Guy Bontempelli, le chanteur qui regardait passer les bateaux

C'est en regardant manoeuvrer les bugis dans le port de Surabaya, que la chanson de Guy Bontempelli, "Quand je vois passer un bateau" m'est revenue aux lèvres. Et avec, l'envie de rappeler quelques titres de ce chanteur à l'élégance discrète, mort en 2014.

Puisqu'au nom de Guy Bontempelli, les quatre premières pages du moteur de recherche de Médiapart ne renvoient qu'à d'autres "Guy(s)" , je m'y suis collé. Pas pour rédiger une biographie ni être dans l'hagiographie exhaustive mais pour rappeler quelques unes des chansons, son "tube" tout d'abord, "Quand je vois passer les bateaux" où tout concourt au chef d'oeuvre, le texte, la musique de Gérard Bourgeois et l'interprétation. Quelques extraits mais il faudrait tout citer :  "Le pan de la jupe fendue /  bat l'amble sur des jupes nues /  juteuses comme des oranges" et encore "plonger le poing rongé de sel / dans le corsage d'arc en ciel / d'une chinoise ou bien d'une manouche / et prendre ses seins tout petits / comme des oeufs au fond d'un nid", "Quand je vois passer un bateau / j'ai envie de me foutre à l'eau /.Et d'enjamber le bastingage / Et vivre entre le ciel et l'eau / Le reste de mon âge.". Guy Bontempelli, chanteur de la deuxième moitié des années soixante, tout comme Leny Escudero, n'est pas l'homme d'une seule chanson, d'un seul succès. Lucide, d'une phrase, il solde le compte de cette "merveilleuse gauche française" qu'"alourdit le poids d'un accent circonflexe". Tout était dit de cet indigeste caviar chapeauté de rose qui a depuis fait faillite.  "Madrid" et les saloperies commises par le clergé espagnol pendant la guerre d'Espagne et plus tendtres "vos yeux cachou", "ceux qui recommencent" ou "ma jeunesse fout le camp". Autant de petits cailloux qui ont semé un parcours discret, des chansons qu'on peut écouter sur une célèbre plate-forme ou mieux dans une médiathèque. Si je n'apprécie pas toute la production de Bontempelli, notamment sa comédie musicale "Mayflower" ou des chansons qu'il a commises pour des siens collègues, les quelques chansons mentionnées plus haut lui valent une place dans le panthéon de la chanson française. Dans le mien de Panthéon, tout du moins et il est regrettable que la politique des maisons de disques et les choix des quelques programmateurs qui faisaient la loi dans les stations de radio de l'époque aient privé d'accès à ses titres un plus vaste public. Rien n'a vraiment changé depuis, malgré la multiplication des stations. Hormis Radio Libertaire*, elles sont peu nombreuses à programmer d'autres titres que ceux déjà rabâchés ailleurs. Pour en revenir à Guy Bontempelli, il aurait dû glisser dans la pochette d'un disque les clefs d'une de ces petites voitures anglaises au volant desquelles, nombreux étaient "les professionnels de la profession" à sillonner les rues de la capitale. Une pratique qui ne manquait pas de favoriser le passage de la précieuse galette à l'antenne. Ceux qui ne se passaient pas sous les fourches caudines de ce genre de corruption couraient le risque que leurs chansons soient reléguées aux oubliettes. Aujourd'hui, on peut se demander ce qui ferait rêver Bontempelli. L'ecranL'écran de son portable ? 

* Pour mémoire, (Jacky) Julien, un des fondateurs de Radio Libertaire, avait reçu Guy Bontempelli (et tant d'autres) durant les quatre heures que durait son épatante émission quotidienne, "le magazine libertaire" .  

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