« Mon ennemi », la finance ne peut pas changer le climat

« La finance peut-elle sauver le climat ? » La rédaction de Médiapart a décidé de changé après sa parution, un titre qui a dû paraître trop naïf ou trop racoleur. A juste titre. Aurait-on eu l'idée d'intituler une émission : « Rambo peut-il sauver la paix » ?

Poser la question, c'est déjà y répondre et clore le débat ;  la finance ne peut pas plus sauver le climat que  Rambo la paix, d'Ormesson la littérature ou Johnny la gamme pentatonique. A moins d'être un indi-niais, qui peut croire une seconde que la phynance abandonnerait sa logique d'accumulation de profits individuels pour s'occuper à sauver des intérêts collectifs ? Difficile d'imaginer que médias, politiques et « experts » promeuvent tout à coup les bienfaits de la tempérance ou de la raison, d'autant que les catastrophes annoncées de très longue date frapperont pour l'essentiel les classes moyennes et défavorisées, pas les classes dominantes ni les capitaines d'industrie dont l'éducation; l'ego et la soif de de pouvoir réclament de « jouer à la marchande »  et de "faire des coups" qui augmentent les résultats financiers et les dividendes servis aux actionnaires sur le dos d'un environnement chaque jour un peu plus asservi et abîmé. 

 « Capitalisme vert », « finance verte » devenus soudainement vertueux (mes excuses aux tenant(e)s de l'orthographe inclusive mais décidément ...) ?  A d'autres, les recettes miracles et les potions amères n'y feront rien, selon la formule consacrée : "le capitalisme vert c'est d'abord du capitalisme". Replaçons les véritables enjeux au centre de nos luttes, c'est au capitalisme qu'il faut s'attaquer. En sommes-nous capables aujourd'hui, alors que le rapport de force idéologique et sécuritaire est particulièrement défavorable ? La finance tirant profit de la productivité, du gaspillage capitaliste, il est irréaliste d'imaginer que médias, politiques et « experts » promeuvent par magie les bienfaits de la tempérance et de la raison, La décroissance et les privations, certes à condition qu'elles soient imposées au voisin, aux classes moyennes et défavorisées, pas aux classes dominantes ni à ces capitaines d'industrie qui n'aiment rien tant qu'à « jouer à la marchande » pour satisfaire leur ego et gonfler des résultats financiers et des dividendes servis à des actionnaires toujours plus insupportablement voraces, sur le dos d'un environnement humain et naturel chaque jour un peu plus asservi et abîmé. 

Et puis, qui peut imaginer un instant que nous, habitants des pays les plus riches, acceptions de réduire une once de notre confort individuel en changeant nos habitudes de consommation. Il n'est qu'à observer les rues de la moindre bourgade. Les "féeries" de Noël rivalisent de gaspillage lumineux et de personnels affectés alors que la sobriété énergétique est à la mode et que les baisses de dotation sont au programme. En quelques années, combien de façades de maisons font la course aux guirlandes scintillant jour et nuit, histoire de marquer son territoire et d'en mettre plein la vue aux passants ? Oui, je sais, la joie des petits ... Noël et ses crises de foie du lendemain, Noël et ses achats de cadeaux pour beaucoup refourgués sur internet, pendant que Monsieur « Tout blanc » fera un discours un peu culpabilisant. 

Une des solutions consisterait également à agir sur la natalité. Or les gouvernements des pays les plus pollueurs (et pas seulement chinois) pleurent une baisse de la fécondité qui met en danger le Pib, les programmes de retraite et la quantité de chair à canon disponible. Les religieux de tout poil eux, voient dans l'augmentation du nombre de fidèles, une compétition à remporter. De quoi, là aussi, observer un optimisme modéré. 

Ce débat pourra sans doute se résumer à cette publicité du « crédit coopératif » qui montre une jeune femme proclamée « militante de la transition énergétique » par l'ouverture d'un compte dans cet établissement bancaire , alors qu'un documentaire diffusé sur Arte rappelle cette évidence, le système bancaire dont « HSBC » est un des éléments les plus remarquables, est composé de « gangsters de la finance". Le coeur de la problématique est annoncé : sur la question du climat comme sur toutes les autres, le capitalisme n'est pas soluble dans la social-démocratie.

 

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