Les dégâts de la marine ( chinoise )

Le capitalisme chinois est d'état et privé. Inflexible et dérégulé, il pourrait presque faire passer son cousin français pour une oeuvre de bienfaisance(1). A l'heure des nouvelles routes de la soie, il pète le feu, au sens propre comme au figuré ainsi qu'en témoigne une explosion survenue sur un cargo, provoquée par le non respect de procédures de sécurité. D'autres catastrophes sont à craindre.

Le capitalisme met en danger les humains et leur environnement terrestre, aérien ou maritime à la seule fin qu'un très petit nombre puisse réaliser une accumulation de biens toujours plus importante. Cette évidence s'est une nouvelle fois verifiée avec l'explosion, le 25 mai dernier dans le port de Bangkok, de produits inflammables. Transportés en douce sur un cargo chinois dans des conteneurs non déclarés, ils n'ont donc fait l'objet d'aucune mesure de sécurité adaptée ni d'aucune inspection. Mille deux cent personnes ont été blessées dont deux cent trente gravement, au champ d'horreur du profit et de la guerre économique.   

Les règles de sécurité non respectées expliquent cet accident. C'est du moins l'avis d'un responsable du port souhaitant rester anonyme. En effet, suivre les procédures occasionne un coût trois fois plus élevé que dans le cas d'un transport de frêt ordinaire. Les opérations de chargement, de transport et de débarquement de produits dangereux ou toxiques mobilisent davantage de personnel, à bord comme à quai, les inspections et vérifications bloquent les navires plus longtemps que pour un simple transfert. Or, des bateaux immobilisés c'est autant de bon argent qui s'enfuit. Armés de leurs calculettes, propriétaires, armateurs et responsables constatent souvent qu'il est préfèrable de s'acquitter de pots de vin ou d'amendes au montant infime en comparaison du prix à payer pour la sécurité (elles ne dépassent souvent pas plus de mille cinq cents euros). Ces comportements n'ont au fond rien de très différents de ceux rencontrés dans d'autres secteurs industriels. Le cargo, propriété de la compagnie hong-kongaise KTMC (1 système, 2 pays, une seule soif de profit ) naviguait sous pavillon sud coréen et transportait des produis chinois jusqu'à Bangkok, escales à Shanghai et Hong-Kong, avec un équipage vraisemblablement philippin ou vietnamien. Autant de responsables et d'institutions et pareille négligence coupable ... Seule une épidémie d'Alzheimer frappant les différents responsables peut expliquer l'oubli de la mention de la présence de ce passager clandestin hautement toxique et inflammable qu'étaient les seize mille tonnes d'hypochlorite de sodium (2), embarquées au milieu de poupées et de jouets, dans les six cent soixante seize containers chargés à bord. La conséquences pour les mille deux cents personnes blessées : des brûlures, des problèmes respiratoires et des irritations oculaires par la faute d'un laxisme organisé, de la négligence et de la corruption. Le bilan humain aurait même pu être plus lourd si le feu s’était déclaré quelques kilomètres plus loin, dans une zone extrêmement  peuplée, lieu de la destination finale du cargo et où d’importantes réserves d’hydrocarbure sont stockées. 

Un officier du port, indique que partout sur la planète, des centaines de conteneurs remplis de plastique inflammable et de déchets toxiques atteindraient sagement qu'on vienne les réclamer et que ces négligences criminelles deviennent la norme, tant la pression des employeurs pousse les équipages à s'affranchir des obligations, y compris quand leur santé ou leur vie peuvent en être affectées. Absentes de ce tableau, les compagnies d'assurance. Elles devraient désigner un lampiste quelconque pour se défausser de leurs obligations. Au passage, notons que nous n'avons aucune leçon à donner si l'on songe à l'utilisation des pesticides par les agriculteurs, les viticulteurs, les collectivités ou les jardiniers amateurs. 

Les nouvelles routes de la soie sont des facteurs des risques majeurs. Aujourd'hui, la République Populaire de Chine intensifie sa politique commerciale maritime et terrestre pour asseoir davantage encore son influence en Asie du sud-est. La construction d'une ligne de chemin de fer à grande vitesse (chinois) entre Shanghai et le sud de la Thaïlande est un de ses outims. Un chantier de longue haleine, dirigé par des cadres chinois pour préserver le secret de la technologie chinoise mais où les ouvriers locaux effectuant les travaux de terrassement pénibles et mal rémunérés, sont ceux des territoires traversés. Grâce a la complicité des dictatures locales, la RPC pratique une longue saignée du nord au sud de la Thaïlande et construit quelques gares gigantesques, annexant quasiment au passage un morceau du Laos. Une catastrophe environnementale qui impliquera vraisemblablement pour les habitants augmentation des tarifs et suppression de trains "ordinaires " (rappelons-nous le Tgv) afin de faire bénéficier hommes d'affaires, marchandises et touristes d'un transport plus rapide et plus pratique. Cette nouvelle ligne ferroviaire sera raccordée à un terminal maritime permettant aux cargos d'atteindre plus vite les ports d'Afrique et d'Europe. Mais pour permettre à des cargos aux tonnages toujours plus importants de prendre la mer, il fallait aménager un port en eaux très profondes dans le sud de la Thaïlande. Des sites naturels sont donc saccagés et le mode de vie d'habitants sacrifié sur l'autel de la réduction des coûts. Des méga-cargos chargés à ras bord, enfreignant vraisemblablement les règles de sécurité internationales pourront ainsi prendre la mer et chavirer en pleine tempête. Qu'importe, le bétonnage de massifs coralliens et les échouages ne rentrent pas dans le calcul des coûts de transport. Cerise sur le "Lu Dou Gao" (3), les tensions provoquées par la guerre commerciale à laquelle se livrent les USA et la RPC, renforcent la présence militaire pour sécuriser le commerce et la pêche sur les routes maritimes régionales. Ce ne sont pas les déclarations solennelles ni les obligations internationales peu respectées qui empêcheront d'inevitables catastrophes de grande ampleur. Et l'on pourra vérifier une fois de plus la pertinence de la devise en vogue dans les écoles de commerce : socialiser les pertes, privatiser les profits. En attendant, rendez-vous aux prochaines soldes, à la prochaine collection de fringues made in China puisque les consommateurs  (dit-on encore citoyens ?) portent également leur part de responsabilité dans cette aventure. Rendez-vous au prochain reportage ou à la prochaine réunion d'experts qui salueront la réussite de la dictature chinoise. 

(1) du moins tant que ce qu'il reste de la peau de chagrin des acquis sociaux n'a pas été totalement anéanti par macron et ses amis. 

 (2) utilisé pour le traitement de l'eau

(3) un gâteau très apprécié en Chine

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