Moi, Christine L., 64 ans, présidente de la BCE

Première hypothèse, cette nomination récompenserait la loyauté de Christine L. aux intérêts de l'oligarchie planétaire ? Deuxième hypothèse, elle serait un agent infiltré pratiquant l'entrisme pour le compte de la IVème internationale. De ces deux hypothèses, laquelle est la bonne ?

 Que se cache-t-il derrière l'apparence bourgeoise de cette femme à la soixantaine élégante, aux cheveux blancs et qu'un tailleur chic agrémenté d'un foulard en soie (pas sur la tête, le foulard !) ? Son sourire énigmatique dissimule-t-il une avalanche de mesures prises pour satisfaire les appétits voraces des membres de la phynance et de l'entreprise ? Ou bien, cache-t-il une stratégie basée sur des mesures ultra-libérales censées déclencher enfin la révolution prolétarienne tant attendue ? La future présidente de l'agence de la Banque Centrale Européenne obéirait alors aux ordres d'un aréopage de stratèges cacochymes à la tête d'une organisation gauchiste d'obédience trotzko-léniniste à bout de souffle. Rédigé à partir d'une accumulation d'indices relevés dans une étude au sérieux incontestable, le texte ci-dessous tente de se livrer à une analyse objective et d'apporter une réponse à cette hypothèse pour le moins surprenante, Christine L. serait une taupe au sein des institutions financières.  . 

Une longue histoire. Dès sa naissance, Chritine L. est portée sur les fronts baptismaux du subterfuge. Sur les registres de l'état civil, non pas un seul mais trois prénoms différents qu'elle apprendra à utiliser selon les circonstances : Christine, pour la maison et le catéchisme, Madeleine ou Odette quand elle sera prise à fouiller le porte-monnaie familial. Faire les poches, une autre habitude prise dès l'enfance. On constate qu'à peine née, elle se familiarise avec les réflexes de la clandestinité, acquérant ainsi des dispositions qu'elle utilisera plus tard pour berner les populations des pays ruinés par les exactions de leurs gouvernants et à qui elle ne laissera d'autre alternative que de passer sous les fourches caudines du FMI ou de l'Euro-zone tout en leur chantant le refrain des lendemains qui chantent plus juste. Dissimulation et double langage deviennent une seconde nature.  

La mère Noël du père Nanar A l'adolescence, elle se plonge dans le (grand) bain de la natation synchronisée. La maîtrise du pince-nez lui permet de s'habituer à l'odeur pestilentielle des marigots de la finance qu'elle aura à fréquenter en s'y mouvant avec grâce et aisance. Ces compétences acquises à l'entraînement s'avéreront particulièrement utiles lors de « l'affaire Tapie ». Rappelons que Nanar, grande gueule affairiste et tribunicienne fut condamné à verser une amende de quatre cents millions d'euros mais qu'il en obtint par la suite le remboursement, se défendant comme un lion malgré un crédit fortement diminué. L'intervention de Christine L. a-t-elle été déterminante, le débat reste encore ouvert aujourd'hui. Quoiqu'il en soit, la cour de justice de la république la reconnaît "coupable de négligence". Pourtant, le jugement rendu par un tribunal la dispense de peine et d'inscription au casier judiciaire. Sans être plus complotiste qu'un Soral, on peut s'interroger sur une possible protection occulte. 

Son lieu d'aisance, le cabinet (d'avocats)... Dès sa nomination au grade d'agent stagiaire, elle est recrutée par un cabinet d'affaires américain. Affectée au "social", elle connaît une rapide ascension tant ses conceptions semblent en accord avec les thèses ultra-libérales de ses employeurs : droit du travail trop contraignant et flexibilité de salariés comme variables d'ajustement. Elle profita de cette mission pour fréquenter un cercle de flexion où elle enrichit son carnet d'adresses de relations, précieuses lorsqu'elle aura à initier des politiques économiques au service des intérêts des es cercles du patronat et de la finance.

... et celui des ministères. En 2005, Christine L. occupe le poste de ministre des finances. A peine nommée, elle présente de telles projets qu'ils ne peuvent qu'être des éléments d'une stratégie de sabotage destinée à soulever le s foules en vue de la révolution prolétarienne. Comment expliquer autrement qu'elle recommande la casse du code du travail signant durablement le recul des droits des salariés ? Rappelons que ce projet abandonné par le premier ministre de l'époque, un bellâtre vendeur d'autoroutes publiques dont la  pusillanime trouvait son origine dans le souvenir de grèves massives survenues dix ans plus tôt, sera voté un peu plus tard dans le cadre de la "loi travail" du gouvernement de F. Hollande, un autre redoutable sectateur de l'entrisme.

Sentant la prééminence future des questions environnementales, Chritine L. obtient sa nomination au ministère de l'agriculture. Elle décide d'attribuer un label "bio" à des produits contenant des traces d'OGM. Cette subtile provocation aurait dû déclencher les protestations massive des écolos mais leurs dirigeants avaient vraisemblablement mieux à faire : négocier une place éligible sur une liste électorale ou préparer la stratégie d'un énième congrès. Aucun supermarché ne vit ses rayons flamber.

Un peu déçue mais plus que jamais animée par la poursuite de son juste combat au service du prolétariat, elle revient à Bercy dans l'espoir "d'allumer le feu" (J.H chanteur exilé mort). Elle enregistre d'incontestables réussites comme la défiscalisation des heures supplémentaires ou la fusion Assedic/ANPE. Elle apporte également la preuve de son expertise et d'un surprenant don de voyance, annonçant que "le gros de la crise est derrière nous", prononcé quelques mois après que le krach mondial de 2008 ait mis les peuples de la planète à genoux. Il fallait oser mais elle est comme ça, Christine L., elle ne recule devant rien. On peut également citer un florilège d'aphorismes dont la recommandation faite aux bourses plates des futurs gilets jaunes, d'utiliser le vélo pour conjurer l'augmentation des prix du carburant.

L'international, sa consécration Profitant de la démission forcée du sexialiste qui dirigeait le FMI, elle est nommée à la tête de cette organisation vraiment pas charitable par son ami Nico le Hongre. Là, Christine L. allait pouvoir donner toute l'étendue de son talent en poursuivant l'oeuvre de paupérisation planétaire entreprise par ses prédécesseurs ce dont les populations grecques, argentines, espagnoles ou chiliennes, par exemple, peuvent témoigner. Confrontées aux attentions du FMI, elles connurent la violence de ses diktats et la dureté des « solutions » proposées. Christine L. en profita pour développer un occis maure, digne d'E. Ciotti (les seuls qu'il tolère), la « croissance négative ». Elle s'aventura également aux lisières du féminisme (à moins que le second degré... nul n'a encore deviné), qualifiant, à sa mort, l'émir d'Arabie Saoudite de "grand défenseur des femmes, de manière discrète". Brouiller les traces... 

La présidence de la BCE, , ultime opportunité. Christine L. sait qu'elle devra donner des gages aux intérêts de ceux qui l'ont placée là. Aucun doute n'est donc permis, elle pérennisera l'organisation et le fonctionnement du système bancaire, ses activités mêlant dépôt, crédit et placements financiers au sein des mêmes établissements quant aux flambeurs de ce casino, ils assurés de conserver leur impunité en cas de catastrophe. La BCE devrait également voir maintenir l'interdiction qui lui est faite de consentir des prêts à des taux avantageux aux états fortement endettés, seuls les établissements bancaires devraient pouvoir continuer à en bénéficier, à charge pour eux de réaliser ensuite de juteux profits avec les états en mal de liquidités à qui ils appliqueront des taux plus élevés qui rendront encore plus difficiles les conditions de vie des peuples concernés. Paraphrasant Buffet, la guerre de classes a bien lieu mais que nous l'aurions définitivement perdue ? Que Christine L. soit un agent au service de la phynance ou de la révolution prolétarienne mondiale, nombreux sont ceux qui estiment que les décisions prises sous sa présidence devraient conduire à une crise dont les effets pourraient être catastrophiques. Les peuples s'uniront-ils alors pour mettre à bas le système actuel ou au contraire la lassitude, la désorganisation, l'absence d'idéologie structurante des mouvements protestataires, l'aggravation de la pauvreté et de la précarité des populations européennes, feront-elles une fois encore le lit des mouvements fascistes, pour la plus grande satisfaction du patronat ? ou encore paraphrasant Buffet, la guerre de classes a bien lieu mais quelle classe la gagnera ?  Rêvons un peu ... 1789, prise de la Bastille, 1989, destruction du mur de Berlin. 2019 verra-t-il la chute du mur de la phynance ?

 

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