Les colos, une occasion de signaler des enfants victimes de mauvais traitements

Puisque le temoignage d'enfants violés ou battus est très momentanément sans doute, sous les feux de l'actualité, on peut rappeler un des intérêts des "colos", l'occasion de signaler aux autorités compétentes des mineurs victimes de crimes sexuels ou de mauvais traitements.

Parmi leurs bienfaits et leur utilité, les colonies de vacances étaient et restent un des moyens permettant le signalement de mineurs victimes de viols ou de violences aux organismes compétents. La conjugaison de plusieurs facteurs crée un climat de confiance qui permet à des enfants d'adresser des signaux, de dévoiler des indices laissant supposer des souffrances cachées. Parmi ceux-ci, la durée des séjours, leur encadrement par des adultes jeunes et bienveillants qui ne sont ni leurs enseignants ni des membres du cercle familial, le moment du coucher, propice aux confidences et aux secrets, les douches pendant lesquelles des traces de coups apparaissent ou encore un adulte alerté par un camarade inquiet ou surpris. 

Comme il aurait été impensable de laisser les équipes gérer seules ces situations, dans ma Fédération des Oeuvres Laïques, les réunions préparatoires étaient l'occasion d'aborder ces questions et d'échanger autour d'interrogations (*). Il est même arrivé, trop rarement, de bénéficier de la participation d'une psychologue. Quand pendant les séjours, des suspicions de violences sexuelles ou physiques se présentaientes, les directeurs savaient pouvoir se rapprocher du responsable des séjours qui restait lui-même  en contact avec ses homologues des municipalités, des foyers d'accueil ou du service de l'aide sociale à l'enfance (ASE). Toujours freuve de prudence mais quand le doute n'était pas ou plus permis, un signalement était effectué. Cette décision, difficile à prendre, chacun des adultes en connaissait les conséquences vraisemblables. Ce dispositif était sans doute imparfait mais il aura permis à certains mineurs d'échapper aux crimes qu'ils subissaient. Ce souvenir d'un jour d'août des années deux mille, pour terminer. Une autre forme de mauvais traitement que ce souvenir d'un départ de colo, à neuf heures du matin. Un enfant de 9 ou 10 ans manque à l'appel. La directrice téléphone à l'oncle à qui les parents avaient confié la garde, ayant jugé plus important de ne pas gâcher leur première journée de vacances. Malheureusement, le tonton en question ne s'est pas réveillé à l'heure prévue pour rechercher le gamin dans l'appartement familial où il lui avait fait passer la nuit seul et enfermé de l'extérieur, pendant que lui-même regagnait son domicile. L'enfant ne pouvant pas sortir de chez lui, il était en toute sécurité, a précisé le tonton (à flinguer ?). 

Aujourd'hui, conséquence des politiques publiques et d'une propagande tout azimut menée de longue date en faveur des pratiques individualistes, la liquidation des colos est en passe d'être achevée. Un recul supplémentaire dans l'application des "droits de l'enfant". 

(*) certaines interrogations portaient sur la question de savoir s'il était préférable de signaler un mauvais traitement pouvant donner lieu à un placement ou s'il valait mieux ne rien faire remonter pour ne pas  risquer de "priver" le mineur de sa famille. 

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