Mocky est mort. Mocky qui ?

Mocky, si ton linceul a des poches, emporte le souvenir des actrices et des acteurs avec qui tu as réalisé tant (et trop) de films, leur plaisir à retrouver ta gouaille, ton fichu caractère et les bouts de ficelle qui palliaient ton manque de moyens.

Le message laconique d'un copain comédien, figurant dans certains de ses films : Mocky est mort. Jean Pierre Mokiejeweski, beau gosse, grande gueule et tête brûlée du cinéma français, le plus beau générique du cinéma français. Bourvil, Francis Blanche, Jean Poiret, Michel Simon, Michel Serrault ... des têtes d'affiche qui répondant présents, pour le plaisir, malgré les cachets ridicules, la cantine minable et des tournages souvent chaotiques. J'en avais demandé la raison à Michel Serrault. Il m'avait répondu d'un air malicieux qu'il était difficile de refuser quelque chose à Mocky et qu'il y retrouvait une part de sa jeunesse et de ses débuts. Même Catherine Deneuve avait accepté un rôle à contre-emploi dans "Agent trouble". Mais les films de Mocky', c'était également les gueules cassées de seconds rôles qu'on retrouvait avec délectation, des ambiances bizarroides. Mocky, pour moi, ce fut d'abord sa production des années 60 - 7 : le marginal de l'Albatros, de Solo et du piège à cons, le fantastique avec Litan et la cité de l'indicible peur, mais aussi des comédies comme L'étalon, l'ibis rouge ou un drôle de paroissien. Un cinéma de la rue du Temple, près de République, avait programmé un festival Mocky. Pour y assister j'avais dû prendre une semaine d'arrêt de travail (il y a prescription, c'était fin 70). Ma jeunesse anarcho-rebelle avait trouvé une sorte de grand frère goguenard, macho, révolté et talentueux. Je lui en ai gardé une affection constante, même lorsqu'il ne réalisa plus guère que des esquisses de films, bâclés, foutraques, aux rôles pas toujours répétés, une tendance qu'il avait suivie depuis de trop nombreuses années. Heureusement, il nous reste Schmoll poursuivi par les "meutes hurlantes" de supporters d'à mort l'arbitre, les aigrefins et les bigots du Miraculé ou Jacqueline Maillan des Saisons du plaisir pour nous consoler. Il ne restait plus guère que ses salles du Brady, de l'Action écoles ou du Desperado (sic) pour projeter encore ses films. Adieu Mocky, ton linceul n'a peut-être pas de poches mais j'y place pourtant le témoignage de ma reconnaissance pour les quelques films qui furent davantage que des plaisirs de spectateur et qui eurent leur influence dans la construction du jeune adulte que j'étais alors.    

Curieuse coïncidence. En cette fin d'après-midi, je visionne un DVD acheté depuis longtemps mais jamais encore sorti de sa boîte : "un couple". Sans savoir que son réalisateur venait de mourir.

Ps soyez heureux, je vous ai épargné les "tel un Albatros ..." , "il jouait Solo"... , "l'étalon du cinéma foutraque...", "un drôle de paroissien, ce Mocky..." ... " A mort la mort", "Mocky, cette fois pas Miraculé...", "mort de Mocky pendant l'été 2019, la saison du déplaisir..." vous en trouverez sans peine d'autres et de bien meilleurs ...

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