Vers la fin du trafic aérien ?

Une compagnie aérienne a trouvé la parade aux conséquences que la crise sanitaire fait peser sur son activité et qui remettent en cause sa pérennité. Diminuer ou s'affranchir des procédures de sécurité toujours coûteuses. Au risque que le combat s'arrête faute de combattants.

Vous êtes PDG dans une compagnie aérienne qui s'interroge sur la poursuite de ses vols, longs courriers au moins. Quelles décisions prenez-vous pour garantir la pérennité des activités ? La solution, évidente, s'impose d'elle-même, réduire les coûts, notamment ceux liés à la sécurité des passagers. D'abord, comptez les jours d'arrêt maladie des pilotes déjà soumis à d'épuisantes rotations, dans leurs jours de congés. Imposez ensuite des changements d'approche, peut-être plus dangereuses pour certains aéroports mais qui  permettront d'économiser sur le fuel. Enfin, ne respectez pas les consignes de sécurité sanitaire annoncées. Question subsidiaire : quel sort reservez-vous au pilote, appelons-le Gaurav Taneja ou the Flying Beast, qui dénoncerait ces methodes en postant une vidéo vue par six millions de paires d'yeux inquiets ? Viré, licencie ? Vous êtes prêt voilà prêt à postuler à diriger AirAsia India, la franchise indienne de la compagnie aérienne low cost malaise. Depuis sa création en 1993, la communication d'Air Asia a porté à la fois sur l'accès aux voyages pour tous ( now everyone can fly) et sur l'extrême souci apporté aux questions de sécurité (security first). Or, cette compagnie et ses filiales subissent, comme tous les autres transporteurs, les conséquences de la pandemie du coronavirus. Asia India et elle n'est sans doute pas la seule compagnie à le faire, a décidé d'alléger les coûteuses procédures de sécurité, une tentation qui semble avoir contaminé l'Asie du sud. Est-ce lié ou non à ce genre de décisions mais, en mai 2020, un avion de la compagnie pakistanaise PIA (1)  s'écrase à Karachi : 99 passagers, 97 morts. Ĺe 7 août, soit à peine trois mois plus tard, un avion d'Air India se crache à l'atterrissage sous des pluies de mousson diluviennes. 18 morts, une centaine de blessés. Air India est le transporteur national indien, menacé de longue date de cessation d'activité et renfloué consequemment par le contribuable indien. Les deux pays ont trouvé plus efficace qu'en 2019 où Mig21 et F16 tombaient du ciel. On voudra bien excuser cette boutade.  D'autres compagnies pourraient suivre la logique criminelle de réduction des "charges" et des coûts que la sécurité des passagers représente et qui n'est que l'illustration de la logique capitaliste. Comme tout secteur d'activité placé sous son influence, c'est-à-dire toute activité, la variable d'ajustement est l'humain. D'ailleurs, l'actionnaire majoritaire d'AirAsia India est la compagnie est Tata, un célèbre et tentaculaire conglomérat indien,figure de proue du capitalisme dans le sous-continent. En tout cas, ceux qui réclament la fin du transport aérien doivent bicher. Leurs espoirs et leurs revendications pourraient être satisfaits puisque devant le nombre qui pourrait s'écraser, il est permis de se demander s'il restera suffisamment d'avions pour voler et de passagers pour acheter des billets. Le combat pourrait s'arrêter faute de combattants. On pourra juger un brin cynique ce qui précède mais en quoi l'est-ce davantage que la logique des acteurs de ce système économique.

(1) PIA, dont le surnom évocateur et justifié est "Perhaps I Arrive"

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