Corrigé de l'épreuve de gym' du baccalauréat

Succombant à l'impérieuse nécessité de la Réforme, Blanquer poursuit ses innovations. Après l'oral de philosophie (1), le gymnaste bondissant des cours de récré, institue une épreuve écrite d'EPS (2) au baccalauréat. Un corrigé "trois en un" pour tendre la perche aux candidats qui manquent de souffle et les aider à prendre de la hauteur.

Avec ce billet, c'est le 20  assuré grâce à un argumentaire à adapter en fonction du sujet. Bonne chance et n'oubliez pas, "mens sana in corpore sano".  

 - Commentez cette assertion de Jean-Marie Brohm, sociologue du sport : « Le sport, c'est la lutte de tous contre tous » complétée par cette formule de JC Lenerve "Le sport, c'est aussi l'école de la soumission et de la préparation à l'entreprise capitaliste.

- Développez un argumentaire confortant ou infirmant la prise de position apocryphe d'un auteur inconnu : « le sport est le meilleur ami du capitalisme. Il prépare et maintient les corps et les esprits dans des dispositions promues par l’idéologie dominante et qui lui sont intrinsèques ».

- les événements sportifs se bousculent. L'agence de publicité dans laquelle vous travaillez, vous charge de rédiger un argumentaire recensant les bienfaits du sport. Ne lésinez pas sur le côté panégyrique et la brosse à reluire.

 Mon conseil, commencez par proposer votre définition du sport. N hésitez pas à donner dans l'outrance et le panégyrique. 

On peut rappeler qu'à la différence des activités physiques, les sports sont affiliés à des fédérations nationales et internationales qui définissent des règles immuables que seule la fédération peut modifier, une pratique où tout est codifié n'acceptant de laisser aucune place à l'innovation, à l'improvisation et aux changements que décideraient les pratiquants eux-mêmes. La globalsation en action. Le risque d'excommunication des contrevenants existe. Les fédérations collectent et répartissent les impôts (les licences ) comme les gains (diffusion, publicité, billeterie). Le "monde du sport" ne s'interdit pas de recourir à des pratiques illégales comme les détournements de fonds, la double billeterie ou la fraude fiscale et à l'exemple de la société du tour de France qui dicte des conditions draconiennes aux villes étapes, la Fifa ou le Cnosf imposent également leurs règles, notamment fiscales, aux populations des pays qui ont le malheur d'accueillir les compétitions qu'elles organisent. 

La compétition et le classement sont l'essence du sport. Pour s'y préparer au mieux, il est nécessaire de passer de longues heures d'entraînement à répéter le même geste. Une fois qu'un poste est attribué, il est difficile d'en changer. J'entends des mauvais esprits comparer aux pratiques managériales de l'atelier et du bureau.. Les vainqueurs seuls sont considérés et les coups"de vice" sont appreciés, tout comme l'est un commercial qui roule un client dans la farine ou qui pique un client à un collègue. Avec ses règles rigides, ses lois propres, ses contremaîtres-arbitres jupiteriens qui font respecter la loi et ses différends qui réglés devant les juges d'un tribunal spécifique, la quasi extraterritorialité dont bénéficie le sport apparaît. L'imperialisme de ses fédérations, la globalisation des règlements, le chauvinisme et les violences qu'il suscite, le sentiment d'appartenance à un groupe, à une nation (ah, les futurs pioupious qui monteront à l'assaut comme ils se sont rués sur leurs adversaires ), fournissent une aide precieuse et un appui indéfectible aux dirigeants des régimes capitalistes, d'état comme privé. Dans les sports d'équipe, les pratiquants sont classés entre titulaires et remplaçants, entre équipes premières et réserves et dans les sports indivuels, ils sont hoiérarchisés en fonction d'une place ou d'un chronomètre. Les meilleurs sur le podium, les perdants à la poubelle, licenciés par un coach-patron qui licenciera les plus mauvais au "mercato", ou qui fera comprendre à l'intersaison au maldroit qu'il devrait jouer aux billes ou au moins, changer de club ou de sport. Devientte : pour quelle raison enseignait-on l'escrime dans les écoles au début du XX° siècle ? Chez Mac Do, les équipiers méritants figurent au tableau d'honneur, les enfants sages reçoivent des bons point. Que ceux qui voient une différence m'écrivent.  

 Pour faire passer ce plat indigeste, il fallait l'accomoder avec une sauce faussement humaniste mais au vrai goût d'enfumage pour masquer le parfum faisande des objectifs et la réalité de la pratique sportive. Le choeur des accrocs, "de gauche" se lamente : "laissez nous rêver", réclament-ils, "notre sport, il est pur, il n'est pas vendu, n'est pas comme l autre, il ne se compromet pas et il véhicule des valeurs citoyennes". En voici quelques unes. Le fair play, le dépassement de soi et le sens de l'effort, l'intégration et la mixité sociale. Des "valeurs" qui étrangement ringardisent la lutte des classes en mêlant O.S. et cadres supérieurs dans des affrontements pacifiés, promettant des relations apaisées au sein des entreprises. Sur le terrain, on échange des tâcle "corrects mais virils" en toute amitié avant de partager la chaude amitié virile des vestiaires et une boisson (modérément, comme pour tout). Chaban et Giscard en  rêvaient, la propagande du sport le réalise chaque semaine, par la grâce des pratiquants mâles et depuis quelques années, par leurs homologues féminines. Si j'étais Jeff Bezos, plutôt que d'acheter des droits de retransmission télé et m'attirer les jugements dépréciatifs, je transformerai Amazon en une Fédération sportive, avec l'organisation d'un championnat. Le trophée de la rapidité imbécile et inutile est attribué à  ........ (complétez avec Deliveroo, Colissimo,Uber etc ). Puisqu'on en parle, télévisions remettez sur vos antennes le "merci Macron", l'antienne des gradins de Roland Garros. 

L'argument ultime, celui qui cloue le bec au plus teigneux des contempteurs,  "le sport c'est bon pour la santé". Pour les professionnels comme pour les amateurs, une évidence constatée encore récemment et que ne manqueront pas de confirmer les victimes d'accidents cardiaques du dimanche, les esquintés du dopage des compétitions provinciales, les depressifs privés de compétition et jetés après usage, les gamins victimes de mauvais traitements psychologiques de la part de parents vivant par procuration, les jeunes confiés aux docteurs Jabuse, les gymnastes arthritiques, les quinquas aux articulations usées et douloureuses, les coeurs trop gros et fatigués avant l'âge ...  y a'pas, le sport c'est bon pour la santé. On comprend que le fâcheux facho baron de Coubertin en ait fait son Montjoie Saint Denis. Ami lecteur, amuse-toi à retrouver dans la bouillie idéologique ci-dessus les propos d'un manager quelconque, d'un dirigeant politique voire d'un mafioso, en remplaçant "sport" ou "stade" par usine, atelier  bureau ....

L'argument ultime (des parents) "il apprend aux enfants à canaliser leur volence". Le fair play le plus élémentaire m'interdit de frapper un adversaire à terre. Je n'évoquerai donc pas les supporters ni les commentaires guerriers des médias, des entraîneurs et des joueurs. Je rappelerai pourtant ce héros marseillais (3) qui donna un coup de boule dans la poitrine d'un joueur de l'équipe adverse. Certains lui en ont voulu non pas d''avoir donné une piètre image de ce sport (le foot) ou d'avoir piétiné l'éthique sportive mais parce qu'exclu, il avait provoqué la défaite de l'équipe de France, laissée à dix joueurs seulement. Je n'evoquerai pas mon expérience personnelle, sauf au niveau du lycée avec le souvenir de ce "coach" nous houspillant à la mi-temps : "zêtes des lavettes, des gonzesses ? " avant de poser cette question fondamentale, "les gars sous vos chaussures, qu'est-ce qu'il y a ? Des crampons ? Alors, servez vous-en !"  

Il est temps de passer à la conclusion. Elle sera aussi lapidaire qu'une femme adultère (ah, Georges) : le sport est le meilleur allié du pouvoir. En effet, quelle activité permet de dresser les esprits, de développer l'obéissance, d'apprendre le respect des règles dictées par d'autres, de se soumettre aux décisions du chef tout en stimulant l'esprit de compétition, en acceptant de marcher sur les mains des copains et en souhaitant la mort de celui d'en face ? Le sport. Pas étonnant qu'il soit courtisé et utilisé par l'ensemble des dirigeants de la planète. En attendant vos résultats, belle et saine jeunesse, admirez le défilés des athlètes marchant au pas, dans leur uniforme , unis derrière le drapeau de leur pays, eux aussi auront des notes et des classements. Devant cette perspective, l'émotion m'étreint et je sens quelques larmes couler. Si le sport n'existait pas, il faudrait inventer des guerres.    

(1) une évolution intéressante et positive à condition qu'elle soit mise en oeuvre dès l'école primaire pour que les gamins de familles dont la discussion n'est pas le passe-temps favori ou dont la maîtrise du français enseigné à l'école n'est pas le point fort azient les mêmes chances dans la vie que d'autres camarades . 

(2) Je reviendrai sur le Pass'sport qui, fourguant l'enseignement de l'EpS aux fédérations sportives acte une étape supplémentaire dans la marchandisation de l'école

(3) j'ai encore en mémoire ce magasin de matelas au nom de Zidane. A Bali. 

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