Beyrouth, Bangkok, Lubrizol, Toulouse, Seveso, à qui le tour

Port de Beyrouth. Le 4 août 2020, deux mille sept cent cinquante tonnes d'un fertilisant, le nitrate d'ammonium, stockées depuis des années dans deux entrepôts situés à quelques minutes du centre commercial de Beyrouth, explosent. Plus de 150 morts, des milliers de blessés et des immeubles détruits. Le président libanais annonce que les responsables paieront le prix fort. Ce serait une première.

Port de Beyrouth, 4 août 2020, deux mille sept cent cinquante tonnes d'un fertilisant, le nitrate d'ammonium, stocké depuis des années dans deux entrepôts à quelques minutes du centre commercial de Beyrouth, explosent, partant en fumée et provoquant une centaine de morts, des milliers de blessés et détruisant des immeubles. Le président libanais annonce que les "responsables" paieront le prix fort. (repris du site du Bangkok Post d'après l'agence AFP) n ce qui serait une première dans l'histoire des catastrophes. Un premier constat, au Liban comme partout, les militaires et les milices peuvent dormir sur les deux oreilles de leurs casques, les premières victimes sont les populations civiles, du système économique et de la mondialisation.

Port de Bangkok, 25 mai 2019, mille deux cent personnes sont blessées dont deux cent trente gravement, au nom du profit et de la guerre économique. Six cent soixante seize containers dans lesquels d'innocentes poupées (étaient-elles prévues pour le noël de vos enfants ?) voisinaient avec un passager clandestin hautement inflammable, en l'espèce, seize mille tonnes d'un produit toxique, l'hypochlorite de sodium utilisé pour le traitement de l'eau. L'explosion survenue dans le port de commerce de Bangkok n'a provoqué que mille deux cents blessés dont deux cent trente gravement. "Que" car le bilan aurait été beaucoup plus lourd si l'accident s'était produit quelques heures après, sur le lieu de sa destination finale, dans le port pétrolier situé dans une zone très peuplée. Ce cargo, arrivé de Shanghaï via Hong Kong battait pavillon chinois. Les responsables ? Les armateurs, l'équipage, les propriétaires du bateau et les actionnaires qui tous ont préféré rogner sur les dépenses de sécurité. Eux mais pas seulement, les personnels portuaires également, ceux qui ont tamponné le rôle du navire, fermé les yeux sur le non respect des consignes élémentaires de sécurité et l'ont autorisé de poursuivre sa route, en contrepartie d'espèces sonnantes et sanguinolentes bien que transportant une cargaison très dangereuse. La rapidité étant un mode de fonctionnement des entreprises au mépris des règles élémentaires de sécurité, des situations de ce genre se généralisent sur tous les continents.

Le port fluvial (1) de l'agglomération rouenaise, le 26 septembre 2019. Une partie des entrepôts de l'usine Lubrizol flambe, des phosphores et organo-sulfurés partent en fumée. Aucune mort n'est à déplorer lors de l'explosion. Mais après, combien de maladies, combien de décès provoqués par la toxicité des fumées et des émanations des produits chimiques ?  La porte-parole du gouvernement, tranchera devant la population incrédule qu'elle serait restée sur place. Le PDG a dû au moins la nommer citoyenne d'honneur de Lubrizol, usine classée Seveso qui a déjà connu des "incidents" en 1974, 1989, 2003. En 2013, la préfecture a lancé un arrêté de mise en demeure pour « insuffisance du dispositif anti-incendie ». L'entreprise dont Warren Buffet est actionnaire, a dû s'acquitter d'une amende de 4 000€. Pauvre homme, s'en remettra-t-il A Toulouse, l'usine AZF était également classée Seveso, ce qui n'a pas empêché qu'en septembre 2001, un stock de nitrate d'ammonium explose faisant mille deux cents blessés et trente un morts. Une fois encore, malgré les promesses solennelles, les "plus jamais ça", les commissions d'enquête, les mêmes accidents se reproduisent, les mêmes causes provoquant les mêmes effets. Les responsables ? La trop commode erreur humaine, la corruption, les négligences coupables dans le respect des procédures de sécurité afin de gagner du temps, les réductions d'effectifs, le recours généralisé à la sous-traitance, tout ce qui peut réduire les "charges". Mais aussi les entreprises qui en les fabriquant imposent ces produits chimiques, les agriculteurs et les industriels qui les utilisent et  nous aussi les citoyens quand nous achetons ces produits. Quant à moi, c'est décidé, pour les prochaines vacances, j'emmène miss Lubrizol en Inde, à Bhopal. A moins qu'une explosion nucléaire survienne dans une de ces centrales pour lesquelles EDF et les autorités de contrôle ont toujours répété à l'envi que tout était prévu afin d'éviter le moindre incident ( ne parlons même pas de catastrophe). Encore que depuis quelques années, les discours sont moins assurés et leurs auteurs moins péremptoires. A propos de discours, les Macron,n Hollande, Sarkozy, Chirac, Lauvergeon qu'est-ce qu'ils diront le soir de la première explosion nucléaire en France ? Les paris sont ouverts.   

(1) Beyrouth, Bangkok, Rouen ... décidément, les ports semblent bien être "haram".

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