Décathlon, à fond la forme

1/3 provoc', 1/3 soumission, 1/3 faux-cul, 1/3 trouillard soit au total 3/3 business, ce cocktail tonique a valu une énorme pub' gratuite à la chaîne d'articles de sport, grâce à la complicité active des médias. L'occasion de s'engager dans une stratégie commerciale qui suivrait les injonctions d'un communautarisme plus ou moins religieux et à coup sûr communautaire.

Business, tout n'est que business et business, seulement. Le hijab pour du running est une bonne illustration du pragmatisme commercial qui nous envahit. En accolant hijab, traduction d'un obscurantisme ancestral à running, terme et pratique tout droit venus de Californie, la chaîne d'articles de sport a frappé un grand coup. D'abord avec l'annonce de la vente de la cagoule communautariste puis avec son retrait. Partie gratuite dans les médias, same player shoots again. Les têtes commerçantes de la direction auraient bien tort de ne pas poursuivre une stratégie qui semble porteuse de succès. Au cas où je serais sollicité pour mettre en oeuvre la suite du plan de comm' (prière de ne pas rire), voici quelques propositions. D'abord et sans attendre de connaître les incidences sur les ventes effectuées dans leur réseau présent aujourd'hui sur les quatre continents envoyer un message de félicitation aux équipes. Celui-ci par exemple : "nous avons su battre nos concurrents les plus redoutables, Nike par exemple, dont le nom n'a pas été prononcé une seule fois alors qu'il propose le même produit, un hijab pour sport à 30€. Désormais, le religieux est notre credo. Ne nous endormons pas sur nos lauriers, nos médailles et nos possibles primes. Membres de notre grande famille sportive, il faut maintenant trouver une suite. Après le haut, enlevez le bas ! (1) . Des séances de brain trust remue méninges ne manqueraient pas de stimuler l'inventivité des équipes. J'ai moi même repris deux idées lancées par des humoristes dont Desproges : retirer le cochonnet des coffrets de pétanque et proposer des roues voilées au rayon cyclisme. 

La mode "hommes" et f"femmes" - été 2019 © X La mode "hommes" et f"femmes" - été 2019 © X
Une autre idée, peut-être trop novatrice, un équipement unisexe en néoprène destiné à la fois aux femmes et aux hommes. Composé d'une cagoule et d'un chawal kameez, pour la plage comme pour la ville. Ce qui permettrait à la partie masculine d'enfin connaître les joies réservées aux soeurs inférieures et de montrer son ouverture d'esprit. Il serait possible de recycler les invendus des combinaisons de surf déjà en rayon. Il faudra vraisemblablement  attendre la fatwa d'un collectif d'imams sollicité mais le produit devrait être prêt pour l'été et les médias seront alors tout heureux de s'emparer d'une nouvelle polémique pour remplir le vide de l'actualité en cette période. Rêvons un peu ... imaginons que le succès soit au rendez-vous, rien n'interdit d'imaginer que les cathos intégristes veuillent leur équipement d'été. Il y aurait peu à faire pour l'adapter à peu de frais aux critères des intégristes cathos, le hijab transformé en cornette et la chawal kameez en soutane à boutons. De quoi lancer la création d'une collection, "dieu aime les sportifs et les petits enfants".     

Pour répondre aux interpellations d'esprits chagrins, quelques éléments de langage soulignant l'intangible et permanent respect des "valeurs sportives" par la marque : séparation et différenciation, glorification du vainqueur et piétinement du faible, sélection et élimination, chauvinisme et clanisme... Quant au maillot sportif, il signe la dévotion à un joueur, l'appartenance à un quartier, à une ville, à un pays. Il ressort d'une logique semblable à celle du hijab qui marque l'appartenance de la femme aux seuls mâles du clan. Les pinailleurs objecteront que quand les joueurs changent de club et les supporters d' équipe à soutenir, ils ne sont pas condamnés pour apostasie. Heureusement, nous sommes en France, où tout finit par des chansons qu'elles soient litanies religieuses ou chants virils montant des tribunes dans lesquelles des enculés de parisiens apostrophent des pédés de marseillais. Décidément, sport et religion, deux idéologies qui ne manquent pas d'adoucir une atmosphère qui serait autrement remplie de haine. Dîtes-moi, monsieur Décathlon, je suis embauché ? 

(1) slogan publicitaire des années 80 qui remporta un vrai succès

 

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