent le dérèglement climatique.

- Nous demandons un moratoire sur la bétonisation de la Plaine du Var !

- Nous demandons l’arrêt de l’extension de l’aéroport.

- Arrêtez de contester les PPR et, au contraire, mettons-les à jour.

- Repensons le PLUM afin de ne plus jamais construire sur des zones à risque. Développons la culture du risque par la formation dès le plus jeune âge. Assurons-nous que les plus isolés aient toujours un moyen de communication efficace en cas de danger. 

- Pensons ensemble notre territoire de demain, pour qu’il soit résilient. Pour qu’il ne soit pas à la merci du dérèglement climatique. Pour que nos concitoyens y vivent sains et saufs. Subir n’est pas une fatalité. 

Nous pouvons et devons agir. Ce n'est pas la pluie mais nos politiques d’aménagement qui détruisent et peuvent tuer. Agir plus tard c'est agir trop tard.

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