L'étude du camping car, un animal nuisible

Séance de télé enseignement en "Sciences et survie de la terre" avec l'étude du camping car, un animal asociable. Le point sur les connaissances en éthologie et en anatomie sur cette espèce qui prolifère sur les routes, dès les premiers beaux jours envahisant les ploucs de mon espèce chez qui ils déclenchent allergies et bouffées de colère .

Le camping car appartient à la famille des véhicules Hibernatus à mi-temps, cousins très éloignés des Verdines Hippomobiles encore appelées "roulottes de gitans", une espèce menacée d'extinction. Dès les premiers jours d'automne, il regagne son terrier pour n'en ressortir qu'à la fin du printemps (information valable dans l'hémisphère nord). Cette période de sommeil encore appelée "garage mort" tend à diminuer sous l'effet du réchauffement climatique. Il en résulte pour la pauvre bête un surcroît d'activité qui curieusement, provoque une augmentation de ses dimensions, d'où un comportement un peu plus pataud et ridicule encore qu'à l'accoutumée.

Le camping car est un mollusque prétentieux de la classe des caravanes monoblocs. Au moment de sa mue d'été, il connaît un hermaphrodisme successif, se transformant alternativement en escargot gonflant et en limace baveuse. En bord de mer, il peut également se changer en "cnidaire" ou "harmon urticant" dans l'espoir de nourrir son clan avec les produits de sa pêche. Cet espoir est vite déçu car son ouïe déficiente lui ayant fait confondre "harmon" avec "harpon". C'est ce même handicap qui le rend sensible au chant des sirènes publicitaires qui l'abusent en lui laissant espérer qu'il se transformera en cornac pour une vie faite de liberté et d'aventure. Ce parasite du camping car, congregatio de propaganda fide qui provoque pertes de lucidité avec achats impulsifs et déraisonnables s'attaque également la branche cousine des SUV et 4×4. Adoptant des dehors trompeurs de baroudeur indépendant, ce grand naïf reste un animal domestique. Il aime la vie en groupe et s'épanouit au contact de ses congénères, préférant la bronzette en meute à l'exploration solitaire de grands espaces inconnus. Grégaire, il en adopte le calendrier mais ne conserve que les mois de juillet et d'août. Comme d'autres prédateurs, le camping car respecte certains rites immuables qui contribuent à l'appartenance à un clan.

Le camping car, indépendance et liberté © Jean Claude Lénervé Le camping car, indépendance et liberté © Jean Claude Lénervé
Le plus caractéristique est le rassemblement de ces grands fauves au coucher du soleil. "Grande gueule", le chef de meute, sait qu'il est l'heure des contes d'apéro et la bande se retrouve devant un point d'eau, jauni le plus souvent, dans lequel flottent quelques icebergs. Le reste de la vie quotidienne du camping car est généralement rythmé par des activités genrées. Tricot, préparation des repas, lavage du linge ou questionnaires des tests des magazines sont l'apanage des femelles quand matches de foot, tiercé et élection de miss tee-shirt mouillé restent un domaine jalousement réservé aux mâles. Cependant, sous l'influence pernicieuse de viragos féministes, la sieste, la télé, les courses et les parties de boules sont devenues mixtes. La problématique du camping car réside dans le besoin qu'il a de ne rien modifier de sa vie habituelle, tout en changeant de l'attitude. Ou de latitude puisque le plus souvent, il se dirige vers le sud. Avant de partir pour son "estive", il a pris soin de ranger dans ses flancs, friteuse, cocotte minute, robots divers et l'indispensable oreille géante qui lui permettra de ne rien manquer du défilé des dopés du mois de juillet. Le camping car est un animal sociable et généreux qui peut adopter de moins chanceux que lui, pour qu'ils bénéficient comme les autres, de vacances. On peut alors le voir souffler et hahaner sur les pentes de l'Aubisque ou du Galibier, porter sur son dos un "vtt", un scooter voire une voiturette sans permis. Rien n'étant totalement désintéressé, à l'étape, son cornac en fera les compagnons indispensables de ses déplacements limités.
Avec sa maison surcle dos © Jean Claude Lénervé Avec sa maison surcle dos © Jean Claude Lénervé
Le camping car est un animal pacifique mais faut pas exagérer. Quand des représentants de tribus ennemies s'approchent trop près, jusqu'à lui renifler les fesses et pousser des barrissements impatients, ce qui arrivent fréquemment, il exécute un majestueux doigt d'honneur plein de dignité à leur intention pour signifier le mépris dans lequel il les tient.  Une surprise attend ses détracteurs, n'espérez aucun calembour qui fiente. Derrière les fumées de son pot d'échappement, le camping car cache un coeur écolo compatible. Il carbure au développement durable et porte fièrement le tee-shirt "Save the planet " qui complète sa panoplie de bob et bermuda bios. Le régime alimentaire du camping car n'a pas subi beaucoup d'évolutions depuis qu'il est sorti de la tente. A base de merguez, de frites de pâtes alimentaires et d'anis liquide (pour lui ouvrir l'appétit), il se déplace accompagné de son complice, le "gros qui tâche", un compagnon des bons et des mauvais jours qui l'aide à tromper l'ennui. En définitive, les seules transformations tiennent à une plaque de cuisson à la place d'un réchaud peu stable, d'un réfrigérateur et d'une douche individuelle. Lettré mais radin le camping car répète dès le matin sa tirade favorite, "ma cassette, où vais-je vider ma cassette ?" Chez son analyste, il questionne l'insondable ressassant sa préoccupation première, " un camping car de dix-huit mètres, ça n'existe pas, et pourquoi pas ? "

Au bout du compte, quels éléments retirer de l'observation du camping car ? Sous des apparences bonnasses, ce redoutable prédateur poursuit deux buts, promener son chien et enlaidir les paysages. Encore qu'il lui arrive de ne pas avoir de chien. Fin de la séance,  éteignez vos écrans et ne les rallumer que jeudi prochain. En attendant, partez pour une répétition en solitaire explorer l'intérieur des dix kilomètres qui délimitent le périmètre autour de votre domicile, sans téléphone ni écran. Au hasard. Observez, rêvez, parlez aux inconnus, doutez, questionnez-vous, remettez les certitudes en cause. Si le voyage a un prix, c'est celui-ci et il est très agréable.  

 

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