Le 14 juillet, manif' des gilets kakis

Billet d'ambiance rédigé ce dimanche 12 juillet place de la Concorde, deux jours avant la manif' des gilets kakis.

Partant de la gare de Lyon (1) pour rallier le pont Mirabeau histoire de vérifier que c'est bien la Seine qui coule sous ses arches, la vue d'un rassemblement d'hommes tout de kaki vêtus et à l'air menaçant me fait m'arrêter, place de la Concorde. A la vue mais aussi devrais-je ajouter, à l'ouïe, puisque ce rassemblement de sauvageons, sans doute des spécimens de la racaille de banlieue, fait donner toute la puissance d'un sound system probablement "tombé du camion". Vêtus de ce vert-kaki qui fait la fierté des dirigeants des villes du monde entier, de Florence à Parly, les manifestants obéissent aux aboiements gutturaux d'un de ces leaders auto-proclamés qui naissent dans les mouvements populaires. Contrairement à d'autres, ceux-ci semblent parfaitement organisés et par conséquent, d'autant plus dangereux. Ils ont installé deux monstrueuses verrues avec gradins face à l'obélisque (2), signe qu'une fois encore, la "plus belle avenue du monde" subira les derniers outrages. Les caméras du monde entier ne manqueront pas d'en rendre compte avec délectation pour l'édification des touristes qui envisageraient de respirer l'air pur du covid-19 de Paris. Il est probable que bon nombre de nos amis étrangers annuleront leur séjour devant la perspective de se trouver face à des hordes barbares s'élançant sur les pavés en ce deuxième mardi du mois de juillet 2020. Il faut reconnaître que ces hommes aux visages menaçants, exhibant des armes conjuguée à la présence de chars masqués (ohé ohé), de drones et d'avions qui mettront le feu au ciel a de quoi faire hésiter les plus téméraires même si la présence de sous-marins n'est pas encore assurée. Combien de canettes et de gobelets, innocentes victimes collatérales innocentes, piétinés par des pieds irrespectueux, resteront à terre ? Combien de badauds, nombreux à cette époque, massés le long de l'avenue périront étouffés dans des mouvements de foule les projetant contre des barrières ? Rien ne ramènera ces gilets kakis à la raison, même pas la baisse prévisible du ¨PIB et pire, les responsables de la sédition auraient prévu qu'un commando prenne le contrôle des micros des radios et des télévisions. Décidément, la chienlit a toutes les audaces et Castaner, dernier rempart de l'ordre répoublicain et de la démocrature à peine parti, les forces du désordre s'en donnent à coeur joie, envahissant l'espace public à visage découvert. Bien que masqué tout de même. Désireux d'en savoir plus, j'avise une jeune femme plantée de l'autre côté de la place. Sur son uniforme bleu, un gilet jaune portant l'inscription "sécurité" (2). Arborant mon sourire le plus avenant, je lui demande si ce sont les gilets jaunes qui assurent le maintien de l'ordre, depuis le changement de gouvernement. Devant son silence explosif fait d'incompréhension, je garde par devers moi les deux autres questions que j'avais prévues de poser, à savoir : le parcours de la manifestation a-t-it été déposé ? la préfecture a-t-elle autorisé la manifestation ? Dommage, pareil scoop m'aurait peut-être valu de compter quelques abonnés supplémentaires.         

(1) l'exigence de la vérité m'oblige à signaler un détour par la fontaine du parc situé face à la mairie du XIIeme et où l'eau gazeuse est gratuite et délectable. 

(2) il ne s'agit pas de la roue et de la baraque à frites de ce neu-neu de Campion

(3) avez-vous remarqué qu'il est désormais impossible de se déplacer en un lieu quelconque sans être confronté à la présence de "sécurité" ? Inquiétant. 

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