Les "Macron" solidaires avec les grévistes ?

Vendredi 19h. Après l'turbin, l'chagrin (1) avec un zapping télévisuel où l'on voit des invités de plateau, éditorialistes, experts et politologues (si on embauche, je postule), enfants de Raymond Barre et de Thatcher (pôv's gosses), s'interroger l'air de rien sur la pertinence à maintenir le droit de grève.

France 3, le journal régional IDF, ouvre sur une mauvaise surprise. Les cars "Macron" qui devaient amener les "jaunes" au travail, n'ayant pas honoré les rendez-vous prévus, ont circulé à vide ou presque. D'où cette interrogation étonnante mais légitime , les bus Flix (de la préfecture de police ?) et leurs chauffeurs seraient-ils solidaires des grévistes, refuseraient-ils de jouer les briseurs de grève ? Il ne s'agit en fait que d'une mauvaise organisation. D'ailleurs, le sujet (appeler ça un reportage ...) nous permet d'admirer les efforts d'un conducteur faisant de la Retape (ils remplacent bus et métros) pour tenter de remplir des banquettes qui resteront désespérément vides. Tout compte fait, les cars Macron sont bien des briseurs de grèves. Me voilà rassuré. La cinq , une autre chaîne du groupe "la voix de son maître" diffuse une émission pour intellos. "Dans son vieux pardessus mité", Duhamel approuve sans surprise la casse des retraites. Dans une belle tentative d'endormir son gréviste, l'ex de Marchais explique, lénifiant, que la "réforme" ne sera en définitive jamais appliquée car elle entraînerait une baisse inacceptable des pensions pour de trop nombreux retraités. Mais alors, pourquoi vouloir alors l'imposer ? On notera au passage ce drame des pensions modestes ; l'ancêtre qui devrait être depuis longtemps à la retraite, est encore réduit à devoir faire des ménages bien que sa compagne N. Saint Cricq occupe les plateaux télés. C'est l'heure d'aller penser Bolloré. Sur Canal plus, la tête à claques de Calvi jouant les simplets (imitation réussie), fait le coup du débat où les intervenants sont partagent la même analyse. Autour de la table, trois intervenants badgés ultra-libéralisme et une caution humaniste (je n'ose pas écrire "de gauche") représentée par l'ancien patron d'Europe 1, D. Olivennes. Le choeur de pleureuses entonne le refrain qu'ils servent depuis des années :"la retraite à points, sinon rien". Les mêmes reprennent ensuite une de leur rengaines favorites "à gauche comme à droite, les extrêmes c'est pareil". Carl Meus journaliste dans ce brûlot anti-fasciste qu'est le Figaro, tance Mélenchon qu'il suspecte de passer les plats à la fille le pen. G. Ottenheimer (2), porte-voix patentée du Medef confirme, hochant la tête d'un air grave. Les mêmes qui, depuis des années, reprenant ses arguments, font la promotion de l'extrême droite. J'en apprécierais presque Mélenchon. Pour terminer en beauté, un viron sur L.C.P. . Un plateau de mollusques, c'est la saison. P. Manière d' un institut Montaigne (3) qui vit des cotisations des entreprises, explique en substance que les vieux sont trop nombreux et qu'ils déséquilibrent les caisses de retraites. Ce dégonflé aurait pu aller au bout de son raisonnement : dérembourser les dépenses de santé = diminution de l'espérance de vie = retour des caisses à l'équilibre. Une équation qui doit s'apprendre à HEC comme à l'ENA. En revanche, pas un mot sur les licenciements des plus de cinquante ans, sur le chômage des jeunes, sur une durée du temps de travail inadaptée à l'évolution technologique pas plus que sur la baisse continue des cotisations patronales et sociales. Son temps d'intervention était sans doute dépassé. Sa voisine, R.Bachelot comique ridicule de droite et multi-retraitée (les grosses têtes, santé, sports, environnement), désigne à la vindicte des jeunes, les salauds de privilégiés de retraités. D'où vient cet intérêt subit pour le sort de ces jeunes abandonnés ? Sur tous les plateaux, la même antienne circule, celle qui fustige l'ingratitude des grévistes à l'égard de "l'état providence" français. Nos amis les bê-bêtes ne cessent de louer sa générosité et de rappeler combien il est redistributif en comparaison avec d'autres pays où d'ailleurs, on ne fait grève mais où l'on se concerte, en un seul mot. Un autre murmure circule, plus inquiétant celui-ci et qui enfle au fil de la soirée, celui de la remise en cause du droit de grève. Ce n'est pas formulé de façon aussi brutale (on est entre gens de bonne compagnie), avec un sourire entendu, l'air de rien tout en distillant son venin. La recette n'est pas nouvelle et il suffira de répéter la formule pour la rendre incontournable. S. Ghali, sénatrice des Bouches-du-Rhône ne dit rien d'autre : "le droit de grève c'est important en France et il faut le respecter." pour en appeler aussitôt "à la responsabilité des français : on a aussi des commerces et des commerçants qui ont besoin de travailler, il y a des salariés dans ces commerces donc on ne peut pas non plus tout bloquer" pour conclure ainsi, "on peut aussi manifester sans faire grève et faire passer les mêmes messages". C.Q.F.D.

(1)  tautologie redondante 

(2) fonction qu'elle partage avec l'insupportable Verdier Molinié. 

(3) créé par Bébéar, un des premiers soutiens actifs de Macron et ami des handicapés dont il voulait relever les cotisations prétextant le surcoût des dépenses de santé lié au handicap

(4) lundi 7h30 sur France info 

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