Un Donald, deux pandas et trois cent mille réfugiés

D'un côté, les représentant des deux puissances mondiales dominantes, envoyés dans les marges européennes au cours des derniers jours. De l'autre, quelques milliers de plaisanciers obligés n'arrivant pas toujours à bon port. On essaiera ici, de dégager des points communs et des dissemblances entre ces visiteurs.

Le quatorze juillet, Donald, un canard boiteux arrivé des USA, est venu promener sa trombine au milieu des embouteillages parisiens. Trois jours plus tard, ce sont deux pandas nés-natifs de Pékin qui ont obtenu leur permis de travail pour le zoo de Berlin. Notons à ce propos, l'humanité des autorités chinoises qui ont procédé à une sélection rigoureuse afin d'éviter à les souffrances d'un long voyage à ceux des plantigrades, intellectuels dissidents, en phase terminale. Entre ces deux non-événements quelques similitudes. Tout d'abord, le luxe de précautions prises pour le transport de ces colis d'un genre un peu spécial. L'avion cargo, le cortège interminable de limousines blindées, l'hébergement cinq étoiles ou encore le fourrage (?) gastronomique. Force est de constater que le bilan carbone de ce caprices d'enfants gâtés est bien lourd. Heureusement, monsieur Hulot a eu la bonne idée de laisser ses gros yeux au fond de ses poches ; il nous les réserve. Les reportages ont montré les airs ébahis ou admiratifs des spectateurs, conscients d'assister à un de ces moments de grâce qui font l'Histoire. D'ailleurs, l'argument diplomatique a été ressassé jusqu'à plus soif dans les médias, certains recyclant la "diplomatie du ping-pong" (années soixante-dix) au profit d'une version "panda". Sont-ils forts ces communicants ! Seule différence notable, les interviews. A ma connaissance, aucun micro ne s'est tendu devant les pandas. Les opposants au darwinisme peuvent le regretter, la comparaison entre les propos tenus par ces deux groupes de mammifères, les oursons et le Mickey new-yorkais, aurait permis de démontrer, qu'à l'évidence, aucune évolution notable ne s'était produite au fil des temps. Seule fausse note au milieu des festivités de l'été, la couverture bien discrète de l'arrivée des migrants, réfugiés ou exilés (fais gaffe au vocabulaire). Pourtant, la glorieuse incertitude du sport et l'intensité de l'effort de ces forçats de la mer vaut bien celles des forçats de la route. Peut-être la publicité présente sur les maillots des serviteurs de la petIte reine capte-t-elle davantage l'attention que des embarcations chavirant dans les flots déchaînés. Même le Tour de France à la voile fait davantage recette, c'est dire. Remarquons également que si les accrocs du dopage véhiculent une image positive, celle des naufragés involontaires commence à lasser et suscite plus d'angoisses que d'empathie. Il est donc urgent que les migrants abandonnent une image de perdants qui leur est néfaste. Pourquoi ne pas porter un vêtement de même couleur (photo ci-dessous) pour faire de jolies photos ou se peindre sur le corps des slogans publicitaires rémunérateurs comme au Libéria ? Quant aux visas, inutile de perdre du temps en formalités chronophages voire poussiéreuses selon l'état du consulat. Candidats à l'exil, prenez directement contact avec les chefs d'état des pays de destination. Croyez-vous que les pandas du zoo de Berlin ou l'éléphant du magasin de porcelaine américain ont eu à patienter des heures durant sous un soleil de plomb, au risque de se voir opposer un refus à peine poli ? Sans compter qu'être reçu par Merkel ou par Macron c'est l'assurance d'une place VIP. Dans la tribune officielle de la place de la Concorde ou derrière les barreaux du parc zoologique (attention à ne pas mélanger les cartons d'invitation). Force est de constater que la balance ne penche guère en faveur de réfugiés incapables de donner à leur aventure l'éclairage positif indispensable pour ne pas générer angoisses et ressentiments dans les populations des pays d'accueil. Une fois en Europe, il est d'ailleurs fréquent que Les migrants ressentent d'amères désillusions. C'est pourquoi, pour leur bien, mieux vaut les refouler que de provoquer de cruelles déconvenues. Refoulons-les, comme en Australie, au large de la Thaïlande ou plus près de nous, les fachos identitaires face aux embarcations d'Ong en Méditerranée. Une simple question humanitaire.

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