Notre dame des Pièces Jaunes

le soir sous la lampe chez les Macron, on se répartit les tâches. Emmanuel joue de la hache et du rabot sur sa dernière lubie, le budget de l'hôpital public tandis que Brigitte passe le plumeau de la charité pour retirer la sciure et les copeaux trop disgracieux.

C'est bien connu, la charité est un instrument de domination qu'affectionne la (très ) haute bourgeoisie. Au XIXème comme au XXIème siècle. Restos du coeur ou oeuvres de patronage, Elysée ou rotary, Bill Gates ou Frédéric Ozanam, téléthon et mont de piété, mon oncle et "ma tante"... Ces bureaux de bienfaisance, précieux auxiliaires de la domination, essayent d'apporter un semblant de réponse à la problématique suivante : donner le sentiment que la classe des exploiteurs est sensible aux souffrances et aux injustices dont le prolétariat est victime en s'attaquant à quelques uns des aspects les plus insupportables provoqués par les actions prédatrices du néolibéralisme. Une réponse individualisée, rapide mais momentanée préférée à une transformation collective et permanente et qui, sans coûter très cher ne remet pas en cause le pouvoir des privilégiés. L'important est que les rangs des gilets jaunes et des drapeaux rouges et noirs ne grossissent pas. 

Charité bien ordonnée Livré avec le labrador, le charity business représente un passage obligé pour les femmes de président. Certes, il existerait une alternative, plante verte... mais Maslow le rappelle avec sa théorie de la motivation, l'appartenance, l'estime et l'accomplissement sont des besoins qu'il est essentiel de satisfaire. Pour les femmes de président comme pour les blogueurs.  S'engager dans une "bonne oeuvre", l'objet n'a que peu d'importance, offre l'occasion de se sentir valorisée, de voir ses qualités reconnues et d'apparaître (enfin) dans la lumière des projecteurs. C'est fréquenter le petit monde de l'entre soi, des échanges de service (en anglais lobbying) et des carnets d'adresses qui se remplissent, ce qui s'avère précieux, les campagnes électorales coûtant si cher. Autant de puissants moteurs qui motivent les "dames patronnesses" qui peuvent être des hommes.  

Y en a pas un sur cent et pourtant ils nous pillent Rien n'a vraiment changé depuis le paternalisme catholique des patrons de la révolution industrielle sinon qu'aujourd'hui, ils ne sont plus que  1%e (1) ces nouveaux Maîtres actuels qui pillent le pays, l'appauvrissent et ddéclassent l'ensemble de population. Des voraces et des nuisibles au carré. Ohé, Covid-19, tu fais quoi ? La tâche des prestidigitatrices est restée inchangée, faire disparaître d'un coup de torchon quelques unes des conséquences trop visibles du capitalisme et de contribuer à calmer les barbares pour les empêcher d'envahir les beaux quartiers. Incidemment, rappeler au prolétaire le droit chemin de la tempérance, de la morale, de l'hygiène, de la vertu et du travail ne nuit pas à la productivité et aux bénéfices attendus. Le recours à Sainte Brigitte ou à Ste Bernie des Pièces Jaunes, tout comme l'abus d'écrans chargé d'endormir les esprits, pour éteindre les insurrections. En cas d'inefficacité, il reste la troupe. 

T'en es ou pas ? N'est pas dame patronnesse qui veut et occuper cette fonction honorifique impose aux postulantes une condition sociale irréprochable. Brigitte coche toutes les cases. Fille de la bourgeoisie du Nord, épouse successive de deux futurs banquiers et fidèle des établissements scolaires catholiques, cette bénévole intervient dans des domaines relevant de la question hospitalière ou de l'attribution de subventions, secteurs  dans lesquels on ne lui connaît aucune formation spécifique. Aucune importance, il suffit d'apparaître et de paraître. Les medias amis, redevables ne manquent pas une occasion de la décrire débordée, harassée, proche de la surchauffe, sacrifiant sa vie et sa santé pour "faire le bien ". Regard compatissant et front soucieux mais toujours avenante, propre et soignée, un "story telling" dans la continuité de ses devancières du XIXème siècle, la résurgence de ce vieux monde que déclare stigmatiser son Rastignac de mari. Au moins, son tailleur de marque nous permet d'échapper au sac de riz porté sur l'épaule.  

 Papa pique et maman coud. Papa ferme les lits et les services des hôpitaux tandis que maman fait la manche (et les poches) des enfants des écoles comme de leurs parents prolos, récoltant "trente millions d'euros " pour améliorer les conditions "des patients et résidents" . Une illustration du fameux " en même temps " : je casse, tu répares le plus voyant. Depuis 2019 qu'elle a repris la présidence de la fondation des hôpitaux de Paris et de France, la chose de Bernadette Chirac née Chodron de Courcel, la fondation annonce "la livraison de matériel médical et paramédical, de plus de 30.000 tablettes numériques ... et jusqu’à 5.000 repas par jour destinés au personnel soignant"(3). Bonne nouvelle, il reste donc des lits d'hôpital et des personnels soignants que son mari n'a pas encore réussi à fourguer au privé (patience). Cette question, néanmoins, s'agit-il de lits "publics " ou "privés" ? 

Cynisme m'était conté le site de la fondation des hôpitaux l'affiche sans rougir : "urgence covid-19, aidons nos soignants" alors que, résumé des chapitres précédents, les bienfaiteurs, ceux-ci ou leurs pairs, depouillaient le système hospitalier public. Salauds de soignants, ils vont accaparer les masques et les blouses au détriment de sociétés comme Airbus. Sans compter que ces privilégiés seront nourris. 

Les riches et les puissants, faut pas les "chercher". Ils sont sympas ceux de la haute et toujours prêts à dépanner leur prochain dans le besoin. Pas tous les manants, certains seulement, ceux dont la mine leur revient et qui font preuve de respect et de  politesse, à condition d'en avoir le temps et l'envie et le temps. Ce soit eux qui décident nos amis les riches s'ils veulent ou non rendre service. Autrement, vexés de devoir cracher au bassinet comme n'importe quel contribuable, ils menacent d'expatrier tout ou partie de leur compte en banque. C'est comme ça, la redistribution, ce n'est pas leur truc, question d'éducation. Il serait incohérent de nous délester des fruits de notre travail pour nous le rendre ensuite. Les très riches doivent faire face à une autre difficulté, visualiser la séparation existant entre caisse de l'état et cassette privée, entre le bien public et leur intérêt personnel. A leur décharge, l'étendue des patrimoine rend difficile d'en apercevoir et d'en respecter les limites. C'est pourquoi, ils se sentent partout chez eux et au bois de Boulogne comme dans les affaires et qu'ils considèrent le pays comme leur propriété légitime. Pauvre bourgeoisie atteinte de myopie congénitale, heureusement ils ont accès aux cliniques les plus huppées. Quelques pièces distribuées calmeront la populace. Brigitte n'agit pas autrement en organisant la vente aux enchères de quelques pièces du mobilier national (cf article de Laurent Mauduit). Certains se permettent de la critiquer mais quel mal à les vendre si c'est pour une "bonne cause" ? A quoi servirait de disposer du pouvoir s'il fallait rendre des comptes ? D'autant que ces objets dont on nous assure qu'ils ne valent pas tripette,  doivent coûter un pognon dingue en frais de ménage, de gardiennage et de stockage. Qui sait si un aéroport quelconque ne figure pas dans la liste. Vendre les choses inutiles qui coûtent un pognon dingue, comme les présidents de la république et leurs épouses est une vraie bonne action. Ce couple fait décidément preuve d'un formidable altruisme et l'on ne que peut flétrir ceux qui leur cherchent querelle. On pourrait objecter que si les pièces n'ont que peu de valeur, la récolte risque d'être maigre mais ce serait sans compter sur l'esprit de sacrifice bien connu des dominants sans aller toutefois jusqu'à l'augmentation des salaires de leurs employés. Soignants ne craignez donc pas de vous retrouver ensevelis sous les masques, malades il faudra patienter encore avant de vous vautrer dans les draps des urgences. Quand bien même la générosité ponctuelle des riches a les moyens de surclasser la philanthropie de l'ouvrier charpentier, elle commence toujours par elle-même (4).

Pendant ce temps, calculette dans la tête et langue tirée, le mari s'applique à trouver les meilleurs endroits sur lesquels s'abattra l'auguste main jupiterrienne et sa hache des fermetures et des économies de personnel. Nos deux tourtereaux forment un bien beau tableau où solidarité et complémentarité jouent la même partition.   

(1) ce n'est pas des anarchistes, des fils de rien ou de si peu dont il est ici question.

(2) le hic c'est que quand un clan remplace un autre clan au sommet du pouvoir, les pratiques demeurent inchangées et la lutte pour s'y maintenir, reste féroce et sans pitié. C'est pourquoi il faut s'attaquer également à la question du pouvoir et de la folie qu'entraîne immanquablement sa pratique et sa fréquentation. J'ai dit. 

(3) site de la fondation des hôpitaux de Paris et de France 

(4) je n'ai pas pu m'en empêcher 

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