NOS AIEUX SONT MORTS A LA GUERRE POUR LA PAIX ?

Comment valoriser ce million six cent mille morts de la Grande Guerre dont les noms ornent les cimetières militaires et les monuments aux morts qui sont appelés à disparaître sous l'effret de la diversité. Les mutilés ont disparu sans laisser de trace. Les veuves sont mortes.

Les deux millions de vieilles filles, souvent dames-catéchistes, qui n'ont connu ni la vie conjugale, ni la maternité à cause de la pénurie d'hommes valides après la guerre sont mortes sans descendance. Avec l'enterrement du dernier poilu, il ne reste plus de témoin direct de la Grande Guerre et des idéologues nous la présenteront, non comme une guerre entre nationalismes, mais comme une hécatombe patriotique en vue de la paix.

Si les témoins directs de la Grande Guerre sont morts, il reste les témoins-relais, nous, les descendants des poilus. Mon grand-père et mon père ont été mobilisés en 1914. Le premier, père de trois enfants, n'était pas en première ligne, mais il est revenu de la guerre malade et aigri. Mon père, ingénieur des mines, a été mobilisé à la tête de ses gisements. Notre famille a servi. Mon demi-frère Jules est mort en 1939 pendant sa scolarité à Polytechnique. Mon demi-frère Marcel, engagé volontaire a été tué à l'ennemi en 1944. Mon frère Francis, autre polytechnicien, a fait l'occupation en Autriche en 1947. Quant à moi, ancien petit résistant (transport d'arme le 8 mai 1944), je n'ai pas fait la guerre d'Algérie en raison d'une fracture des épines tibiales, mais je suis membre de l'Association A.C.V.G. anciens combattants et victimes de la guerre du CNRS. Je suis donc familier des manifestations du 11 novembre à l'Arc de Triomphe. Mais cette année, je n'ai pas reçu d'invitation.

Je connais la Grande Guerre par les anecdotes de mon grand-père et de ses amis. Mais je la connais beaucoup mieux par les anecdotes colportées par les anciens combattants et mutilés que j'ai soignés lorsque j'ai fait mes premiers remplacements de médecins ruraux en 1955. A les entendre, un seul chef militaire était digne d'admiration et d'estime. Il s'agissait du Maréchal Philippe Pétain, considéré jusqu'à des temps récents comme le vainqueur de Verdun ; mais on commence à nous affirmer le contraire. L'admiration reposait notamment sur le fait que Pétain satisfaisait chaque jour trois femmes différentes, tout en dormant seul la nuit. Il disposait donc d'une vigueur intime que beaucoup d'hommes et femmes politiques ou militaires lui envient. L'estime était liée au fait qu'après les mutineries, Pétain mit fin au service de la cuisine centrale qui desservait des centaines de soldats et envoyait à ceux des tranchées des repas refroidis et souillés de terre quand ce n'était pas d'éclats d'obus. Pétain institua la Roulante , une petite cuisinière mobile placée en premièrer ligne, qui assurait aux quelques dizaines de soldats qu'elle alimentait, des repas propres et chauds. Quand on sait que les soldats vivaient durement, on comprendra l'importance d'un repas propre et chaud.

En juin 1940, avec sur les routes huit millions de civils en fuite, néérlandais, belges, luxembourgeois, français du nord et de l'est (cela, je l'ai vu de mes yeux), une armée qui après quelques actes de résistance courageux, était en débandade avec près de deux millions de soldats prisonniers, la chambre des députés repliée à Bordeaux fit appel au Maréchal Pétain et lui accorda les pleins pouvoirs sur les Français pour pouvoir fuir la défaite dont elle était pleinement responsable. Pétain demanda l'armistice le 17 juin et de Gaulle, réfugié à Londres, lança son appel le 18 juin. Il y avait donc désormais deux Frances.

Aucune connaissance historique ni culturelle n'est exigée des candidats à la présidence de la république. Jusqu'à Mitterand, nos présidents connaissaient sommairement l'histoire. En outre, Mitterand avait été Secrétaire d'Etat du Gouvernement du Maréchal Pétain installé à l'Hôtel du Parc à Vichy, d'où ses amitiés avec d'anciens collègues, dont Bousquet, et la couronne de fleurs annuelle déposée sur la tombe du maréchal Pétain à l'Ile d'Yeu. Mais Sarkozy est un cancre et Hollande, en bon Enarque, gère tout sans avoir rien approfondi. .

Macron, élevé par sa grand'mère et pris en mains mineur à quinze ans par un professeur de lettres et de théâtre, surdoué au Concours général, finit à l'E.N.A ou son ego, déjà à la fois dominé et surdimensionné devient incontrôlable. Poussé pour les médias, élu, il se fait qualifier de jupitérien. Il veut marquer l'histoire de sa personne vaniteuse et creuse. Il y a en lui des similitudes avec Néron, Idi Amine Dada et Kaddafî. De même que ce dernier voulait régner sur l'Afrique, Macron veut régner sur l'Europe. Il ne m'appartient pas ici d'étudier le rôle intime de Brigitte, mais des gens la compareront à la Comtesse Bathory, à Eva Peron ou à Elena Ceaucescu.

Macron, avide de gloire, a décidé de transformer le centenaire du 11 novembre 1918 en une apothéose à sa gloire (et à celle de l'élégante Brigitte). La Grande Guerre a été une triste boucherie d'hommes commanditée par des chefs obstinés (Clémenceau, les chefs militaires, etc.) et elle a débouché sur le morcellement nationaliste de l'Europe. Ce morcellement a été revu, moins par les nationalismes que par les impérialismes (pan-germanisme et drang nach osten, impérialisme soviétique (Ukraine surdimensionnée comprenant Moldavie, Bukovine, Galicie et Ruthénie) et Impérialisme américain (actuellement récurrent). On décidera que les morts de la Grande Guerre sont finalement morts pour la paix, pour l'entente franco-allemande, et pour l'Europe. En éludant la seconde guerre mondiale, on organisera, aux frais du contribuable français, des cérémonies spectaculaires et un non moins spectaculaire forum de la paix. Enfin, la clairière de Rethondes et sa fausse voiture de l'armistice (la vraie a brûlé en Allemagne en 1945) seront affublées des noms impérissables de Angela Merkel et Emmanuel Macron. (Quel est leur rôle réel dans l'armistice du 11 novembre 1918 ?).

Ce coup de communication est-il convaincant ? Précédé  d'un itinéraire mémoriel (Voici que notre picard veut faire la tournée des bistros du nord-est et la promotion des provinces buveuses de bière). Macron a été victime de son inculture dans l'affaire Pétain. Il n'a pas compris que Pétain était le chef le plus aimé de ses hommes parce qu'il avait amélioré leur confort au front, rendant leur sort moins pénible. Le Maréchal Pétain est un héros en 1917, un sauveur en 1940 et un traître en 1944 selon la morale du vainqueur. Les soldats de Pétain sont morts et les témoins de la fuite de la république en juin 1940 disparaissent.

Cette onéreuse mascarade commence à l'Etoile par une revue des troupes par Macron qui trahit un culte freudien de la raideur. Macron semble exceller dans les sentences théâtrales :

« Les démons anciens resurgissent L'histoire menace de reprendre son cours tragique »

«  Additionnons nos espoirs au lieu d'opposer nos peurs.(Bravo pour les deux heptasyllabes) Le patriotisme est l'exact contraire du nationalisme. Le nationalisme n'est que sa trahison ».

Ici, on s'enlise... dans la boue de la Somme. Après Damas, hélas ! Après Angela, hola ! .

Cette critique de la mascarade onéreuse du 11 novembre 2018 a été conçue et rédigée à partir des renseignements communiqués par Internet tandis que nous ne disposions que des informations fournies durant le montage médiatique conçu par Macron et ses conseillers. Nous ne connaissions que les liens évidents qui coordonnaient le dépôt à Rethondes d'une plaque à la gloire d'Emmanuel Macron et d'Angela Merkel, les festivités en mémoire des morts et combattants de la Grande Guerre et le forum de la paix, le tout aux frais du contribuable et au bénéfice moral d'Emmanuel et Brigitte Macron.

En fait, les chefs des grands Etats, Putin et Trump, ont servi à cautionner une opérette amère et à faire de l'Allemagne, du Kosovo et d'autres pays belliqueux, les lauréats de la paix et à relèguer le président de la Serbie, première victime de la Grande Guerre et victime territoriale et physique des intrigues de l'OTANATO après la seconde guerre mondiale, au rang des subalternes. Le couple Macron se conduit donc comme un couple vénal de majordomes favorisant les invités nantis et maltraitant les vieux amis. Ils ont déshonoré la France si tant est que la France puisse encore revendiquer disposer d'un sens de l'honneur.

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